DÉCRET DU 14 AOUT
aujourd'hui, tous dans notre lit à neuf heures ; mais cette lumière était très utile aux autres locataires. Nos sociétés étaient alors le bailli de Versailles, M. Froment, dont le fils devint, malheureusement pour lui, amoureux de ma Glle, et, plus malheureusement encore, a depuis perdu un bras pour la République; M. et Mme Le Breton, nos anciens amis de Ville-d'Avray, logés à Thôtel d'Orléans; le bon M. Jacob, curé de Notre-Dame, et quelques officiers du régiment de Flandre, à la tôte desquels était M. le chevalier d'Ure (1).
Bientôt les espions dont nous étions environnés soupçonnèrent ou firent semblant de soupçonner que ce réverbère, brûlant une grande partie de la nuit, éclairait des rassemblements dangereux; on débita que le curé de Notre-Dame, qui, pendant un an, avait peut-être dîné trois fois chez nous, et son frère, curé de Saint-Louis, qui n'y avait jamais mis les pieds, passaient souvent la nuit avec nous. Ma femme, ma fille et moi, nous dormions d'autant, et ces espions, après nous avoir rendus suspects, devinrent notre sûreté. Oui, dis-je, notre sûreté, car ces soupçons durent bien augmenter lorsque, le 14 août 1790, un décret de l'Assemblée nationale eut prononcé ma destitution de toutes les fonctions par lesquelles j'avais été autrefois attaché au gouvernement, et l'eut prononcée au milieu des clameurs des membres de l'Assemblée qui, comme je l'ai déjà dit, se plaignirent de ce que j'avais trop vécu, et demandèrent qu'on me laissât simplement de quoi soutenir les restes d'une vie dont je n'étais pas digne ! Ces insultes, ces outrages sont relatés dans tous les papiers publics de cette époque ; je les repoussai par
(1) Le cheyalier d*Ure avait été attaché k la maison militaire du Roi comme exempt à la première compagnie française des gardes du corps^ bandou4ières vertes.