‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 140 sur 307 · M. D'ESTAING · texte numérisé non relu

M. D'ESTAING

nemi; tout système général ne vaut rien^ parce qu'il est général. » Le comte d'Ëstaing (1) , qui avait été envoyé en Amérique à la suite de la reconnaissance, par la France, de l'indépendance des Ëtats-Unis et du traité d'alliance conclu avec cette nation (6 février 1778), avait quitté le port de Toulon le 15 a^Til 1778, et était parvenu à l'embouchure du Delav^are le 7 juillet suivant. Il fut rappelé au mois d'octobre 1779, et arriva en rade de Brest le 7 décembre, sur son vaisseau qui faisait eau. M. du Chaffault (2) lui envoya un major pour le prévenir que, sans les suites de sa blessure au bras, il aurait eu l'honneur d'aller le voir. M. d'Estaing répondit qu'il priait le

(1) Charles-Hector, comte d'Estaing, né en 1729 au château deKu- Tel en Auvergne, servit d*abord dans l'armée de terre, commanda un régiment d'infanterie, passa dans l'Inde en qualité de brigadier, fut fait prisonnier par les Anglais au siège de Madras en 1759; mia en liberté, il continua à lutter contre eux, retomba entre leurs mains en rentrant en France, subit une dure captivité k Plymouth, fut relâché lors de la paix de 1763 et nommé lieutenant général des armées navales, reçut en 1778, comme vice-amiral, le commandement de la flotte en Amérique, enleva aux Anglais Saint-Vincent et Grenade en 1779, battit l'amiral Byron, mais échoua devant Savannah et fut rappelé en France; la paix signée en 1783 mit lin à sa carrière maritime. Il fit partie de l'Assemblée des notables de 1787, se jeta dans le parti de la Révolution, devint commandant de la garde nationale de Versailles en 1789, obtint le grade d'amiral en 1792 ; ses principes et sa conduite ne le sauvèrent pas de la proscription : arrêté, conduit devant le tribunal révolutionnaire, il périt sur l'échafaud le 28 avril 1794. — On a des nouvelles de M. d'Estaing par un courrier. Il a essayé d'engager un nouveau combat avec Bjron. Celui-ci a essuyé quelques bordées de canon, mais n'a pas voulu se battre et est rentré dans la baie de Saint-Christophe. M. d'Estaing a été prendre à Saint-Domingue 1,500 hommes et est reparti. On ignore où il va. La Jamaïque est bien défendue, dit-on, et Albartenot est là avec sa petite escadre. (Joui^nal de Moreau, 7 septembre 1779.)

(2) Louis-Charles, comte du Chaffault de Besné, né à Montaigu (Vendée) en 1708; chef d'escadre en i755, commanda l'expédition dirigée contre Larrache en 1765; lieutenant général des armées navales en 1777, commanda à la bataille d'Ouessant l' arrière-garde de la flotte française, et mourut en 1794 au château de Luzançaj.

major d'assurer au commandaDt que, sans sa blessure à la cuisse et ses béquilles, il aurait fait les premiers pas.

Il resta eu rade deux jours, et ou ne lui rendit^ très mesquinement, que ce que l'ordonnance prescrivait; on ne lui donna qu'un simple grenadier pour sentinelle, au lieu qu'on eût dû lui donner un sergent. Le 9, il sortit du vaisseau et vint loger à la Poste. Pendant ce temps-là, cent cinquante hommes lui furent envoyés afin de tra* vailler à la pompe de son navire. Devant son logis, à la Poste, on dressa une espèce d'arc de triomphe surmonté de couronnes de laurier : tout cela fut fait par le mili* taire de terre. M. d'Estaing supplia que Ton supprimât ces trophées. Les couronnes de laurier furent ôtées, mais un grenadier s'écria : « Il en naîtra d'autres pour notre camarade, s II lui revenait 500,000 livres sur les prises : il les abandonna à son équipage.

Il se rendit à Versailles sur la fin de décembre, et vit le Roi un moment en présence du ministre. Sa Majesté l'accueillit froidement, en sorte que l'on débita mille fausses nouvelles sur son compte. Cependant, il travailla longtemps avec M. de Sartine, et on appela M. du Chaffault^ qui conféra avec lui et avec le ministre pour régler le plan de campagne.

Au mois d'avril précédent, la France et l'Espagne s'étaient promis mutuellement leur concours armé contre l'Angleterre, et le bruit avait couru que, si cette alliance se déclarait, les Espagnols voudraient absolument faire le siège de Gibraltar. Le maréchal de Richelieu disait que c'était une sottise, qu'ils y perdraient un an et une armée, et qu'ils échoueraient. « Mais^ ajoutait-il^ les Espagnols regardent cette possession des Anglais comme une tache pour leur honneur. Cela peut être; aussi y aura-t-il plu^ de gloire que d'avantages pour eux à le reprendre. Gibraltar ne rend pas

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