‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 30 sur 307 · DISSOLUTION DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

DISSOLUTION DU PARLEMENT

son édit. Elle anéantit les espérances que le Parlement prétendait qu'on lui avait données. Aussi, dès le 15, nouvelle cessation do service, et arrêté déclarant que le Parlement resterait Chambres assemblées et ne s'occuperait plus que des affaires publiques. Bien des gens s'imaginèrent que M. le prince de Condé avait trompé le Parlement, et qu'il n'avait voulu que faire juger Mme de Monaco.

Le 16, lettres de jussion remises au Parlement, portant injonction de reprendre ses fonctions. Immédiatement, le Parlement fait un arrêté fort long pour justifler la cessation de service. Le 17, secondes lettres de jussion portant encore injonction de reprendre, et annonçant punition : la Cour arrête qu'elle ne peut obtempérer. Le vendredi 18, dernières et finales lettres de jussion : injonction de reprendre, sous les peines portées par l'édil. La Cour arrête qu'elle attendra avec la plus respectueuse soumission tous les événements, tels qu'ils puissent être.

Dans la nuit du samedi au dimanche, les mousquetaires remettent aux présidents et aux conseillers des lettres du Roi, qui les interpellent de déclarer, sans détour et par oui ou par non, s'ils entendent reprendre leurs fonctions dans leurs Chambres, avec signification que le refus de répondre sera considéré comme refus de reprendre, et sommation d'écrire et de signer leur réponse. Réveillés tous pour faire cette déclaration, le plus grand nombre ne veut point s'expliquer ou s'en rapporte aux arrêtés de la Cour; environ cinquante disent qu'ils reprendront. Les mousquetaires noirs avaient ordre de M. de Montboissier (1) de ne recevoir que le oui ou le non;

(1) Capitaine-lieutenant des mousquetaires de la garde du Roi, seconde compagnie créée par Louis XIV en 1665.

les gris souffrirent les explications, et M. de la Ghèze (1) en fut réprimandé. M. de Montbiin, un de ceux qui avaient dit oui, protesta ensuite chez un notaire.

Dans la nuit du dimanche au lundi, les huissiers de la chaîne signifient à tous messieurs du Parlement, à l'exception de trente-deux sur lesquels, attendu leurs réponses, M. le chancelier croit pouvoir compter, un arrêt du conseil qui confisque leurs charges. Les mousquetaires suivent, et notifient aux mêmes des lettres de cachet pour les exiler. Les trente-deux, assemblés au palais à l'heure ordinaire, prennent un arrêté par lequel ils adhèrent à leurs collègues : ils sont exilés dans la nuit suivante , après avoir reçu préalablement la signification de l'arrêt qui confisque également leurs offices.

Le lendemain, M. le chancelier invite tous les magistrats du conseil à se trouver chez lui, à Paris, sur les quatre heures; ils s'y rendent au nombre de cent trois. Il leur lit des lettres patentes, par lesquelles le Roi partage tout son conseil pour lui faire faire, au palais, le service de la Crand'Chambre, de la Toumelle, des enquêtes et requêtes. Nul ne réclame : profond silence. Les conseillers d'Ëtat, d'épée et d'Église assistèrent à cette assemblée. Le 23, il est enjoint aux syndics des procureurs, de la part du Roi, de faire au conseil le service qu'ils faisaient au Parlement. Les gens du Roi viennent offrir et porter leur démission : M. le chancelier les réprimande vivement et leur ordonne, au nom du Roi, de se trouver le 24 au palais, à huit heures du matin. Ce jour-là, il devait installer le conseil pour tenir intermédiairement le Parlement, regardé toujours comme subsistant, mais qui devait être tenu par le conseil, jusqu'à ce

(1) Capitaine-lieutenant des mousquetaires de la garde du Roi, première compagnie créée par Louis XIII en 16SSI.

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