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CHAPITRE IV

Négociations pour le rappel de l'ancien Parlement. — M. de Malesherbes et M. de Lamoignon. — Le duc d'Orléans. — Le comte d'Artois. — Mémoires et démarches. — Le duc de Laval. — Mémoire composé en 1774 pendant que M. de Maurepas travaillait à faire revenir l'ancien Parlement. — Mme de Sauvigny. — Inquiétude des Parlementaires. — M. de Maurepas. centre des négociations. — Le comte d'Artois et le duc de Chartres. — Le prince de Condé. — Terray et Maupeou. — Opinion de M. Bertin sur l'affaire des Parlements. — Tapage au palais. — Hostilité du Roi au rétablissement. — Adélaïde de HongiHe. — Étiquette abolie. — M. d'Aranda. — Lettres de cachet aux anciens et aux nouveaux membres du Parlement. — Lit de justice. — Rétablissement de l'ancien Parlement, du Grand Conseil et de la Cour des aides.

— Question de préséance entre M. de Maurepas et M. d'Aguesseau.

— La Partie de char se de Henri IV. — Le président de Nicolaï. — La messe rouge. — Mécontentement des Cours. — Convocation des princes et des pairs au Parlement. — Conférences avec Monsieur. — Édit de rétablissement du Châtelet. — Nouvelles de Bretagne. — M. de la Chalotais réintégré dans sa place. — Remontrances aux uns et aux autres. — Portrait de Monsieur. — Rentrée du Châtelet.

Quelque temps après la mort de Louis XV, M. le prince de Conti s'écria en présence de plusieurs témoins : « Eh bien ! nous voilà revenus aux principes de 1754 ; j'ai bien fait de tenir bon, et je rentrerai en grâce sans demander pardon. » Ce propos était la preuve des menées que, depuis le commencement de juin 1774, on mettait en usage pour ramener l'ancien Parlement. On y travaillait à force; ces messieurs promettaient tout et se soumettaient à tout, bien assurés de ne tenir ensuite que ce qu'ils voudraient. Le centre des négociations était M. le duc d'Orléans, qui

était à Saint-Cloud depuis l'inoculation du Roi. Dès les premiers jours du règne de Louis XVI, il avait eu deux longues conversations avec Sa Majesté pour l'engager à rappeler l'ancien Parlement; le Roi, dans la première, avait été ébranlé; mais, dans l'intervalle, il avait été remis; et, dans la seconde, il n'avait plus répondu aux instances du prince que par ces mots : « Monsieur le duc d'Orléans, vous irez au catafalque. » Le duc d'Orléans refusait des'}' rendre parce qu'il aurait été obligé de saluer le Parlement; il était fort lié avec M. de Malesherbes et avec M. de Lamoignon (1); le porte-parole entre eux était M. Augeard, fermier général. Cet Augeard m'a conté qu'environ un an après que M. le chancelier de Maupeou fut en place , il voulut se réconcilier avec M. deLamoignon, avec lequel il était hautement brouillé, ainsi qu'avec M. de Saint-Fargeau (2). Dans un entretien qu'ils eurent, le chancelier fit les avances. Le Lamoignon, fier et intraitable, ne se prêta à rien, et il lui échappa de dire : « Je vous défie de me nuire, monsieur; ma place est inamovible, et vous savez que la vôtre ne l'est pas, ou que du moins on sait, quand on le veut, se défaire à la Cour d'un chancelier. » Celuici, furieux, répliqua : « Laissez-moi faire, monsieur ; je vous prouverai que votre charge est plus amovible que la mienne. » Cependant, vers la fin de juin, il y eut, entre les pairs, des allées et venues et des conférences qui annonçaient

(1) Chrétien-François de Lamoignon, cousin de Malesherbes, né en 1735, président à mortier en 1758, exilé en 1771 avec le Parlement; fut l'un des auteurs de lafameuse Correspo7idance, satire contre le Parlement Maupeou; obtint les sceaux en 1787; rédigea avec Loménie de Brienne les fameux édits du timbre et de la subvention territoriale, que le Parlement refusa d'enregistrer; dut se retirer en 1788 et mourut à Bâville le 18 mai 1789. Son fils, Christian de Lamoignon, pair de France sous la Restauration, 'mourut, le dernier de sa branche, en 1827.

(2) Président de la chambre des vacations au Parlement.

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