EXIL DU DUC D'ORLÉANS ET DU DUC DE CHARTRES
]e mémoire et la réplique àM. de Maurepas, que M. le duc d'Orléans regarda dès lors comme le centre auquel toutes les propositions devaient s'adresser. On lui en fît de toutes les espèces : on lui envoya mémoires, projets, soumissions; tout ce que les Parlementaires proposent, ils le considérèrent comme fait, ou du moins ils le débitèrent... Mais le Roi ne s'était pas prononcé, et les récits contradictoires qui circulaient montraient l'irrésolution où Ton était.
A cette époque, M. Bertin,le ministre, me demanda par lettre les ouvrages que j'avais écrits sur l'état actuel de la magistrature, et sur les moyens de la réformer sans donner une nouvelle atteinte aux lois. Je les lui portai tous et même mon dernier mémoire destiné à instruire Monsieur : je lui fis grand plaisir. Je me promenai une heure presque entière avec lui, et nous dissertâmes tout au long sur l'affaire du Parlement. Ce que je recueillis de notre entretien, c'est qu'alors il n'était point question de détruire ce qui avait été fait; qu'on songeait seulement à épurer et à réformer. Nous fûmes parfaitement d'accord sur l'imperfection de la besogne du chancelier, qui était une perte pour le siècle présent, sans être un gain pour le siècle à venir. Dans ces circonstances, j'avais fait à merveille de remettre mes mémoires, qui n'avaient été composés qu'en vue d'épurer le Parlement, et de consolider la besogne en y réunissant les pairs de France.
Le 20 juillet, M. le duc d'Orléans et M. le duc de Chartres reçurent ordre d'aller à Villers-Colterets jusqu'après les obsèques de Louis XV, et de ne plus paraître à la Cour même après cette cérémonie : la cause en était leur refus d'aller à Saint-Denis et de saluer le Parlement. Tout le monde fut bien aise de voir cesser la n. 7
familiarité trop intime qui régnait entre M. le comte d'Artois et M. le duc de Chartres, et dont le Roi ne semblait pas trop content. Le prince avait dit, assurait-on. qu'il était au désespoir d'être fils de France, et que sans cela il adhérerait à la protestation des princes contre le Parlement, qu'il trouvait la plus belle chose du monde.
Aux obsèques de Louis XV, le 27 juillet, le prince de Condé eut une explication avec le Roi, qui lui certifia que l'ancienne Compagnie ne reviendrait pas. Le prince le supplia de ne pas oublier que, si Sa Majesté changeait d'avis, la démarche qu'il venait de faire le brouillerait irrévocablement avec sa famille. Le Roi le rassura. Pourtant, au commencement d'août, il y eut beaucoup de mouvements, de voyages et de lettres, de Villers-Cotterets à la Cour et de la Cour à Villers-Cotterets. M. de Pons (1) vint à Compiègne et y fut bien reçu : le Roi lui parla et, qui plus est, lui donna le bougeoir. Peu après, M. le duc de Penthièvre, avant de partir pour Villers-Cotterets, s'enferma pendant trois quarts d'heure avec M. de Maurepas : le bruit se répandit que M. le duc d'Orléans arrivait à la Cour. Il ne parut point. M. le chancelier avait l'air inquiet, et l'on s'en apercevait. On prétendait qu'il avait demandé à voir la Reine, qui avait refusé de le recevoir. On racontait aussi que Madame, belle-sœur du Roi, avait dit dans une promenade : « La Reine a une bonne qualité : quand elle veut une chose, elle ne la quitte point et en vient toujours à ses fins. » Le jeudi 11 août, le chancelier devait travailler de bonne heure avec le Roi ; il dîna pour cela à une heure et monta au château. Sa Majesté ne le reçut qu'à sept heures et demie du soir;
(1) Camille-Louis, né prince de Lorraine, d'abord appelé prince Camille., puis prince de Pons, fils de Charles, prince de Pons, et d'Elisabeth de Roquelaure, né le 19 décembre 1725.