LE SYSTÈME DES CLASSES
une semblable du Parlement de Bordeaux, ainsi qu'une copie des Remontrances de ce Parlement. Enfin, à l'occasion des concessions qui lui furent accordées, il lui parvint également, le 7 novembre suivant, des félicitations de celui de Bretagne, qui commençaient par : Messieurs et frères. Cela avait été concerté entre quelques membres de l'une et de l'autre compagnie; il fut arrêté qu'il y serait répondu. Plusieurs autres lettres d'autres Parlements suivirent, auxquelles il fut aussi répondu. Dès lors se formait sourdement le système des classes (1).
En 1761, il m'arriva quelque chose d'assez plaisant : ce fut de faire des Remontrances pour le Parlement de Paris, sur l'affaire de Besançon. Je les fis pour combattre celles de M. Lambert (2) , qui réellement eurent le dessous; les miennes sont peut-être les plus fortes, mais les plus honnêtes qui aient jamais été écrites.
En octobre 1763, par ordre du ministre, je composai un long mémoire intitulé : Idées sur la situation actuelle du ministère des finances vis-à-vis des Parlements (3). Au bout de quelques jours, les ministres parurent moins pressés sur
(1) Théorie d'après laquelle tous les Parlements de France, solidaires les uns des autres, ne formaient en réalité qu'un seul corps, réparti par délégation dans les principales villes du royaume.
(2) Claude-Guillaume Lambert, baron de Chamerolles et comte d'Auverse, né à Paris le 9 avril 1726, conseiller au Parlement en 1748, fut chargé du rapport de l'affaire de Lally-Tollendal et devint conseiller d'État en 1778, puis membre du conseil des finances; membre de l'Assemblée des notables en 4787, contrôleur général des finances la même année, quitta le ministère en août 1788, y rentra au commencement de 1789, resta à la tète de l'administration des finances après la retraite définitive de Necker (4 sep tembre 1790), et donna sa démission le 4 décembre suivant. Incarcéré à Lyon en 1793, mais défendu par Portalis, il fut acquitté et se retira à Gahors; par ordre du comité de salut public, il fut arrêté de nouveau, conduit à Paris, mis en prison, et périt sur l'échafaud le 27 juin 1794.
(3) N° XXI du Catalogue des ouvrages de Moreau.
les plans de conduite générale, dont le but pouvait être de réprimer les entreprises de ces grands corps. Je m'aperçus qu'il y avait des négociations en l'air : M. le premier président travaillait souvent avec M. le contrôleur général (1), et faisait des voyages à Paris. M. le contrôleur général s'occupa lui-même, et seul, d'un grand ouvrage dont il ne me parla point, mais que je jugeai avoir pour objet quelque nouvelle opération que l'on substituerait à ce que l'on abandonnerait de l'ancienne. L'abbé Bertin ne me cacha pas que M. le vice-chancelier était d'avis que le Roi pliât sur certains points.
Dans les derniers jours de novembre, les conseillers et le premier président de Rouen, que l'on avait fait venir àMoret — la Cour étant alors à Fontainebleau — à cause de leurs remontrances sur lés impositions de corvées et levées de deniers, reçurent permission de s'en retourner. Ils voulaient paraître devant le Roi, puisqu'ils avaient été mandés afin de rendre compte de leur conduite ; mais on ne leleurpermitpas,je ne sais pourquoi. Quatre mots terribles de la part du maître auraient fait plus pour en imposer à ce pays-là, que la conduite embarrassée des ministres, dont ils pouvaient fort bien, à Moret, être les espions.
Les négociations avec les Parlements, au sujet des édits relatifs aux mesures financières qu'on voulait leur voir adopter, continuèrent pendant tout le séjour de Fontainebleau. M. Lambert y fit plusieurs voyages; on dit aussi que M. de Laverdy y vint. M. le contrôleur général, qui, le soir même de mon arrivée, m'avait assuré que Ton ne ferait pas une démarche, vis-à-vis de ces compagnies, qu'il n'y eût un plan vaste de formé, et que l'on n'eût trouvé dans les lois les moyens de maintenir l'autorité
(1) M. Bertin, auquel succéda M. de Laverdy le 42 décembre 1763.