LOMÉNIE DE BRIENNE PRINCIPAL MINISTRE
là sienne en faveur du prélat, et ce fut cette prévention publique que lui présenta toujours Tabbé de Yermond. Il fallut bien alors que je parlasse de moi à l'archevêque; dès qu'il avait été nommé ministre, je lui avais, comme historiographe de France, écrit une lettre de compliment, et je m'étais borné à lui offrir mes deux premiers volumes de Saint Louis (i). Quand je le vis à la tète des finances, ayant quitté un appartement du château, pour occuper à Versailles le superbe hôtel que M. de Galonné avait si magnifiquement embelli, je lui demandai un rendez-vous, et j'eus avec lui l'unique conversation dans laquelle il m'ait été possible de l'apprécier. Je pris pour mon texte le troisième (2) volume de mon Saint LouiSy qui est le dernier volume de mes Discours sur l'histoire (3) et contient tout le droit public de cette époque. C'est donc en connaissance de cause que je puis attester que cet homme, qui voulait gouverner la France, n'avait pas la moindre notion de son histoire ni de ses lois. Je le trouvai médiocre comme homme d'esprit, nul comme savant : je ne cherchai pas à en savoir davantage.
On lui avait subordonné le contrôle général, dont la nomination lui fut abandonnée; c'est pourquoi M. de Fourqueux avait sur-le-champ envoyé sa démission. Dans la suite, M. de Breteuil donna aussi la sienne, et l'archevêque déménagea de nouveau pour aller habiter l'hôtel qu'il laissait vacant.
(4) N"" XLY du catalogue des ouvrages de Moreau : t. XIX et XX des Discours sur V histoire.
(2) T. XXI, ibidem.
(3) Quoique des quarante discours qui avaient partagé, en 1764, le tableau et le prospectus de ce cours d*histoire et de morale, je n'en aie donné que vingt-trois, je puis dire cependant que j'étais déjà aux trois quarts de mon travail, et que mon ouvrage, pour avoir été interrompu par la Révolution, n*en présente pas moins un tout complet... (Note de Moreau.)
Je ne dirai qu'un mot de ce baron de Breteuil, qui m'a toujours maltraité, et de qui je n'ai jamais eu à louer que la noblesse et la fierté avec laquelle il prit son parti quand il vit le Brienne maître du champ de bataille : il me faut achever de prouver que tous ces gens-là, dont l'ambition était de donner une nouvelle constitution à la France, faisaient beaucoup plus de cas de leur propre fortune que de celle de l'État. Peu de temps après que M. de Breteuil eut été nommé ministre de la maison du Roi (1783), il confia à un de ses amis, qui me l'a répété, qu'il venait d'obtenir ce qu'il avait le plus souhaité en sa vie : c'était d'avoir à dépenser cent pistoles par jour ; tant il est vrai que M. de Choiscul leur avait, à tous, communiqué son furieux appétit. Le baron espéra peut-être monter plus haut encore, lorsqu'il chercha à faire épouser sa petitefille à l'atné des fils (1) de Mme de PoUgnac. Elle y consentit, et le mariage aurait été conclu si la Reine n'eût destiné, dès lors, à l'archevêque de Toulouse la haute fortune politique que le Breteuil voulait joindre à sa fortune personnelle. Aussi fut-il lui-même la dupe du prélat; c'était celui-ci qui avait traité dans le plus grand secret, avec le duc d'Orléans, l'affaire de l'acquisition de Saint-Cloud, et tout était convenu^ sans que le baron s'en doutât, quand on le chargea de négocier ce marché dont, à son tour, l'archevêque se servit pour le brouiller avec la Reine, et pour perdre également cet étourdi de Galonné
(i) Armand-Jules-Marie-Héraclius, comte, puis duc de Polignac, né en 1771, impliqué dans la conspiration de Gadoudal en 1804, condamné à mort; dut son salut à Tintercession de Timpératrice Joséphine, fut enfermé au fort de Ham, s*évada en 1813, fut nommé en 1814 aide de camp et premier écuyer du comte d'Artois, puis maréchal de camp, fit partie en 1815 de la Chambre introuvable et, en 1817, de la Chambre des pairs, refusa de prêter serment en 1830 et mourut en 1847.