‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 113 sur 285 · ATTAQUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ATTAQUE GÉNÉRALE

J'occupai Chois y -le- Rot et j'ouvris le feu de toute mon artillerie sur VillejuîE et ce front de la défense. L'ennemi, qui crut à une attaque sérieuse, y fit affluer ses bataillons. On canonna et on tirailla dans l'obscurité, sans se faire de mal, et à la pointe du jour, j'avais disparu complet ement-

A partir de ce moment, les deux attaques à droite et à gauche marchèrent parallèlement et méthodiquement. Enfin, le dimanche 22 mai, au matin, l'avant-garde du corps du général Douay , complètement maîtresse du bois de Boulogne, vit sur les fortifications, près de la porte de Versailles, un homme qui agitait un mouchoir blanc et s'efforçait d'indiquer par ses signes que le rempart du Point-du-Jour était abandonné. C'était le conducteur des Ponts et Chaussées Ducâtel. La brèche n'était pas encore faite, mais les obus de la redoute de Montretout, frappant le viaduc du chemin de fer qui passe derrière le rempart, faisaient jaillir des éclats de pierre qui rendaient l'endroit inhabitable, et c'est miracle que Ducâtel n'ait pas été tué lui-même par ces éclats. Ses signes ayant été compris, on fit en arrière le signal de cesser le feu, et deux compagnies du 37* de ligne pénétrèrent les premières dans Paris, pendant que, derrière elles, les sapeurs établissaient une passerelle par laquelle le 4' corps déboucha.

Rappelons en passant que, pendant tout le second siège, M. Thiers avait essayé vainement de se faire livrer la porte par laquelle ses soldats venaient d'entrer.

La Semaine sanglante commençait. Ce même jour j'avais eu un engagement assez vif avec les fédérés, du côté de la Gare aux bœufs. J'avais fait mettre pied à terre aux dragons, pour combattre à pied. Les Allemands, qui occupaient encore la rive droite de la Seine, avaient assisté à ce combat en spectateurs attentifs, et j'avais eu la mortification de les entendre, de l'autre côté de la rivière, nous envoyer leurs compliments.

a8ô MES SOUVENIRS.

C'est en rentrant de Choisy-le-Roi que j'appris, à Vïliebon, et l'entrée du corps du général Douay, et la nouvelle que, de son côté, le général de Cissey se préparait à entrer, le lendemain, par la brèche.

Le jour suivant, je dus venir à Châtillon pour surveiller les mouvements de mes troupes, en vertu des ordres du maréchal de Mac Mahon qui m'attribuait, maintenant que toute l'armée entrait dans Paris et que le 2' corps atteignait le Champ de Mars, son objectif, le commandement de toutes les forces laissées à l'extérieur de la Capitale, c'est-à-dire, outre ma cavalerie, des détachements d'infanterie éparpillés au sud, sous les ordres du colonel Leperche, et destinés à occuper les forts, au fur et à mesure que les insurgés les abandonnaient. J'eus l'extrême satisfaction de voir, avec ma lorgnette de campagne, les pentes du Trocadéro couvertes de pantalons rouges. Le maréchal de Mac MahoD était entré dans Paris, derrière les premières troupes, et organisait méthodiquement, sans hâte et sans confusion, la conquête de la Capitale. M. Thiersl'y avait bientôt suivi, et là se place une scène peu connue entre le Président delà République et le commandant en chef.

Pendant tout le siège, M. Thiers était inler\'enu personnellement dans la conduite des opérations, et le Maréchal, homme de subordination, acceptait sans discuter les instructions générales qui lui étaient ainsi données. A Paris, M. Thiers voulut continuer, mMs le Maréchal l'arrêta net par ces mots : n Je suis ici général d'armée ; c'est mon affaire. Nous ne pouvons pas être deux à commander. Seul, j'ai la responsabilité de mon commandement. J'entends l'exercer seul. »

M. Thiers se le tint pour dit et n'insista plus.

Je n'ai point à raconter les épisodes de la guerre des rues qui se poursuivit pendant huit jours, et pendant laquelle les insurgés déployèrent une ténacité et une énergie dont ils n'avaient pas fait preuve contre les

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