‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 132 sur 302 · CONFÉRENCES ENTRE JOSEPH II ET LE PAPE PIE VI · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES ENTRE JOSEPH II ET LE PAPE PIE VI

une grande feuille de papier sur laquelle est écrit : Evangelia. Pour mieux indiquer sa façon de penser, il avait fait graver ces mots au-dessus de sa tète : Amicissima veritas. Cette médaille avait sans doute pour objet de justifier et de prouver le titre qu'il s'était donné de réformateur de l'Église. Aussi, tout ce qui est imprimé dans ce recueil curieux se rapporte-t-il à la même fin. Le docteur qu'il prend pour guide est le fameux Fra Paolo Sarpi (1), dont il copie en italien la traduction du discours contre le concile de Trente. Que l'on examine maintenant ce recueil qui montre ses opinions, et la conduite qu'il a tenue, et l'on ne sera pas étonné que les catholiques français l'aient comparé à Julien l'Apostat. Joseph II n'a pas été un païen; mais sa conduite n'a jamais été celle d'un enfant de l'Église, et les Flamands ont eu raison de le regarder comme l'auteur des troubles du Brabant. On se rappelle qu'il chassa de ses États les moines et les religieuses, qui vinrent en France chercher l'asile qu'on leur refusait dans leur patrie. Au mois de mai 1782, pendant que Pie VI était à Vienne, je m'amusai à imaginer et à composer une suite de conférences entre Joseph II et le Pape. Cet ouvrage (2) était un essai du grand art que j'aurais désiré que tout le monde apprît pour concilier les différends et ramener tous les partis. Je me lis pape pour traiter avec l'Empereur et décider ensuite, d'après des principes com-

(1) Pierre-Paul Sarpi, historien, né à Venise en 1552, entra dans l'ordre des servites en 1572, en devint provincial en 1579 et procureur général en 1588. Dans les démêlés de Venise avec le pape Paul V, il se porta défenseur de cette république, qui, en 1605, le choisit pour son théologien consultant, puis le nomma membre du Tribunal des Dix. il l'ut l'un des plus violents adversaires de la Cour de Rome, et mourut en 1623.

(2) Conférences entre l'empereur Joseph II et le pape Pie VI, tenues à Vienne dans le palais de l'Empereur, n° XLVII du catalogue des ouvrages de Moreau.

muns. toutes les questions dont il me paraissait si important que ces deux souverains s'occupassent en ce moment. L'abbé de Nélis (1), évêque d'Anvers, avait eu quelque part à l'éducation de l'un des enfants de l'impératrice Marie-Thérèse; il n'en a pas moins considéré Joseph II comme l'un des fauteurs de la Révolution française, et notre malheureuse reine, qui est montée sur l'échafaud sans accuser personne, a bien été forcée également de reconnaître que son propre frère avait été, par sa manière d'agir au moins très singulière, l'une des causes des malheurs de nos princes; mais il n'avait sans doute pas encore été gâté par la fausse philosophie des impies, lorsqu'il servait la messe de l'abbé Lenfant (2), jésuite, dans la chapelle de l'Impératrice, sa mère. Cette anecdote de la messe servie dans la chapelle impériale de Vienne m'a été contée par l'abbé Lenfant lui-même; cependant, cela ne le sauva pas du glaive de Robespierre et des bourreaux ennemis du trône et de l'autel, car ce malheureux homme de bien mourut à Paris dans le massacre des Carmes. Au reste, la Révolution française, qui a assassiné la Reine, fille de Marie-Thérèse, en est déjà à la troisième tête des princes de la nouvelle maison d'Autriche, dont elle a vu la fin déplorable. L'empereur actuellement régnant (3) n'est plus que le petit-

(1) Corneille-François de Nélis, érudit, né à M alinéa en 1736, évêque d'Anvers en juin 1785. membre de l'Académie royale des sciences et des lettres de Bruxelles, mort en Italie le 21 août 1798.

(2) Alexandre- Charles- Anne Lenfant, prédicateur et jésuite, né à Lyon le 6 septembre 1726. En 1773, après la suppression de son ordre, il prêcha devant Stanislas, roi de Pologne, devint prédicateur de Joseph II, à Vienne, rentra en France sous Louis XVI, prêcha à la Cour, refusa de prêter le serment civique, fut emprisonné à l'Abbaye le 30 août 1792 et massacré le 3 septembre suivant dans cette prison, et non aux Carmes.

(3) François II, fils de Léopold II, empereur d'Allemagne, et de

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