M. DE CICÉ, GARDE DES SCEAUX
16, au moment où nous nous sauvions à Eclimont, annonça au peuple de Paris le renvoi des troupes que le Roi vint lui promettre dans la visite qu'il fut forcé de lui faire; mais, pendant ce temps-là, la prise de la Bastille (14 juillet) et la formation d'une nouvelle commune (15 juillet), à la tête de laquelle on avait placé M. Bailly pour maire et M. de la Fayette pour commandant général de la garde nationale, avaient déjà épouvanté la Cour par d'horribles forfaits. C'était sous les yeux de ce nouveau maire que M. de Flesselles, le dernier prévôt des marchands qui ait été nommé par le Roi, avait été assassiné, ainsi que le gouverneur de la Bastille. Ce fut encore sous ses yeux que furent pendus, le 22 du même mois, et le malheureux Foulon et son gendre, M. Bertier, surintendant de la maison de la Reine, et c'est dans cet affreux repaire, déjà couvert de sang, que le Roi avait été contraint, le vendredi 17 juillet, d'aller recevoir la cocarde nationale et l'insultante harangue que lui fit M. Bailly en la lui remettant.
On se rappelle cette nuit du 4 août où, à l'Assemblée, chacun s'empressa de donner ce qui n'était point à lui ; je me souviens, moi, de cette fête de Saint-Louis, où je vis avec tant de déplaisir cet insolent maire, Bailly, présenter au Roi ce La Fayette qui, depuis, fut le premier des geôliers chargés de la garde des prisons par lesquelles il devait passer.
Le Roi, avant de partir le 17 pour Paris, avait annoncé à l'Assemblée le rappel de M. Necker. Ce rappel ne me disposait à entretenir aucune correspondance avec le nouveau garde des sceaux, M. de Cicé, archevêque de
la foule. Les troupes qui environnaient Paris accoururent; la terreur dégénéra en fureur ; la populace cria aux armes , alla en prendre à l'Hôtel de ville et mit le feu aux barrières.
Bordeaux, et ma plus grande attention fut d'éviter tout ce qui eût pu lui donner prise sur moi ; je le voyais de temps en temps; je répondais franchement à ses questions, mais je ne voulus avoir avec lui aucunes relations de travail; je lui déclarai constamment que j'en avais fini avec le ministère, que je m'en tenais à ma retraite bien gagnée et bien promise. Il m'assura qu'il désirait être et qu'il avait toujours été l'un de mes amis; il me donna son cachet, me pria à dîner : j'éludai soigneusement cette dernière politesse, et des témoins dignes de foi se rappellent que, lorsqu'il m'adressa ces invitations obligeantes, je lui répondis : « Monseigneur, je ne vous verrai point, de crainte quon ne croie que j'ai quelque chose à vous dire. » Ne pouvant me conserver dans son département, il s'arrangea du moins pour garder à son usage la Bibliothèque ministérielle de législation, administration, histoire et droit public, qu'un Arrêt du Conseil d'Etat du Roi (1) avait attachée irrévocablement à la Chancellerie de France. Il en sentait tout le prix, et, quand il fut installé à Paris, il en fit transporter dans son hôtel une partie considérable et précieuse.
Avant de se mettre en possession du reste, il fut assez juste pour comprendre qu'il fallait commencer par m'assurer le traitement qui, à la fin de 1788, avait été accordé à ma retraite; il m'écrivit de Paris à Versailles et me demanda un Mémoire qu'il pût mettre sous les yeux de l'Assemblée nationale. Je l'intitulai (2) : Origine et progrès de la bibliothèque de législation, d'histoire et de droit public attachée à la chancellerie de France, ou troisième Mémoire (3)
(1) N°LVI du catalogue des ouvrages de Moreau.
(2) N°LIX du catalogue des ouvrages de Moreau.
(3) Les deux premiers Mémoires (N° XX du catalogue des ouvrages de Moreau) qui ont été imprimés pour faire connaître au public les