‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 143 sur 285 · LE GÉNÉRAL BOREL · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL BOREL

1 BU général de Ladmirault, lui dit : — Voici te ministre de la Guerre. Acceptez-vous le commandement de l'armée de Versailles, pour l'exercer avec le gouvernement de Paris?

— Sans aucun doute, Monsieur le Maréchal. Il y a I longtemps que nous nous connaissons, le général du i.Barail et moi. Il sait qu'il peut compter sur mon con- ( cours le plus dévoué.

— Très bien. Voilà une affaire réglée. Maintenant TOUS devriez prendre, comme chef d'état-major général,

■ Bore!, à qui je ne puis plus donner de situation auprès àc moi. 11 est très au courant de tout ce service-là.

— Je ne demanderais pas mieux, mais j'ai Saget qui I remplit, depuis longtemps déjà, ces fonctions, et dont

je suis très satisfait. Si je ne l'avais pas, je ne voudrais pas d'autre chef d'état-major que le général Borel dont je connais tous les mérites.

— Eh bien, alors, gardez Saget. Quant à Borel, le ministre de la Guerre le prendra, comme chef d'étatraajor général et comme chef de Cabinet,

J'avais déjà réservé a in petto » ce double poste à Oioa ami, le général Balland. Mais la combinaison ne me déplaisait point; il m'était même agréable d'avoir pour auxiliaire un homme que je savais investi de la confiance du Maréchal et qui, sur toutes choses, pourrait m'indiquer la pensée exacte de celui que je consit4érais comme le chef de l'armée, et par son rang de ((Président de la République, et surtout par ses talents (cOÛlit aires.

Alors, le Maréchal rendit sa liberté au général de Ladmirault et me garda, afin de me présenter au conseil des ministres, réuni dans un salon voisin, pour délibérer. Cette formalité accomplie, il m'indiqua un fauteuil et me dit de prendre part à la séance.

— Pardon, Monsieur le Maréchal, dit le duc de Broglie, vice-président du conseil, mais la nomination

de M. le général du Barail n'a pas encore paru au Jour"^ nal officieL

— Cela ne fait rien, répondit le Maréchal au duc^^ qui me parut un peu formaliste. Pour nous, il nommé ministre de la Guerre. Le général de Ciss< n'a pas été convoqué. Il n'y a aucun inconvénient à qu'il prenne part au Conseil.

C'est ainsi que je fus jeté, sans m'y être préparé ^j sans m'y être attendu, dans un ministère. Car, le l^x^. demain, ma situation allait être régularisée par un décs^f officiel.

A cette première séance, j'éprouvai une premièi^ surprise; je m'attendais à entendre discuter de grandes questions gouvernementales, une ligne politique générale, les moyens, sinon de rallier les masses au nouveau gouvernement, au moins de frapper leur ima^nation. Le duc de Broglie mit tout de suite en discussion le remplacement des préfets. Là encore, il me semblait que le conseil aurait pu prendre les choses par leur grand côté, et examiner les principes qui dicteraient les choix du ministre de l'Intérieur. Par exemple, rappellerait-on les anciens préfets de l'Empire qui s'étaient montrés hommes de gouvernement? Ou les laisserait-on systématiquement à l'écart? Par exemple, encore, quels étaient les départements où il fallait mettre des hommes politiques? Quels étaient ceux où l'on pouvait se contenter d'envoyer des administrateurs de prof ession ? On se borna à discuter des noms qui, manifestement, étaient inconnus de quelques-uns d'entre nous, qui, par conséquent, ne représentaient rien à nos esprits, et à décider que tel département conviendrait mieux à tel préfet, et tel préfet à tel département. Je trouvais que nous aurions pu mieux employer notre temps. Et, comme ce cortège d'inconnus pouvait se passer de mes lumières, je m'occupai à écrire personnellement aux principaux chefs de l'armée, à ceux sous les ordres de

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