‹ Mes trois Castels [microforme]Chapitre 8 sur 12 · OUVERTURE · texte numérisé non relu

OUVERTURE

Ag don die don die do dut iL Mbminuil, aq! 21

Au bord d'un profond précipice:

Et semblant au roc cimenté,

Se voit l’imposant édifice

Que l’on nomme Castel-Hanté.

C’est la croyance populaire, Croyance sans appel,

Qu'un voile opaque de mystère,

Entoure ce Castel. .

Refrain

Passants, entendez-vous ce tintement sonore ?

Digue don, digue don, etc.,

Il est minuit. . . Fuyez, il en est temps encore,

Digue don, ete.

Bientôt dans le corridor sombre Que les vivants ont déserté,

Un spectre se glisse dans l'ombre ; Le spectre de Castel-Hanté.

IT

. Puis, aux heures du crépuscule A Castel-Hanté, le hibou, Sans cesser un instant, module Son triste et lugubre “hou hou !” Et toujours le vent se lamente:

Or, bien souvent on croit Percevoir dans cette tourmente De suppliantes voix.

Au refrain—

À la fin du dernier refrain, Mme du Castelhanté et Lina arrivent sur la scène. Mme du Castelhanté est très pâle; elle a l'air d’une inva-

lide.

(Mme du Taillis) allant au devant de Mme du Castelhanté et de Lina—Je suis heureuse de voir que vous aussi, vous avez été convoquées à la lecture du testament de Sieur du Castelhanté. ... D'ailleurs (à Mme du Castelhanté) il était votre beau-frère, (à Lina) ct ton oncle. Lina: Tenez, ma cousine (à Mme du Castelhanté) prenez ce fauteuil : c’est le plus comfortable de cette étude.

(Mme Lepeuplier) à Mme du Castelhanté, —-Ça, va mieux, je l'espère, chèr: madame?

(Mme du Castelhanté) —Bien mieux, mer-

ei. Nous avons été surprises, Lina et moi, de rccevoir la lettre du Notaire.— Mon beau-frère et moi, étions en froid depuis longtemps: et Lina n’est allée au Castel qu’une fois en sa vie.

(Mine Deshivers) —Espèrons que notre parent du Castelhanté n’a pas oublié de nous mentionner toutes dans son testament. Dieu sait qu’un legs, quelque minime soit-il, serait Je bienvenu !

(Lina) —C’est vrai, ma cousine! Pour ma mère ét moi un legs serait aussi le bienvenu.— Vraiment, la malchance nous poursuit depuis quelque temps.

(Mme Deshivers) — C'est Gertrude qui est l’héritière de Sieur du Castelhanté. . Ce qu’elle doit rigoler cette bonne Gertrude! !. C’est un splendide domaine!

(Mme de Boistouffu arrive sur la scène).

(Mme du Taillis)—Tiens, Mme de Boistouffu ! Toutes lui donnent la main en souriant.

(Mme Lepeuplier) parlant fort et tout près de l'orcille de Mme de Boistouffu— Vous aussi, Vous avez été convoquée?

(Mme de Boistouffu) voix ordinaire—Comment ?

(Lina) souriant C’est inutile d'essayer de

Jui faire entendre quoi que ce soit à cette pauvre cousine de Boistouffu ; c’est s’égosiller pour rien. (Mme de Boistouffu)—Où est Gertrude?

(Mme du Taillis) parlant haui— Elle arrivera tout à l’heure, je crois bien.

(Mme de Boistouffu)—Ah! oui, cest un beau bien. . .J’y suis allée plusieurs fois à Castel- Hanté.

(Toutes sourient)

(Mme Deshivers)—Tout de même, il est assez. . .sinistre Castel-Hanté si l’on s’en rapporte à sa légende...

(Mme du Castelhanté)—Ce n’est qu’uns légende, ma pauvre cousine!

(Mme Lepeuplier) —Quelqu’une d’entre vous sait-elle la légende de Castel-Hanté?

(Mme du Castelhanté) —Lina la sait...

Chante-nous-là done, Lina, en attendant l’arrivée du Notaire.

(Toutes) —Oui, oui, la légende, la légende !

(Mme du Toillis) à Mme de Boistouffu, parlant haut) —Tina va nous chanter la légende de Castel-Hanté. (Mme de Boistouffu incline la tête en souriant)

(Lina)

Ps ss L,' Depuis tout près d’une ser"aine Solange du Castelhanté, La douce et belle châtelaine, Attend Gaston, son fiancé

Ecoutez, c’est minuit qui sonne Dans la tour du clocher.

Dans un nuage de poussière Accourt un jeune cavalier Franchissant la porte-cochère De l’imposant Castel-Hanté.… = Or la nouvelle qu'il apporte Cette nuit au Castel

A la douce Solange porte Un coup vraiment mortel.

“Gaston n’est plus!.. -Que c’est étrange!”

Le cerveau, soudain obseurci

Sous le trop rude coup, Solange

Tombe sans proférer un cri...

Et, depuis lors, quand minuit sonne

Dans la teur du clocher,

On dit que Solange, en personne,

Hante Castel-Hanté.

(Gertrude suivie de Mme de Maisonclose et Mme du Grandomaine, arrive sur la scène.

Gertrude a une lorgnette à la main, elle lorgne ses cousines avec un air dédaigneux et hautain.

(C'ertrude) —Est-ce que vraiment vous avez toutes été convoquées à la lecture du testament de Sieur du Castelhanté, mon oncle°

(Mme Lepeuplier) —L'oncle de Lina du Castelhanté aussi, Gertrude.

(Gertrude, haussant les épaules) —Jusqu’à cette pauvre Mme de Boistouffu, qui est sourde comme un...(riant) pont-levis! (Mme de Maisonclose et Mme du Grandomaine rient avec affectation).

(Mme Deshivers) —Mme de Boistouffu est notre parente—]a tienne aussi’ Gertrude.

n’est pas de sa faute si elle est sourde,

(Gertrude) —Ce n’est pas de la mienne, non plus!

(Mme du Taillis) railleuse—Ton exquise bonté n’est Surpassée que par ton amabilité personnelle, Gertrude. .. Quelle charmant: châtelaine tu feras!

(Gertrude se tourne du côté de Mme de Maisonclose et Mme du Grandomaine)

(Mme de Maisonclose) à Gertrude—Vous Proposez-vous de prendre immédiatement possession du Castel ?

..et ce

( Gertrude) —Oui, car j'aime Castel-Hanté.

ous savez que j'y Passais deux mois chaque année? Ilya certains travaux de réparation qui sont d'urgence: mais je surveillerai ces tra- Vaux moi-même. Je m'établirai à demeur

e dans deux ou trois jours.

Lina —C'’es! un splendide héritage et je t'en félicite, Gertrude!

(Gertrude lorgne Lina Puis elle incline Ja tête).

(On frappe et le Notaire entre) (Notaire) —Je VOUS salue, mesdames.

(Gertrude) au Notaire—Je ne comprends pas pourquoi vous avez fait venir tout ce monde. (désignant sa tante ct ses cousines)

(Notaire) —Vous le comprendrez bientôt Melle Gertrude.

(Gertrude) au Notaire—Puis-je vous prier M. le Notaire, de nous épargner les prélinnnaires? “Je recommande mon âme à Dieu, ete.” Comme nous conpaissons à peu près la teneur d'1 testament de.mon onele

(Notaire) s'inclinant—C'est bien !

(Mme du Taillis) à Mme de Boistouffu, voix haute—M. le Notaire va lire le testament

(Mme de Boistouffu)—Oui, oui....Moi, (désignant ses oreilles) je n’entendrai rien, done je vais achever ce livre durant la lecture du testament... (elle sort un livre de sa sacoche) si vous n'avez pas d’objections, M. le Notaire.

(Notaire) souriant—Pas du tout.

(Le Notaire met ses lunettes et commence à lire)

(Notaire) —Sans préliminaires done, voici : (lisant) “Je donne et lègue à mes parentes, Mme du Taillis, Mme de Boistouffu, Mme Lepeuplicr et Mme Deshivers, pour leur être payée un mois après ma mort, à chacune la somme de 5,000 dollars”......

me considère volée! ..

(Notaire) à Gerirude—S'il vous plaît ne pas interrompre. Le Sicur du Castelhanté est mort millionnaire et...

(Gertrude) —Millionnairs ! (Elle soir à Mine de Maisonelose et à Mme du Grandomaine puis elle lorgne sa tante et ses cousines. )

(Mme de Boistouffu)à Lina et désignant le Notaire) —Que dit-il”

(Lina) voix haute—Mon oncle du Castelhanté vous laisse 5,000 dollars,

(Mme de Boistouffu )—5,000 dolars! Mai:

c’est incroyable!!

(Lina sourit à Mme de Boistouffu et celleci 8e remet à lire)

(Notaire) lisant—“Je donne et lèguse Ci tel-Hanté, ses bois, ses Jardins, ses fermes et se. dépendances, avec les revenue considérables qui y sont attachés...”

(Gertrude) lorgnant ses cousines d'un air dédaigneux et hautain, et se levant. Enfin!

(Notaire) lisant —“Et les revenus considérables qui y sont attachés à ma nièce”... (Mmde Maisonclose et Mme du Grandomaine se lèvent à leur tour et chacune d'elle saisit une mari de Gertrude)

(Notaire) lisant —“qui y sont attacliés à ma uièce Lina du Castelhanté.”

(Toutes) —Oh!

(Lina)—A moi !!

(Gertrude) au Notaire, voix tremblant— M. le Notaire, voilà une farce de mauvais goût

(Notaire) lisant—“E£t Lina du Castelhanté devra payer à Gertrude de Lespoirdéçu, la somme annuelle de 2,000 dollars, jusqu’au mariace de celle-ci. La condition. . .”

(Gertrude) —C'’est un vol! une lâche intrigue! (à Lina) Voleuse! Intriguante!...

(Notaire) lisant—“La condition que j'attache à la possession de Castel-Hanté est celle-ci : Lina du Castelhanté devra habiter le château. Si Castel-Hanté restait fermé durant l’espace de deux mois consécutifs, il deviendrait la posscssion de mon autre nièce Gertrude de Lespoirdéçu. Si je laisse Castel-Hanté à Lina, c’est qu'elle est une Castelhanté d’abord et, ensuite, parce que j'ai toujours aimé son esprit d’indépendance.

Fait et signé en mon domaine de Castel- Hanté ce 18ième jour d'avril 1916”.

(Mme de Boistouffu) remettant son livre dans sa sacoche et allant tendre la main à Ger-

Le

trude—Je te félicite, Gertrude; le Sieur du Castelhanté s’est montré bien géné

(Gertrude) — Quelle in (Mme du Taillis)

reux envers toi!

sulte!...

à Mme de Boistouffu, voix haute—C'est Lina qui a hérité. (à Gertru-

de) Tu sais bien que cette pauvre cousine n’a pas voulu t’insulter; elle n’a pas entendu un traître mot de ce qu'a lu le Notaire et elle était restée sous l'impression que c'était toi, l'héritière

(Gertrude) —Ce que j'aurais dû être aussi sans cette intrigante. (désignant Lina). À Lina Misérable!. . Je me vengerai!!., En attendant, puisse le spectre du Castel vous hanter,

toi et ta mère, chaque nuit |

(Toutes) excepté Mme du Castelhanté, Mme du Grandomaine, Mme de Maisonclose et Lina) —Est-elle méchante un Peu, cette Gertrude !)

(Mme du Grando nez, Gertrude! (à pa vous de la condition Hanté n’est peut-être un plan..... Venez!

(Mme du Grandomaine, close et Gertrude sortent)

(Mme du l'astelhanté trude a dit qu’elle se ve

maine) à Gertrude—Vert, à Gertrude) Souvenez stipulée par l'oncle ; Castel.

Pas perdu pour vous J'ai

Mme de M aison-

) au Notaire (or.

ngerait.. Ma Lina!

(Notaire) —Ne craignez rien, Madame: je suis là et je veillerai..., (Toutes) —Nos félicitations, Lina!

(Lina)—O mes bonnes cousines, je vous invite toutes à Castel-Hanté : toujours vous y screz les bienvenues; n’est-ce pas, ma mère?

(Mme du Castelhanté) —Certes oui!

(Lina) à Mme de Boistouffu (voix hauie) Fr . À .

—Vous viendrez nous voir?

(Mme de Boistouffu)—Oui, je pars ce soir.

(Mme du Taillis) à Mme de Boistouffu,

(voix haute) —Lina vous invite à Castel-Hanté.

(Mme de Boistouffu)—Lina va chanter?

J'aimerais bien l'entendre, mais hélas! (elle désigne ses oreilles)

(Lina) à Mme de Boistouffu, (voix haute) — Venez nous voir au Castel!

(Mme de Boistouffu) —Merci, Lina. Bien sûr, j'irai. Au revoir, toutes. (Elle sort)

Castel-Hanté, c'est un noble héritage ; Chère Lina, nous te félicitons. .

Que le bonheur toujours soit ton partage Et, toutes, nous nous en réjouirons.

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