CHEZ M. THIERS
— Pas du tout! Elle est adressée à M. Thierst Portez-la à M. Thiers.
Je pris congé, et m'en allai à la préfecture, d*où M. Thiers ne se pressait pas de déménager. Je trouvai l'ex-président dans un véritable état de prostration. Ce n'était plus le petit vieillard que j'avais connu si vif, si alerte, si remuant, s'occupant de tout, prenant intérêt à tout, apprenant tout à tout le monde, frétillant, malicieux, enjoué et, en somme, séduisant. Affaissé dans son fauteuil, les traits tirés, paraissant vieilli, il ne dissimulait pas combien sa chute lui avait semblé douloureuse. Et cependant, il n'avait pas perdu confiance. Il restait persuadé que la majorité lui reviendrait, comme au seul homme capable de démêler l'écheveau d'intrigues dans lequel elle s'empêtrait. Et il était décidé à entamer une lutte acharnée contre son successeur, qu'en son for intérieur il ne croyait pas de force à se mesurer avec lui.
En entrant, je lui remis la lettre de Sa Majesté Suédoise. Il la reçut avec la plus parfaite indifférence et ne se donna même pas la peine de l'ouvrir. Pendant que j'étais auprès de lui, on annonça une députation, et il voulut la recevoir devant moi. Ce devait être les membres de quelque cercle républicain, qui avaient arboré leur plus belle redingote pour venir, auprès de lui, protester de leur dévouement à la République et de l'espoir qu'ils nourrissaient de le voir bientôt reprendre la direction des affaires. Devant eux, il se redressa et redevint à peu près tel que je l'avais vu dans les premiers jours de ce même mois de mai. Ces démarches lui plaisaient; elles lui donnaient l'illusion de la popularité qu'il se flattait d'avoir conservée sur les classes moyennes.
Le temps me semblait très long dans ce salon. Je n'avais pas oublié les bontés que M . Thiers avait eues pour moi. Je ne pouvais pas lui faire la confidence de III. a3
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