‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 119 sur 307 · M. DE CLUGNY, CONTROLEUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

M. DE CLUGNY, CONTROLEUR GÉNÉRAL

tien de l'édit de suppression deâ jurandes. M. de Clugny arriva le 19 mai à Versailles ; le 24, il fut reçu à la Chambre des comptes, et M. de Nicolaï (1) lui adressa un discours qui était la satire de son prédécesseur. J'allai le voir le 25 et j'en fus bien accueilli ; malheureusement, dès le mois de septembre, il tomba très sérieusement malade d'une humeur de goutte, qui attaqua successivement toutes les parties nobles. Le 12 octobre, on le tint pour mort, mais il respirait encore; néanmoins, on n'en attendait plus rien, et on lui croyait la gangrène dans la gorge. Le 15, cependant, on le disait un peu mieux. Làdessus, M. le comte d'Aranda s'écria assez plaisamment : « Tcd été ministre; comme les autres, notre fin est marquée par trois M : Malade^ Mieux, Mort. » En effet, M. de Clugny expira trois jours après, et eut pour successeur M. Taboureau des Réauix (2), tandis que M. Necker était nommé directeur du trésor royal (21 octobre 1776).

Au mois de juin précédent, M. Lenoir était rentré dans sa place de lieutenant de police, et M. Albert avait été congédié avec 16,000 livres d'augmentation de pension. On l'avait surnommé Albert Honni, parce que sa police était mal faite, que les rues étaient sales, et qu'il laissait .la neige s'amasser en montagnes devant toutes les portes. Cela ne l'inquiétait guère, et il avait répondu à M. de la

en Auvergne en 1733; intendant adjoint des finances en 1757, intendant général en 1769; rêva l'unification de l'impôt, tenta, avec l'aide de Voltaire, la réalisation de ce projet dans lepaj^s de Gex, et mourut en 1776.

(1) Âjmard-Charles-Marie de Nicolai, marquis de Goussainville, né le 14 août 1747 , premier président de la Chambre des comptes en 1768, membre de l'Académie française, décapité le 7 avril 1794.

{i) Taboureau des Réaulx, fils d'un grand maître des eaux et forêts du Lyonnais, fut d'abord conseiller au Parlement de Paris, puis intendant de cette province, conseiller d'État, et enfin, en 1776, contrôleur général des finances; il mourut le 30 mai 1782,

Tour du Roc, qui l'avait averti, qu'il fallait prendre son parti sur les propos. Lors de l'incendie qui avait éclaté au palais, le 10 janvier de cette année-là, et duré toute la journée du lendemain, on avait beaucoup crié contre lui. Il s'était fort peu occupé du sinistre, disant que la police du palais ne lui appartenait pas : personne n'avait été prévenu; M. Barentin (1) n'avait appris le feu que lorsque ses chevaux étaient mis pour aller, comme à son ordinaire, à la Cour des aides, et il y avait eu un capucin et un pompier de dévorés parles flammes. La Cour non plus n'avait pas à se louer de lui : une foule d'horribles chansons couraient le monde ; on en avait fait d'abord d'atroces et de très bêtes contre toutes les femmes; ensuite, on poussa l'audace et la honte jusqu'à en faire d'abominables contre la Reine, et on les lui envoya par la poste. Je ne les ai point vues, mais on m'a assuré qu'elles étaient affreuses. M. Albert mandé, la Reine lui reprocha de n'en point trouver les auteurs. Il répondit : « Vraiment, madame ^ Votre Majesté juge bien que je me suis livré à toutes les recherches, puisquHl y a un couplet contre mx>i; mais je n'ai rien pu découvrir. » Dans le même temps, une gazette toute française paraissait chaque semaine en Angleterre . Les ministres de France y étaient très maltraités; on y disait aussi beaucoup de mal de la Reine. On affirmait que c'était Beaumarchais qui en était le rédacteur, et il y eut Af^'i défenses très précises de la laisser entrer en France.

(i ) Charles-Louis-François de Barentin , né en 1738, avocat général au Parlement, premier président de la Cour des aides, garde des sceaux en 1788, ouvrit la seconde assemblée des notables et, en 1789, les États généraux, fut chargé d'annoncer à l'Assemblée le refus fait par Louis XVI d'éloigner les troupes de la capitale; dénoncé par Mirabeau comme ennemi du peuple, traduit devant le tribunal du Chàtelet et acquitté, il émigra, revint en France après le 18 brumaire, fut nommé chancelier honoraire par Louis XVIII en 1814, et mourut en 1819.

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