‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 131 sur 285 · AUDIENCE SOLENNELLE · texte numérisé non relu

AUDIENCE SOLENNELLE

détachement de cavalerie escortait les deux voitures.

Avouez que, traversant dans cet apparat la ville qu'on a appelée la Venise du Nord, la cité imposante et coquette, qui se baigne à la fois dans les vagues de la Baltique et dans les eaux douces du lac Mœlarn, assise sur huit îles, avec ses canaux où circulent des multitudes de barques et de bateaux à vapeur, avec ses rues qui enjambent les canaux sur des ponts élégants, avec ses places peuplées de statues, oii est coulée en bronze l'histoire d'un peuple qui fit trembler l'Europe ; avouez que le pauvre petit spahi de 1839 aurait été jusqu'à un certain point excusable s'il s'était figuré qu'il était quelqu'un.

Nous montâmes au Palais Royal, vaste édifice moderne, bâti sur une éminence d'oii il domine toute la ville. Dans la cour d'honneur, un bataillon d'infanterie delà Garde attendait, avec colonel, drapeau et musique. Il me rendit, à mon arrivée, les honneurs militaires, les soldats présentant les armes, les tambours battant aux champs et la musique jouant un air dans lequel il me sembla reconnaître la marche de Fausl : 0 Gloire immortelle de nos aïeux. » Je n'en jurerais pas cependant, mais à coup sûr ce n'était ni l'air de la n Reine Hortense n qui avait cessé d'être notre chant national, ni la o Marseillaise » qui ne l'était pas encore, et qui n'avait pas conquis, à ce moment, l'honneur de figurer sur les cartons desorchestresmilitaires des monarchies. Au pied de l'escalier, je fus reçu par les pages du Roi, groupe de jeunes gens appartenant aux meilleures familles du royaume, et tout à fait gentils avec leurs cheveux blonds et leurs yeux bleus, dans leur costume d'apparat, moitié militaire et moitié de Cour. Ils me conduisirent jusqu'à la porte de la première galerie intérieure et me remirent entre les mains de deux maîtres de cérémonies, portant la longue baguette d'or. Je traversai, derrière eux, cette galerie, entre deux haies

formées par une compagnie de trabans qui présentaienl le sabre, Don pas comme chez nous, le poing à ta hanche et l'arme contre l'épaule, mais le bras tendu et l'arme droite. Ces guerriers, immobiles comme des statues, portaient exactement le costnme du temps de Charles XIl ! Vaste tricorne bordé, avec une des pointes en avant; tunique militaire gros bleu, avec larges parements rouges galonnés, par l'échancrure de laquelle apparaissait la veste jaune. Par-dessus l'habit, épais ceinturon soutenant le sabre à grosse coquille de cuivre, culotte en peau jaune, collante et se perdant dans la botte à chaudron. On eût dit que ces souvenirs vivants des temps héroïques de la Suède attendaient et précédaient le héros que chanta Voltaire. Au bout de la galerie, les maîtres de cérémonies me quittèrent, et les chambellans m'introduisirent dans un saJon d'attente, précédant le cabinet du Roi. Au bout de quelques minutes, la porte de ce cabinet s'ouvrit, et je me trouvai en présence de Sa Majesté Oscar II.

J'exécutai avec correction les trois saluts prescrits par le cérémonial, et, sans trop me troubl je débitai mon petit discours.

Il se résumait en ceci, que M. Thiers, chef du gouvernement français, m'avait chargé de présenter ses hommages à Sa Majesté, et de lui dire expressément que rien ne lui tenait plus au cœur que de continuer de vieilles traditions historiques, et d'entretenir les relations de cordiale et réciproque amitié qui unissaient la France à la Suède. J'ajoutai de mon cru un petit compliment, qui me parut faire bon effet, en disant que notre orgueil national était flatté particulièrement de voir régner sur ce beau pays une dynastie si française. Le Roi me répondit avec bienveillance et cordiahté, et. entre autres choses aiznables, il me dit qu'il n'oubliait pas qu'il appartenait deux fois à la France, parle côté paternel et par le côté maternel.

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s. M. OSCAR H.

Oscar II, duc d'Ostrogothie, né le 24 janvier 1829, avait succédé, le 18 septembre 1872, à son frère, le roi Charles XV, qui lui-même avait succédé, en 1859, à son père, le roi Oscar I", fils de Bernadotte, couronné roi de Suède sous le nom de Charles XIV. Bernadotte avait épousé Désirée Clary, fille d'un riche négociant marseillais, dont la sœur, Julie Clary, devint la femme de Joseph Bonaparte. Bernadotte était par conséquent allié à la famille impériale et beau-frère du roi d'Espagne, Joseph. Son fils, Oscar I", avait épousé Joséphine, duchesse de Bolt^ne, fille d'Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie et duc de Leuchtemberg. Le roiOscarlI, qui me recevait, était donc à la fois le petitfils de Bernadotte et le petit-fils du prince Eugène. C'était un grand et beau cavalier, à la chevelure noire, à la barbe noire, entière et fournie, svelte, dégagé, sans l'ombre d'embonpoint. Il avait l'air à la fois sérieux et intelligent; beaucoup de noblesse et de dignité dans l'attitude, beaucoup d'afïabilité, de désir déplaire dans l'accueil; pas la moindre morgue. Il parlait le français sans aucun accent, et comme on parle sa langue maternelle. J'ose dire qu'avec lui je fus tout de suite à mon aise. Il avait épousé la princesse Sophie, fille de Guillaume, duc de Nassau, qui lui avait donné quatre fils. L'atné, le Prince royal, était, en 1873, âgé de quinze ans, et c'était déjà un charmant jeune homme, portant élégamment l'uniforme d'officier d'infanterie. Le second portait l'uniforme d'officier de marine; le troisième, celui des lanciers; le quatrième n'était encore qu'un bébé de quatre ou cinq ans; mais, à toutes les fêtes de la Cour, les quatre princes faisaient une apparition plus ou moins longue, selon leur âge.

Après l'audience royale, j'eus l'honneur d'être présenté à la Reine régnante et à la Reine mère, fille du prince Eugène de Beauharnais. Puis, je retr salon d'attente avec ses chambetlj

MES SOVVKSatS.

. l'escalier avec 1 «es page ■, et nAb b ooor J'WwfT avec le hataillna.;! dliÂiBtene, les baiteôc» et taaabomr, l'air de ronsiqnel et les Toteures de gah, qoâ wk izaMnèreot à inoD hAtcL M

La )o«rs£e dn 9 et ccfte àm 10 mat fniest rempliaS parim {ckaagc de TÎHles ^aftic ambassadeois a maaires. Le hasata ifn avait dk de not le dojrcD d Coeps dipiGBabi|ve i^BpnfeMt non ivle, i^nssBe j B avais qa'i tendie les vistes que je recevais, sans " être obSgé de prévenir peraonne. Amcun envoyé des Pmssances élrai>gères se '■'*"*|"* à cette règle des visites et à cet os^e qui traufanne, es pareille circoostance, les teptésentants de tons les pea{des en oœ sorte de corporation interaatîonA, oô l'oo se traite avec aae coartoisie qaî cooÊne pres<]Be à la cainaïadcrie.

C'est ainsi qœ je vis airiver, tout d'abord, à mon hAtd h fort nomfarense mîsàon aUemande. CUe avait povr dkef le géoéral de nnmeotbal. qtd. pendant b pierre baBCD-allemaïKle, avait exeiré les looctioiis de chef d'état-nMioT général de l'armée commandée par le PïÏDce royal, celai qoî fut pendant cent joars l'empereur Frédéric III, le père de l'Empereur actiie]. C'est dire qc'il avait uoe des pins grossies sîtuatioas militaires en ,\]leat^iie. C'était l'homme le plos simple et le moins poseur qu'on p&t rêver. Par exemple, soldvt jusqu'aux utoelEeâ. En dehors des réceptions offiâdles, pour pouvoir circuler sans entasser les foules sur notie passage, nous a%-ions tous arboré ta lenue civile.

— Je me fais un drôle d'effet dans ces habits, me disait le général de Blumentfaal. Figurez-vous que depuis l'âge de neuf ans, et ce n'est nsalbeureusement pas d'hier, c'est la première fois que je me vois en bourgeois.

Dans toutes ses sorties, le général de Blomenthal emmenait sur le siège de sa votture, i côté du cocher,

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