‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 148 sur 302 · SIEGE DE GIBRALTAR · texte numérisé non relu

SIEGE DE GIBRALTAR

les Anglais maîtres du détroit, et il leur sera plus qu'onéreux quand les Espagnols deviendront maîtres de Minorque. » Or, le maréchal prétendait qu'il leur avait communiqué un plan pour s'emparer de cette île, sans être obligés de faire le siège de Saint-Philippe et sans dépenser plus de 500,000 francs, avec le risque de perdre, au plus, cinquante hommes. Mais les Espagnols persistèrent dans leur projet de reprendre Gibraltar; ils serrèrent cette ville de près, et, au commencement de janvier 1780, on apprit que l'amiral Rodney (1) se portait à son secours. Avant qu'il y fût arrivé, on connut la capitulation de la forteresse de Porto-Domea, prise par les Anglais aux Espagnols : cette nouvelle se trouve dans la Gazette d'Amsterdam du 4 janvier 1780. Cette gazette annonçait que l'amiral Parker (2) avait enlevé cinq frégates de guerre françaises et treize bâtiments de transport. Ces cinq frégates étaient sous les ordres de M. de Grasse (3) et formaient une des trois divisions de l'armée navale de M. d'Estaing. On fit alors partir quatre vaisseaux français de Brest, qui allèrent à Rayonne rallier vingt-six espagnols commandés

(1) Georges Bridge Rodney, né à Londres en 1717, amiral anglais, enleva en 1761 différentes îles à la France, détruisit en 17801a flotte espagnole commandée par don Juan de Langara, battit le comte de Grasse en 1782, et mourut en 1792.

(2) Richard Parker, né à Exeter en 1760 ; simple matelot, il fut proclamé amiral par les insurgés, en 1797, lors de l'insurrection de la flotte à Nore; après la répression de la révolte, il fut pendu à bord du Sandwich.

(3) François-Joseph-Paul, comte, puis marquis de Grasse-Tilly, lieutenant général des armées navales, né à Valette (Provence) en 1723, passa par tous les grades, fut nommé chef d'escadre en 1779, prit une très grande part à la guerre d'Amérique, aida en 1781 à enlever Tabago aux Anglais et à contraindre le général Gornwallis à capituler, échoua en 1782 à la Dominique contre les amiraux Hood et Rodney , fut fait prisonnier et conduit en Angleterre. Par son intermédiaire fut conclu, en 1783, le traité de Versailles qui assurait l'indépendance des États-Unis. Il mourut à Paris le 11 janvier 1788.

par don Juan de Cordova. L'amiral Rodney les battit et partit pour l'Amérique. Nos approvisionnements pour les îles étaient alors considérables; ils se trouvaient depuis deux mois en route de Bordeaux à Brest, et se joignirent à ceux qui arrivaient de l'île d'Aix. Ils devaient partir avec huit vaisseaux sous la conduite de M. deMonteil : on en envoya quatorze, que l'on confia à M. de Guichen (1), auquel on donna le commandement d'Amérique, que l'intrigue était parvenue à enlever à M. d'Estaing.

On sait de quelle manière M. de Vergennes avait favorisé l'insurrection des colonies anglaises (2) contre la mère patrie : la tortueuse politique qu'il suggéra en cette circonstance à M. de Maurepas ne me sembla pas digne d'une grande nation, et je n'ai jamais regardé comme un grand ministre celui qui ne sut que diviser et déchirer. Quand la rupture définitive eut éclaté, il me proposa de faire pour son système ce que j'avais fait, en 1755, pour la noble et franche politique du vieux maré-

(4) Luc-Urbain du Bouexic, comte de Guichen, né à Fougères en 4712, entra de bonne heure dans la marine, prit part comme chef d'escadre à la bataille d'Ouessant en 4778, reçut, en 4779, le commandement d'une des trois grandes divisions de l'armée navale composée des flottes française et espagnole combinées, obtint la même année le grade de lieutenant général et le commandement de la marine de Brest, partit pour les Antilles en 4780, lutta glorieusement contre l'amiral Rodney, et mourut en 4790.

(2) Depuis plusieurs années, l'Angleterre redoutait de perdre toutes ses possessions d'Amérique. On lit dans le Journal de Moreau, à la date du 31 octobre 1775 : On a assuré, au lever du Roi, que les insurgents en Amérique s'étaient rendus maîtres de Québec et de Montréal. Le duc de Glocester, frère du roi d'Angleterre, gagnera sa gageure : il voulait parier en France, à son passage, que, sous un an, les Anglais auraient perdu l'Amérique. Autre nouvelle dont on a dit, comme de la première, que l'ambassadeur d'Espagne l'avait assuré au Roi : il y a eu à Londres une conspiration pour enlever le Roi. Plusieurs Anglais et quelques Américains qui en étaient ont été mis aux fers.

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