‹ Mes trois castelsChapitre 9 sur 12 · nij · texte numérisé non relu

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Au bord d'un profond précipice, Et semblant au roc cimenté, Se voit l'imposant édifice Que l'on nomme Castel-Hanté.

C'est la croyance populaire, Croyance sans appel, Qu'un voile opaque de mystère, Entoure ce Castel.

Refrain

Passants, entendez-vous ce tintement

sonore?

Dis;ue don. diftue don, etc., Il est minuit. . .Fuyez, il en est temps

encore,

Digue don, etc.

Bientôt dans le corridor sombre

Que les vivants ont déserté.

Un spectre so glisse dans l'ombre ;

Le spectre de Castel-IIanté.

Puis, aux heures du crépuscule A Castel-Hanté, le hibou, Sajis cesser un instant, module Son triste et lugubre ^'hoTi hou!" Et toujours le vent se lamente; Or, ])ien souvent on croit Percevoir dans cette tourmente De suppliantes voix.

Au refrain —

A la fin du dernier refrain, Mme du Castelhantc et TAna arrivent sur la scène. Mme dv ('Ostelhanté est très pâle; elle a Vair d'une invalide.

{Mme du Taillis) allant au devant de Mme du Castelhanté et de Lina — Je suis heureuse de voir que vous aussi, vous avez été convoquées à la lecture du testament de Sieur du Castelhanté. . . .D'ailleurs (à Mme du Castelhanté) il était votre beau-frcre, (à Lina) et ton oncle Lina. Tenez, ma cousine (à Mme du Castelhanté) prenez ce fauteuil; c'est le plus comfortable de cette étude.

(Mme Lepeuplier) à Mme du Castelhanté,

— Ça va mieux, je respèro, chéra madame?

(Mme du Castelhanté) — Bien mieux, mer-

ci. Nous avons été surprises, Tina et moi, de recevoir la lettre du Notaire. — Mon beau-frère et moi, étions en froid depuis longtemps; et Lina n'est allée au Castel qu'une fois en sa vie.

(Mme Deshivers) — Espérons que notre parent du Castelhanté n'a pas oublié de nous mentionner toutes dans son testament. Dieu sait qu'un legs, quelque minime soit-il, serait le bienvenu !

(Lina) — C'est vrai, ma cousine! Pour ma mère et moi un legs serait aussi le bienvenu. — Vraiment, la malchance nous poursuit depuis quelque temps.

{Mme Deshivers): — C'est Gertrude qui est l'héritière de Sieur du Castelhanté. . .Ce qu'elle doit rigolar cette bonne Gertrude!!. C'est un splendide domaine !

{Mme (le Boistoiiffii arrive sur Jo scène).

(Mme du Taillis) — Tiens, Mme de Boistouffu! Toutes lui donnent la main en souriant.

{Mme Lepeuplier) parlant fort et tout près de r oreille de Mme de Boistoujfu- — Vous aussi, vous avez été convoquée?

(Mme de Boistoujfu) voix ordinaire — Comment?

{Lina) souriant — C'est inutile d'essayer de

lui faire entendre quoi que ce soit h cette pauvre cousine de Boistouffu ; c'est s'égosiller pour rien.

(3Ime (le Bouton fu) — Où est Gertrude?

(Mme du Taillis) parlant haut — Elle arrivera tout h l'heure, je crois bien.

{Mm.c de Boistouffu) — Ah! oui, cest un beau bien . . . J'y suis allée plusieurs fois à Castel- Hanté.

(Toutes sourient)

(Mme Deshivers) — Tout de même, il est assez. . .sinistre Castel-Hanté si l'on s'en rapporte à sa légende ....

(3fme du Castelhanté) — Ce n'est qu'un 3 légende, ma pauvre cousine !

(Mine Lrp^vplier) — Quehprnno d'entre vous sait-elle la légende de Castel-Hanté?

(Mme du Castelhanté) — Lina la sait. . . . Chante-nous-là donc, Lina, en attendant Tarrivée du Notaire.

(Toutes) — Oui. oui, la légende, la légende î

(Mme du Taillis) à Mme de Boistouffu, parlant haut) — Lina va nous chanter la légende de Castel-Hanté. (Mme de Boistouffu incline la tête en souriant)

(Lina)

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Depuis tout près d'une semaine Solange du Castelhanté, La douce et belle châtelaine,

Attend Gaston, son fiancé

Un coup, sur le timbre résonne

Douze fois répété

Ecoutez, c'est miiuiit qui sonne Dans la tour du clocher.

Dans un nuage de poussière Accourt un jeune cavalier Franchissant la porte-cochère De l'imposant (^astel-Hanté . . .

Or la nouvelle qu'il apporte Cette nuit au Castel

A la douce Solano;e porte Un COU]) vraiment mortel.

TU

^'Gaston n'est plus!. . .Que c'est étrange!'' Le cerveau, soudain obscurci Sous le trop rude coup, Solange Toml)e sans proférer un cri. . . .

Et, depuis lors, quand minuit sonne Dans la tour du clocher, On dit que Solange, en personne, Hante (^istcl-Ilanté.

{(Jerirudc .^uinic de Mme de Maisonclose et Mme du Grandomaine, arrive sur la scène. Gerirude a une lorgnette à la inain, elle lorgne ses cousines avec un air dédaigneux et hantain.

{Gerirude) — Est-ce que vraiment vous avez toutes été convoquées à la lecture du testament de Sieur du Castelhanté. mon oncle,?

(Mme Lepeuplier) — L'oncle de Lina du Castelhanté aussi, Gertrude.

(Gerfrude, haussant les épaules) — Jusqu'à cette pauvre Mme de Boistouffu. qui est sourde comme un. . . (riant) pont-levis! (Mme de Maisonclose et Mme du Grandomaine rient avec affectation) .

(Mme Desnivers) — IMnie de BoistoTiffu est notre parente — la lienne aussi' Gerlrude. . .et ce n'est pas de sa faute si elle est sourde.

(Gerfru(Jc) — Ce n'est pas de la mienne, non plus!

(Mme (Jn Taillis) raillrnse — Ton exquise bonté n'est surpassée que i)ar ton amabilité personnelle, Gertrude. . .Quelle charmant'3 châtelaine tu feras!

(Gertrude se tourne du côté de Mme de Maisonclose et Mme du Grandomaine)

(Mme de Maisonclose) à Gertrude — Vous proposez-vous de prendre immédiatement possession du Castel?

(Gertrude) — Oui. car j"aime Castel-Hanté. Vous savez que j'y passais deux mois chaque année? Il y a certains travaux de réparation qui sont d'urgence; mais je surveillerai ces travaux moi-même. Je m'établirai à demeure dans deux ou trois jours.

(Lina) — C'est un splendide héritage et je t'en félicite, Gertrude!

(Gertrude lorgne Lina puis elle incline la tête),

(On frappe et le Notaire entre)

(Notaire) — Je vous salue, mesdames.

(Gertrude) au Notaire — Je ne ('oniprencl?=? pas pourquoi vous avez fait venir tout ce monde. (désignant sa tante et ses cousines)

(Notaire) — Vous le comprendrez bientôt Molle Gertrude.

(Gertrude) au Notaire — Puis-je vous prier M. le Notaire, de nous épargner les prolimmaires? "Je reeommand'3 mon âme à Dieu, etc.' Comme nous connaissons à peu près la teneur d i testament de mon oncle

(Notaire) s inclinant — C'est bien !

(Mme du Taillis) à Mme de Boi^touffu, voix haute — M. le Notaire va lire le testament

(Mme de Boisiouffu) — Oui, oui.... Moi.

(désignant ses oreilles) je n'entendrai rien,

donc je vais achever ce livre durant la lecture

du testament. . . (elle sort }fn livre de sa sacoche)

si vous n'avez pas d'objections, M. le Notaire.

(Notaire) souriant — Pas du tout.

(Le Notaire met ses lunettes et commence à lire)

(Notaire) — Sans préliminaires donc, voici : (lisant) 'Me donne et lègue à mes parentes, Mme du Taillis, Mme de Boistouffu, Mme Lepeuplier et Mme Deshivers, pour leur être payée un mois après ma mort, à chacune la somme de 5,000 dollars"

(Gerfrude)—B.Qm\ 5,000 dollars^?,. . . Je me considère volée ! . . .

(Noialre) à Gcrlrude — S'il vous plaît ne pas interrompre. I.e Sieur du Castelhnntc est mort millionnaire et. . . .

((fcrlnid") — Millionnaire! {Elle sount a Mme de Maisoncloae et à Mme du Grandomame puis elle lorgne sa tante et ses cousines.)

(Mme de Boistouffu)à Lina et désignant Le Notaire)— Que dit-il?.

(Lina) voix haute — Mon oncle du Castolhanté vous laisse 5,000 dollars.

(Mme de Boistouffu) — 5,000 dollars! Mairi c'est incroyable! !

(Lina sourit à Mme de Boistouffu et celleci se remet à lire)

(Notaire) lisant — ''Je donne et lègue Castel-Hant^, ses bois, ses jardins, ses fermes et ses dépendances, avec les revenus considérables qui y sont attachés "

(Gertrude) lorgnant ses cousines d'un air dédaigneux et hautain, et se levant. Enfin!

(Notaire) lisant — "Et les revenus consid.^rables qui y sont attachés à ma nièce" . . . (Mm ■ de Maisonclose et Mme du Grandomaine se lèvent à leur tour et chacune d'elle saisit une main de Gertrude)

(Notaire) lisant— "qui y sont attachés à ma nièce Lina du Castelhanto." {Toutes)— Oh\ (Lina)— A. moi!!

(Gertrudc) au Sotaire, voix tremhlantc— M. le Notaire, voilà une farce de mauvais p;olit. (Notaire) lisant— ''VA Lina du Castelhanté devra paver à Gertrudc de Lespoirdéçu, la somme annuelle de 2,000 dollars,^ jusqu'au mariage de celle-ci. La condition ... "

(Gertrude)—Cesi un vol! une lâche intrigue! (à Lina) Voleuse! Intriguante!... (Notaire) lisani—''U\ condition que j'attache à la possession de Castel-IIanté est celle-ci: Lina du Castelhanté devra habiter le château. Si C\astel-Hanté restait fermé durant l'espace de deux mois consécutifs, il deviendrait la possession de mon aulro nièce Gertrudc de Lespoirdéçu Si je laisse Castel-Hanté à Lma, c est qu'elle est une Castelhanté d'abord et. ensuite, ])arce que j"ai toujours aimé sou cs])rit d iud(>pendance.

Fai+ et signé en mon domaine do Castel- IIanté ce ISième jour d'avril 101^".

(Mwr de Boistouijn) r^ n,' fiant son livre dans sa sacoche et allant tendre la vmin à Ge.r-

Midc — Je te félicite, Gertrudc; le 8ieur du Castelhanté s'est montré bien généreux envers toi !

{Gertrudc) — Quelle insulte!. . .

(Mme du Taillis) à Mme de Boisioiiffu , voix haute — C'est Lina qui a hérité, (à Gertrude) Tu sais bien que cette pauvre cousine n'a pas voulu t'insulter; elle n'a pas entendu un traître mot de ce qu'a lu le Notaire et elle était restée sous l'impression que c'était toi, l'héritière

{Gertrudc) — Ce que j'aurais dû être aussi sans cette intrigante, {dcsiguant Lina). A Lina Misérable ! ... Je me vengerai ! ! . . . En attendant, puisse le spectre du Castel vous hanter, toi et ta mère, chaque nuit !

{Toutes) excepte Mme du Castelhanté, Mme du Gran domaine, Mme de Maisonclose et Lina) — Est-elle méchante un peu, cette Gertrude!)

(Mme du Grandomainc) à Gertrudc — Venez, Gertrude! (à part, à Gertrudc) Souvenezvous de la condition stipulée par l'oncle; Castel- Harité n'est peut-être pas perdu pour vous J'ai un plan Venez!

(Mme du Grandomaine, Mme de Maisonclose et Gertrude sortent)

(Mme du (^astclhanté) au Notaire — (xcrtrude a dit qu'elle se vengerait. . .Ma Lina!

(Notaire) — Ne craignez rien, Madame; je suis là et je veillerai. . . .

(Toutes) — Nos félicitations, Lina!

(Lina) — O mes l)onnes cousines, je vous invite toutes à Castal-Hanté ; toujours vous y serez les bienvenues; n'eM-ce pas, ma mère?

(Mme (la CaMelha7ité) — Certes oui!

(Lina) à Mme de Boisioujfu (voix haute) - — A^ous viendrez nous voir?

(Mme de Bointouffu) — Oui, je pars ce soir.

(Mme du Taillis) à Mme de Boistouffu, (voix hante) — Lina vous invite à Castel-Hanté.

(Mme de Boistouffu) — Lina va chanter?

J'aimerais bien l'entendre, mais hélas! (elle désigne ses oreilles)

(Lina) à Mme de Boistouffu, (voix liante) — Venez nous voir au Castel !

(Mme de Boistouffu) — Merci, Lina. Bion sûr. j'irai. Au revoir, toutes. (Elle sort)

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Castel-Hanto, c'est un noble héritage; Clière Lina, nous te félicitons, . . . Que le bonheur toujours soit ton partage Et, toutes, nous nous en réjouirons.

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