‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 32 sur 307 · LE GIERQE DE LÀ CHANDELEUR · texte numérisé non relu

LE GIERQE DE LÀ CHANDELEUR

s'assemblent chez lui le 1*' février et délibèrent sur les affaires du Parlement. Le Roi» mécontent de cette délibération, écrit à M. le duc d'Orléans. Ce prince va le trouver et en a une audience particulière; on n'en connut pas le résultat, mais M. le duc d'Orléans assura que Sa Majesté l'avait écouté avec bonté, et lui avait fait espérer cpi'elle recevrait un mémoire.

Le 2 février, les officiers de l'Université allèrent présenter aux magistrats le cierge de la Chandeleur. M. le chancelier les accueillit très honnêtement et les caressa ; il leur demanda ensuite s'ils en avaient porté un à M. le premier président. — « Oui, monseigneur, d — fn Où encore et à qui? » — a A if . d'Aligre (1) et à l'hôtel du bailliage. V — Alors, M. le chancelier prit son air sévère et leur dit : a Je vous ordonne, de la part du Roi, d'aller reprendre votre cierge et de le porter chez M. d'Aguesseau : il n'y a que lui de premier président. » Les officiers de l'Université voulurent s'excuser sur le chemin qu'il y avait à faire, et sur ce qu'on les attendait chez M. le lieutenant civil. M. le chancelier leur répondit : « Eh bien, allez chez M. d'Aguesseau en sortant de son dîner; je vais le faire avertir de vous attendre, b

de France né, fils de Louis IH^ duc de Bourbon, prince de Gondé, et de Louise-Françoise, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan, né le 15 juin 1709, abbé commendataire de* Saint-Germatn des Prés & Paris, du Bec au diocèse de Rouen, de Ghftlis au diocèse de Senlis, cheyalier des ordres du Roi, gouyerneur de Champagne et de Brie, colonel d'un régiment d'infanterie nommé Ënghien, et d*un régiment de cavalerie nommé Clermont ; élu, le l*' décembre 1753, Tun des quarante de l'Académie française; mort en juin 1771.

(1) Etienne-François d*Aligre, né en 1726, premier président du Parlement de Paris en 1768, s'opposa de tout son pouvoir, en 17S8, & la convocation des États généraux, donna sa démission, faillit être massacré lors de la prise de la Bastille, émigra à Londres en 1790 et mourut en 1798 à Brunswick, en laissant des sommes considérables. Il avait été créé marquis.

Cependant le chancelier trouvait que le palais marchait à merveille, et commençait à publier les projets de réformes générales qu'il voulait introduire dans les procédures, pour faire plaisir au peuple. Celui-ci s'accoutumait à l'absence du Parlement, s'amusait avec des bons mots, des vers, des sarcasmes. On prétendait que le premier président était revenu à Paris, et des bruits assez vraisemblables couraient sur différents édits bursaux; on parlait d'un impôt sur le papier, et d'un autre enlevant aux propriétaires de fonds le privilège de la franchise des entrées de leurs fruits. Le conseil siégeait au palais sans se flatter néanmoins de juger des causes : plusieurs avaient été appelées, mais les procureurs répondaient toujours qu'on leur avait retiré les pièces.

Le 8, les princes et les pairs reçurent une copie d'un arrêté du Parlement de Rouen, par lequel les premiers étaient priés et les autres invités de le faire passer au Roi. Cet arrêté contenait des maximes que le Parlement de Paris n'avait jamais avancées, et qui tendaient à dénaturer la monarchie. Les princes et douze pairs environ répondirent au Parlement : les princes, à l'exception de M. le prince de Condé et de M. le comte de la Marche (1), en approuvant l'arrêté; les pairs, en accusant simplement réception. Les princes et les douze pairs signèrent même un

(i) Louis-François-Joseph de Bourbon, comte de la Marche, puis, en 1T76, prince de Gonti, prince du sang et pair de France, fils de Louis-François de Bourbon, prince de Gonti, et de Louise-Diane d'Orléans, né le 1* septembre 1734, servit dans la guerre de Sept ans, se distingua aux batailles d'Hastembeck et de.Grevelt; signa» en 1788, la protestation des princes contre le doublement du tiers aux États généraux, émigra, rentra en France en 1790, prêta le serment civique; arrêté en 1793 et détenu & Marseille avec les princes d'Orléans, il recouvra la liberté en 1795, vécut dans sa terre de la Londe jusqu'au 18 fructidor; fut alors transporté en Espagne par ordre du Directoire, et mourut k Barcelone, le dernier de sa race, en 1814.

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