‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 13 sur 302 · LE CHEVALIER DE TOLLENDAL · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DE TOLLENDAL

trois jours avant le voyage, l'avait exhorté à écrire, pendant sa course, au Roi et à Mme la comtesse d'Artois; il assura qu'il n'en ferait rien. « Pour Mme la comtesse d'Artois, reprit M. d'Affry, je n'insisterai pas, affaire de famille; mais pour le Roi, vous le devez, et je suis obligé de vous le dire. » — « Pas plus à l'un qu'à l'autre», répliqua le prince.

Je me rappelle un dîner que nous fîmes, à cette époque, chez Mme de Maulde, avec Mme de Saluées, sa fille, Mme deRostaing, sa belle-sœur, le chevalier d'Egbé et le chevalier de Tollendal. Ce dernier était alors un jeune homme de vingt ans, d'une figure noble et fière, ayant de beaux yeux et une physionomie très marquée. Il était fils naturel de M. de Lally (1) et, selon toutes les apparences, de Mme de Maulde elle-même. Le Roi l'avait reconnu, par lettres patentes, pour gentilhomme né d'une ancienne maison d'Irlande, et lui avait donné cinq mille livres de rente sur la confiscation des biens de son père Il nous lut une requête au Roi, servant de précis dans l'affaire de Mme de Saluées, que j'ai regardée comme un chef-d'œuvre : je n'ai jamais rien vu de plus noblement écrit, et je l'ai exhorté à la faire imprimer. Il nous

(1) Thomas-Arthur, comte de Lally, baron de Tollendal, né à Romans (Dauphiné), le 14 janvier 1702, d'une famille irlandaise qui avait suivi Jacques II en France, entra au service dès l'âge de sept ans, se signala pendant la campagne de Flandre en 1741, décida la victoire de Fontenoy en 1745, seconda la tentative de Charles- Edouard en Ecosse, fut nommé, en 1756, lieutenant général et gouverneur des possessions françaises dans l'Inde, chassa les Anglais des côtes de Coromandel, mais échoua devant Madras et dut rendre Pondichéry; fait prisonnier de guerre et ramené en Angleterre en 1761, il apprit qu'il était accusé d'avoir trahi les intérêts du Roi, obtint sa liberté sur parole , vint se constituer prisonnier, resta enfermé à la Bastille pendant dix-neuf mois sans être interrogé, fut condamné à mort sans avoir pu se défendre, et conduit au supplice, avec un bâillon sur la bouche, le 9 mai 1766.

récita aussi un poème qu'il avait composé contre le célibat, et qu'il avait envoyé au secrétaire de l'Académie française pour le concours; j'y remarquai ces deux vers qui sont très beaux :

Lorsque de deux époux la tendresse est commune, Un regard, un baiser vengent une infortune.

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