AVANT-PROPOS
à la domination universelle et quelles sont les causes principales de sa chute.
Mais si on consulte le petit nombre des écrits qui passeront à la postérité et qui pourront lui transmettre quelques renseignements, on ne trouvera, d'un côté, que la plus dégoûtante apologie des qualités et des vertus du héros, de l'autre, la peinture la plus hideuse de ses vices et de son ambition. Les uns le représentent comme un dieu tutélaire, revêtu de toutes les qualités, de toutes les vertus et de tous les talents, ne pensant, n'agissant, ne respirant que pour le bien de l'humanité; les autres ne lui accordent ni talent ni moyens. Ses succès sont, à leur avis, Feffet du hasard; son élévation, le résultat de Taudace et de la perversité. Tous le jugent avec passion, et la postérité ne pourrait point se former une idée exacte de cet homme extraordinaire, d'après les écrits qui ont été publiés jusqu'à ce jour.
Comme j'ai été attaché à d'importantes fonctions publiques pendant le règne de Napoléon et que j'ai eu avec lui des rapports assez intimes
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durant ces seize années^ j'ai pu Tétudier et Tapprécier. Je l'ai pu avec d'autant plus de succès que j'ai constamment joué, auprès de lui, le rôle d'un observateur impassible. Je crois ne m'étre jamais fait illusion ni sur ses défauts ni sur ses qualités. Et, aujourd'hui qu'il est mort pour ses contemporains (i), je pourrais montrer des notes rédigées au sortir de sa société, dans lesquelles j'exprime littéralement l'opinion que j'émets dans le cours de cet ouvrage. J'ai suivi progressivement la marche de Napoléon depuis les premiers jours de son consulat jusqu'à sa chute. J'ai vu par quels moyens et à la faveur de quelles circonstances il s'est élevé du rang de citoyen à celui de prince, par quels principes il est parvenu à subjuguer sa nation et à dominer l'Europe, par quelles fautes il s'est précipité lui-même de son trône. J'ai cru que le tableau fidèle de ses qualités et de ses défauts pourrait présenter quelque intérêt aux peuples et aux rois, et je l'ai tracé, non dans
(i) Ces lignes étaient écrites en 1817.
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rintention de le rendre public^ mais pour ne pas laisser échapper de ma mémoire une foule de faits qui, seuls, peuvent faire connaître un des hommes les plus extraordinaires qui aient encore paru.