L'AMITIÉ
Mes amis, il n'y à point d'amis,
Dans une hyperbole, on délire Assez souvent; mais c’est permis.
Celle qu'ici l'on vient de lire, Voyez, dit qu'il n’est point d'amis.
Son auteur est bien trop sévère, Sa logique ne convainc pas :
Il est des amis qu’on révère
Et dont on baiserait les pas.
L'amitié, sublime en constance, N’exige pas de liaison
Comme l'amour, et la distance N’empêche pas sa floraison.
(Aristote)
MEX VERS
Un ami de loin nous console, Un ami de loin nous reprend ; Mieux parfois que par la parole Par une lettre l’on apprend.
Eh! s'il n’est point d'amis, quel être Nous force de nous amender, Quand une passion en maitre Semble vouloir nous commander ?
Quel est celui qui n'envisage Jamais le côté du défaut,
Que pour donner nne avis sage
Et pardonner plus qu'il ne faut ?
Qui douce, quand le sort contrarie, Quaud le malheur jette à genoux,
Ni nous prions, avec nous prie,
Si nous pleurons, pleure avec nous ?
Quel est celui qui se dévoue
Pour alléger notre malheur ?
Qui veille quand le sort nous clone À l'eflrayvant lit de douleur ?
L'amitié, de la confiance
Fille et compagne en même temps, Mieux que l'amour à la science
De tous services importants.
Multipliant ses bons offices,
Elle est Providence parfois.
En retour de ses sacrifices,
Que d’ingrats méprisent ses lois !
Celui qui s'en plaint ou la nie, Pour un service refusé,
Le plus souvent la calomnie Aprés en avoir abusé.
L'amitié dans le monde existe De même que la soif, la faim.
Ce besoin de l’âme résiste Même à l'ingratitude enfin.
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