‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 248 sur 302 · LA SOURCE, PRÉSIDENT DES JACOBINS DE PARIS · texte numérisé non relu

LA SOURCE, PRÉSIDENT DES JACOBINS DE PARIS

général La Fayette put s'apercevoir combien il était déjà déchu du crédit qu'il avait eu autrefois; mais le lendemain 29 il fut bien vérifié que5 dès lors, les membres les plus accrédités du Corps législatif étaient membres très actifs de cette infâme société.

La Source (1), l'un des députés, était président des Jacobins de Paris; par un certificat signé de lui, il avait accordé à l'un des plus vils et des plus misérables individus de ce club le droit de porter les armes, et avait invité les municipalités où il se rendrait à lui prêter assistance. Or, quel était ce protégé du député La Source? Le district de Charleville venait d'envoyer à l'Assemblée les pièces d'une procédure prouvant qu'il avait été deux fois fouetté et marqué : une fois comme voleur, l'autre comme condamné aux galères. Échappé de la chaîne, il était venu à Paris, et, admis aux Jacobins, s'y était fait une réputation, et avait été chargé de nouvelles commissions pour le département de Mézières. où il fut arrêté après avoir commis de nouveaux crimes. Ceci est sans doute étonnant; ce qui l'est encore plus, c'est que, dans l'assemblée du 29 juin, le célèbre Cambon (2), qui disposait de nos finances, se mit fort en colère de ce que, par de pareilles dénonciations, on jetait de la défaveur

respecter les autorités, et de donner aux armées l'assurance que la Constitution ne recevrait aucune atteinte au dedans, tandis qu'elles prodiguaient leur sang pour la défendre au dehors.

(1) Marie-David-Albin La Source, né à Angles, près de Montpellier, en 1762, ministre protestant, député du Tarn à l'Assemblée législative, partisan fougueux de la révolution, siégea à la Convention parmi les girondins, vota la mort du Roi tout en se déclarant contre la faction orléaniste et contre Robespierre, fut décrété d'accusation et condamné à mort le 30 octobre 1793.

(1) Joseph Cambon, né à Montpellier en 1754, député à l'Assemblée législative, puis à la Convention, se rangea dans le parti de la Montagne, vota la mort de Louis XVI, présida plusieurs fois la Convention, devint membre du Comité de salut public et de celui des

sur des hommes environnés de la confiance publique (1). Je n'en dirai pas davantage sur une société qui, combattue, mais jamais entièrement vaincue, et après sa destruction même renaissant toujours de ses cendres, était, au temps dont je parle, larène où se débattait Robespierre, et où il aiguisait les poignards qui ont coûté à la France plus de trois millions d'hommes. On trouvera, dans tous les papiers publics de cette époque, l'histoire des troubles par lesquels la capitale fut agitée depuis la journée du 20 juin, jusqu'au jour affreux et éternellement mémorable du 10 août (2), où ce que l'on avait auparavant inutilement tenté fut exécuté par l'Assemblée législative, qui déclara ainsi n'être plus qu'une horde de brigands, ou parla Commune de Paris, composée de jacobins rêvant de ne faire de la France qu'un vaste cimetière, et voulant commencer par le Roi le massacre général de tous les propriétaires (3), que ce faible prince n'osait plus appeler

finances, fit créer le grand livre de la dette publique le 24 août 1793, contribua au 9 thermidor, fut cependant décrété d'arrestation et dut se cacher. Nommé député en 1815, mais exilé en 1816 comme régicide, il mourut en 1820 dans un village des environs de Bruxelles.

(1) Journal de Paris du 30 juin 1792. (Note de Moreau.)

(2) Le 10 août 1792, les Tuileries furent assiégées de nouveau par la populace; Louis XVI, couvert d'insultes et d'outrages, crut devoir suivre le conseil que lui donnèrent les membres du département, de se retirer avec sa famille au sein de l'Assemblée législative; les Suisses et les serviteurs du Roi furent égorgés: le feu fut mis au château, l'Assemblée envahie par les forcenés victorieux, la déchéance du Roi prononcée et la Convention nationale convoquée.

(3) M. de Clermont-ïonnerre fut massacré dans les rues dans la fameuse journée du 10 août. Il avait composé un ouvrage intitulé : Analyse raisonnée de la Constitution française de 1789, 90 et 91. (Note de Moreau.) — Stanislas, comte de Clermont-Tonnerre, néàPont-à- Mousson en 1747, député de la noblesse aux États généraux, fit partie de la minorité qui voulait se réunir au tiers, vota l'abolition des privilèges, réclama le droit de citoyen pour les protestants et les juifs, présida deux fois l'Assemblée nationale, fonda, avec Malouet, le Club des Amis de la monarchie, et avec Fontanes le Journal des impartiaux.

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