‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 59 sur 285 · LES AUTRES RESPONSABLES · texte numérisé non relu

LES AUTRES RESPONSABLES

de conventions militaires, qui ne signifiaient rien si elles ne devaient pas nous assurer les premiers succès décisifs pour le reste de la campagne; c'est de s'être laissé tromper par ses propres bureaux qui avaient déjà fait leurs preuves d'insuffisance en 1S66 et en 1867; c'est d'avoir établi, grâce à eux, sur la mobilisation allemande et sur la mobilisation française, des calculs qui furent tous faux; car les Allemands furent prêts bien plus tôt qu'on ne le pensait et les Français bien plus tard; c'est d'avoir, parconséquent, trompé inconsciemment les autres ministres qui ne pouvaient pas contrôler SCS informations,

La liste des responsabilités doit-elle être close là? Non. Il faut encore y faire entrer les chauvins de l'extrême droite, qui voulaient la guerre pour restaurer l'Empire autoritaire, et les calculateurs de l'extrême gauche, qui se tenaient prêts à exploiter la paix comme un acte de lâcheté et de trahison. H faut encore l'élargir, pour y faire entrer la rue elle-même, avec ses ouvriers criant : « A Berlin! b avec les consommateurs de ses brasseries et de ses cafés élégants, brisant leurs bocks ou leurs verres mousseline sur les malheureux assez téméraires pour proférer en public des paroles pacifiques; avec ses théâtres pleins d'une fouie qui chantait la Marseillaise et criait, elle aussi : « A Berlin! »; avec les ignorants et les instruits, depuis le portefaix du coin jusqu'à Emile de Girardin . qui pariait tapageusement pour notre entrée à Berlin. Mais c'est assez.

J'arrivai à Paris le 24 juillet, au matin, et au ministère de la Guerre, où je me transportai immédiatement, on me donna l'ordre de me rendre sans retard à Lunéville, où devait se constituer la division de chasseurs d'Afrique, placée sous mes ordres. En voici ia composition :

Première brigade, commandée par mon ami, le général Margneritte ;

I*' régiment de chasseurs d'Afrique, colonel Clicquot de Mentque ;

3* régiment, colonel de Galliffet.

Deuxième brigade, commandée par le général de la Jaille, que j'avais eu comme lieutenant-colonel, alors que je commandais le 3* régiment de l'arme;

2* régiment de chasseurs d'Afrique , colonel de la Martinière ;

4* régiment, colonel de Quélen.

A ma division étaient attachées deux batteries d'artillerie sous les ordres du commandant Loyer :

I'* batterie, capitaine Jaubert ;

2* batterie, capitaine Bédarrides.

Le colonel Ferri-Pisani, aide de camp du prince Napoléon, devait être mon chef d'état-major. Mais il ne rejoignit pas, et fut remplacé par le commandant de Lantivy de Trédion, des services de qui je n'eus qu'à me louer et auquel j'adjo^is deux capitaines de cavalerie, MM. de Saint-Sauveur et Coste. Avec mon aide de camp, le capitaine Darras, nous étions quatre à Luné ville pour représenter toute ma division.

L'embarquement des troupes en Algérie avait été plus lent qu'on ne le croyait, et pendant plus de huit jours, je restai là, à m'énerver sur place, sans voir poindre un seul de mes régiments. Enfin, vers les derniers jours de juillet, les premiers des escadrons commencèrent à arriver par petits paquets, à peu près en même temps que les deux batteries d'artillerie. Ces batteries, prises dans des régiments voisins, avaient dû se compléter en hommes et en chevaux. Les hommes venaient de chez eux où ils avaient été renvoyés par anticipation, ou bien étaient des réservistes, et tous avaient à reconquérir l'habitude de se sentir les coudes. Les chevaux étaient eux aussi des réservistes ; ils venaient de chez les cultivateurs à qui on les avait confiés depuis longtemps et chez qui ils n'avaient reçu

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