SALUT, 24 JUIN
Salut, vingt-quatre juin ! Salut, jour mémorable ! Un demi-siècle près nous t'avons célébré Depuis que, nous parant de la feuille d'érable,
Nous choisimes Saint-Jean pour patron vénéré,
O comme açec Lonheur, pieux anniversaire, Chacun voit de nouveau ton aurore briller !
Pour que des Canadiens l'union se resserre, Québec nous réunit pour chômer et prier.
La cité de Champlain a pris un air de fête
Que, de mémoire d'homme, on ne lui vit jamais; Voudrait-elle, marquant sa part d'une conquête, En faste imiter Rome ou Sparte désormais ?
Non, son but est plus grand, son désir est plus sage Eile veut rendre grâce au ciel de ses bontés,
Et dire haut comment nous avons fait usage
De notre indépendance et de nos libertés,
Elle nous réunit comine une vieille mere, Fétant ses noces d'or, rassembie ses enfants : L'union entre nous n'est plus une chimère :
C'est là tout le secret de ses airs triomphants.
Nalut, cité chérie, à qui chacun accorde
Que l'hospitalité dans tes vieux murs fait 101... Nalut, vingt-quatre juin, jour d’heurense concorde, Où le patriotisme est un avee la foi.
Quand nous t'avons choisie, à charmante journée ! Nous n'avions point encor consacré de l’année
Un jour dont le seul but tendit à nous unir.
Nous avions eu déjà des clubs en très grand nombre ; Mais nul, par sa valeur, n'avait su percer l'ombre Qu'à l'essor de toute œuvre oppose l'avenir,
Depuis longtemps. alors, notre ancienne patrie, Cette France si belle et toujours si chérie,
Etait en paix avec la puissante Albion :
Depuis longtemps aussi notre douleur amere
De nous sentir francais sans la France pour mere, N'était changée en vive et noble ambition.
Elle avait été grande, horrible, la souffrance De n'appartenir plus à cette noble France, Que l’on avait contrainte à nous abandonner ! Mais son traité de paix —louable économie — Nous laissait possesseurs de notre autonomie : Bref, notre ambition fut de nous gouverner.
La guerre américañg, en Venant à notre aide Dans notre beau projet, fut comme le remède Qu'on prend avec plaisir malgré son âcreté… Dès le premier appel du clairon de la guerre, Nous pümes de bon cœur prouver à l'Angleterre Notre valeur réelle en fait de loyauté.
Tous nous sûmes défendre un sol dont nos ancêtres, Pionniers valeureux, furent les premiers maitres,
En prenant des dangers pour nous les grandes parts. Comme ont fait nos aieux pour les lis de la France, Nous fimes en héros la guerre à toute outrance. Sur nos têtes pourtant flottaient les léopards.
Donc nous avions acquis des droits de gratitude.
Nous vécumes longtemps en vive incertitude :
Nous ferait-on nos parts des charges, des emplois /
Mais le temps à mieux voir enfin put nous contraindre Au bon vouloir anglais on ne voulait qu'astreindre
T . . . . fi AVos institutions. notre langue el nos lois ©!
Nalut, vingt-quatre juin ! salut, jour mémorable ! Un démi-siècle pres nous t'avons célébré
Depuis que, nous parant de la feuille d'érable, Nous choisimes Naint-Fean pour patron rénéré.
C'est surtout en ce jour qu'il nous est doux d'ad mettre L’équité du traité qui nous fit reconnaitre
Pour une nation sur ce grand continent,
Cet acte, nous laissant nos lois et nos usages,
Semant la liberté sur nos riantes plages,
Nous faisait un dévoir d'être un peuple éminent.
sv!
Notre devoir est fait. O hberté chérie!
Toi qui, nous confiant le sort de la patrie,
Fis que l'amour du sol en nous alla croissant,
C'est par toi que l'on vit, sur nos champs de bataille, Le Canadien sans cesse affronter la mitraille
Et partout vendre cher à l'ennemi son sang
Oswevo, Carillon, de meme que Lacolle,
—Qui prirent tant l'éclat de Wagram ou d'Arcole,
Pour n'avoir point produit de faits d'armes mesquins.… Châteauguay … Châteauguay que vos trois cents mobiles — Trois cents héros —ont fait nos heureux Thermoprles, En chassant du pays huit mille américains !
Carillon, Oswego, Lacolle, étais-je à dire,
Sont là pour démontrer ta force et ton empire,
O chère autonomie ! 6 sainte liberte !
Qu'eussions-nous fait sans toi, nous qui, daus toute classe Ou sphère sociale où notre rang nous place,
Usons de toi toujours avec tant de fierté ?
Hélas! comme la branche enlevée à la tige
Et jetée au rebut, sans toi, sans ton prestige,
Nous serions morts! honteux de vivre sans renom... Nous serions morts au moins comme sont morts ces braves, À qui l’on vint un jour crier : sovez esclaves.
Et qui, comme Chénier, en tombant dirent : non !