M. DE LAMOIGNON ET M. DE FOURQUEUX
qui avaient longtemps intrigué l'un contre l'autre, comme, en 1757, étaient également partis, frappés de la môme disgrâce, deux ministres qui ne s'aimaient pas davantage, M. de Machault (1) et M. d'Argenson (2). Les sceaux furent sur-le-champ donnés à M. de Lamoignon, et le contrôle général à M. de Fourqueux, conseiller d'État. M. de Galonné ne parut point abattu de sa chute. Il était dès lors bien persuadé que son plus grand ennemi était M. de Brienne, car au ministre chargé de lui apporter l'ordre du Roi, il se contenta de demander : « Est-ce l'archevêque qui me remplace? » Lorsque, sans lui nommer son successeur, on lui répondit : « Ce n'est pas lui », il sembla presque consolé, et, entrant dans la salle où la compagnie l'attendait, il dit en riant à ses amis : « Je suis chassé; mais le Brienne n'en tâtera pas encore. » Le ministère de M. de Fourqueux ne fut pas long : il ne dura que depuis Pâques jusqu'au Ier mai 1787.
(1) Jean-Baptiste de Machault, seigneur d'Arnouville, né le 13 décembre 1701, conseiller au parlement de Paris en 1721, maître des requêtes en 1728, président du Grand Conseil en 1738, intendant de Valenciennes en 1743, contrôleur général et conseiller au conseil royal des finances en 1745, ministre d'Etat en 1749, garde des sceaux en 1750, secrétaire d'État au département de la marine en 1754, disgracié en 1757; il mourut, en 1794, à la prison des Madelonnettes, où il avait été enfermé comme suspect. Il avait épousé, le 2 avril 1737, Geneviève-Louise Rouillé du Coudray.
(2) Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d'Argenson, né le 16 août 1696, conseiller au Parlement en 1719, lieutenant général de police de Paris en 1720, obligé de se démettre six mois après à cause de son opposition aux plans de Law, intendant de Tours en 1721, chevalier de l'ordre de Saint-Louis la même année, de nouveau lieutenant général de police de Paris en 1722, conseiller d'État en 1724, premier président du Grand Conseil en 1739, intendant de la généralité de Paris en 1740, ministre d'État en 1742, secrétaire d'État au département de la guerre en 1743. Il quitta le ministère, disgracié, en 1757, se retira dans sa terre des Ormes et mourut en 1764. Il avait épousé, le 24 mars 1719, Anne l'Archer, née le 6 mars
Ce 1er mai fut le jour où Mme de Polignac remit au Roi le jeune Dauphin, son élève, mort depuis à Meudon, au commencement du mois de juin 1789. J'étais à Versailles au moment où le jeune prince fut confié à M. le duc d'Harcourt (1) ; la Reine, qui n'avait point nommé le gouverneur, obtint pour prix de son consentement que le prélat, ami intime de son abbé de Vermond, entrerait dans le Conseil (2) : elle le croyait, de la meilleure foi du monde, le seul homme capable de rétablir les affaires et de sauver l'État par la réorganisation de nos finances. M. de Vergennes, ministre des affaires étrangères, qui, après la mort de M. de Maurepas, avait eu la place de président du conseil des finances, était mort lui-même (13 février 1787) (3). Le Brienne voulait lui succéder; il n'y parvint pas immédiatement. Ce ne fut que pendant que le Roi faisait, dans la plaine de Chambourcy, cette grande chasse dont nous étions témoins tous les ans, que le maréchal de Noailles m'appela et, se baissant de son cheval, me dit à l'oreille : « Tout est fini : ce matin, l'archevêque a été déclaré président du Conseil et principal ministre. » (25 août 1787.)
La Reine avait eu raison de penser que les circonstances rendaient un premier ministre nécessaire; mais il faut convenir que ce fut la prévention publique qui détermina
(1) Anne-François d'Harcourt, d'abord marquis de Beuvron, puis duc d'Harcourt, fils d: Anne-Pierre, duc d'Harcourt, et de Thérèse- Eulalie deBeaupoil de Saint-Aulaire, né le 4 octobre 1727, marié, le 22 janvier 1749, à Marie-Catherine Rouillé, fille unique d'Antoine- Louis Rouillé, ministre et secrétaire d'État, et de Marie-Catherine Pallu; nommé gouverneur du dauphin en octobre 1786; mort en
(2) Le 1er mai 1787, l'archevêque de Toulouse fut nommé chef du conseil des finances, et il fut entendu que le contrôleur général ne serait que son premier commis. (Henri Martin, t. XVI, page 583.)
(3) M. de Vergennes fut remplacé aux affaires étrangères par le comte de Montmorin.