M. DE MALESHERBES MINISTRE
l'Ami des lais avait odé envoyer son livre à tous messieurs du Parlement, et il venait de paraître un ouvrage antimonarchique, intitulé : Catéchisme du citoyen, dans lequel on prétendait prouver, par les lois du royaume, que le Roi n'était que le député de la nation, qui pouvait s'assembler sans lui et malgré lui.
La Reine ne voulait point de M. de Malesherbes ; elle avait beaucoup bataillé pour que ce fût M. de Sartine qui eût toute la dépouille de M. de la Vrillière; M. Turgot et M. de Maurepas l'emportèrent : le premier tenait à avoir, à cette place, quelqu'un qui le laissât tailler en plein drap dans les affaires du clergé, car il projetait de rendre aux protestants leur culte et leur liberté, et de ramener l'édit de Nantes; il lui fallait pour cela un homme tel que M. de Malesherbes, doux et insouciant. II chercha aussi à obtenir le département de Paris ; il disait publiquement qu'il serait important au bon ordre que ce département fût uni au contrôle général.
L'abbé de Chabrillan fut à cette époque nommé aumônier du Roi, et l'abbé des Aulniers devint garde des livres imprimés de Sa Majesté à la Bibliothèque royale, en remplacement de M. Caperonnier. Le maréchal de Clermont- Tonnerre fut créé duc et pair. Quant à M. de Sartine, il entra au conseil d'État pour se consoler de n'avoir point eu part aux dépouilles de M. de la Vrillière. Il venait de lui arriver une aventure assez singulière : l'abbé Bandeau (1) avait trouvé le moyen de faire passer au Roi
(1) Nicolas Baudeau, né & Amboise en 1730, chanoine régulier et prieur de Saint-Lô, en Normandie, puis prévôt mitre de Widzimiski, en Pologne; partagea les idées de Quesnay et de Mirabeau, contribua par ses ouvrages & propager les principes des économistes, fut exilé en Auvergne, en 4776, à la suite de critiques contre les procédés financiers du gouvernement pendant la guerre de 1756 à 1763, et mourut fou en 1792.