REFUS CATÉGORIQUE. 4S
c'était sur la proposition formelle du général Changarnier qu'il avait obtenu le juste avancement dont avait dépendu toute sa carrière. J'ajoutai que l'Armée accueillerait avec satisfaction et que l'opinion publique ratifierait avec empressement cet hommage rendu à de vieux et éclatants services, etc., etc.
Aux premiers mots de mon plaidoyer, le visage du Maréchal s'était rembruni et avait pris cet air de froideur impassible que je connaissais bien, et qui marquait les résolutions inébranlables. Le Président, quand j'eus fini, nous répondit : qu'il honorait comme nous le général Changarnier, qu'il le croyait le plus vaillant des soldats et le plus expérimenté des chefs, mais que notre client ne remplissait pas les conditions exigées par la loi pour Être élevé au maréchalat, et que, notamment, il n'avait jamais commandé en chef devant l'ennemi ; que si une exception était faite en faveur du général Changarnier, l'on ne saurait comment répondre à l'ambition surexcitée des chefs de l'armée, dont les principaux voudraient, eux aussi, passer par la même brèche; qu'après les malheurs de la dernière guerre, il serait puéril et indécent de créer des maréchaux; qu'il fallait attendre pour cela une guerre et le retour de la victoire sous nos drapeaux.
— Les bâtons de maréchal sont dans le Rhin, dit-il. C'est là qu'il faut aller les chercherl
Devant ces raisons, exposées moins tranquillement que je le fais, il fallut bien que mon ami de Talhouët se rendît à l'évidence et reconnût mon impuissance. Le général Changarnier ne m'en conserva pas moins ane rancune qu'il manifesta par son attitude dans le débat sur les fortifications, et qui devait trouver bientôt une satisfaction plus personnelle et plus décisive.
Parmi les réformes que j'énumère et que je résume, je noterai, sans y insister, une loi sur l'aumônerie militaire, imaginée par un ancien capitaine de hussards
à qui l'on donnait le titre de colonel, parce qu'il avùl commandé ud régiment de mobiles pendant la guerre, et qui appartenait au groupe de l'extrême droite le colonel Carron. D'après cette loi, il devait être ' stitué dans toutes les villes de garnison un aumfii militaire, chargé de tout ce qui avait Irait au service religieux des troupes. Je trouvais cette institution inutile, dangereuse et impolitique. Je la trouvais inutile, parce que, dans toutes les villes de garnison, il y a un clergé suffisant pour donner aux militaires les secours spirituels, quand ils les demandent, et pour leur permettre l'accomplissement facile de leurs devoirs religieux. Je la trouvais dangereuse, parce qu'elle pouvait faire naître des conflits entre les officiers et l'aumônier, porté naturellement à protéger ses ouailles et à faire valoir leurs mérites, au détriment de la discipline. Je la trouvais impolitique, parce que les républicains nous appelant déjà le gouvernement des curés, et insistant, pour nous nuire, sur les tendances cléricales de ceux qui nous soutenaient, la plus simple prudence commandait de ne fournir ni prétexte , ni aliment à leurs reproches et à leurs polémiques perfides. Et moi, qui n'aurais pas voulu partir en guerre, sans un cadre d'aumâniers aussi complet que possible, moi que l'on traitait de clérical, parce que je n'avais pas voulu associer l'armée au scandale d'un enterrement civil, moi qui avais débuté, à la tribune, en soutenant qu'il fallait cultiver chez les hommes les croyances religieuses, pour avoir le droit de leur demander des sacrifices, je ne voulais pas défendre la loi sur l'aumônerie, en temps de paix. Le jour où elle fut discutée, je m'absentai et me fis remplacer par mon collègue de la marine, qui n'eut, d'ailleurs, pas beaucoup de mal à se donner, cai l'éloquent évèque d'Orléans persuada aisément Chambre dont le siège était fait d'avance.
Il était une loi qui m'intéressait beaucoup plus qi
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