LE BORGNE
Un jour un voyageur, s'arrêtant sur le seuil
D'un musée, à Paris, demande à la portière :
—Le prix d'entrée ?—Un franc, répond cette dernière. L'homme donne dix sous et dit : je n'ai qu’un œil.
ÉPITRE
A MON AMI ET COUSIN H. À. T., AVOCAT, QUÉBEC. Tu veux que je t'écrive en vers ? C’est dit, l'ami; Mais mon feu pour la rime est éteint à demi.
Ta demande est le vent souffant à temps encore Pour raviver ce feu qui, déjà, vois, colore, De ses faibles reflets, quelque peu ce foyer, Où, pour t'écrire enfin, je viens de me ployer.
La présente est, mon cher, en réponse à la tienne, Du milieu de Septembre, où, pour qu’on entretienne Le sentiment du cœur le plus vrai, le plus beau, Et le seul qui survive au malheur, au tombeau, Tu prétends, à bon droit, qu'il faut que l’on s’écrive, Pour que l’amitié reste en nos cœurs tendre et vive. Je suis de ton avis. Il faut, plus qu’on n’a fait, Echanger entre nous un bulletin parfait De nos impressions, de nos vœux, de nos rêves, Quant à moi, te parler de nos abruptes grèves Nera chose facile, en prose comme en vers, Tant elles donnent peu d’enchantements divers. Te parler de nos vœux, des rêves de famille, Que l’ou fait sous le toit comme sous la charmille ; Te parler du plaisir qu’on aurait à te voir, Tu comprends tout cela; c’est facile à prévoir ; Mais nous pourrons toujours facilement l'écrire, Quitte à nous répéter... quitte à te faire rire. Bref, quand ce ne serait que pour dire du vent La force ou la faiblesse, écrivors-nous sruvent.
Maintenant du nouveau... mais où diable le prendre ? Pourtant je n’irai point comme un lâche me rendre Au premier ennetni qui vient gèner mes pas:
On en fait du nouveau, quand on n’en trouve pas! Mais, j'en trouve ; en voici, tiens: Louis se marie. Lui ! vas-tu dire, lui ?—Lui. Plus on s’en récrie, l'ius il persiste, hélas! dans son intention...
Louis est bon sujet; mais sa réflexion,
Même dans une affaire où la simple logique Prend le nom de bon sens et bannit le magique, Ne va pas au delà de celle d’un enfant.
Il voit un loup qui dort, il s'en croit triomphant. Il se marie !!
Allons, passons à d’agtres choses.
Sais-tu qu'Adolphe, Alfred, gentils comme deux roses, Nont partis, vers le trois de Septembre, un matin, Pour aller s’'éduquer de français, de latin, Au collège Masson, village Terrebonne, Où, dit-on, s’il vous plait, la table est fine et bonne ! On y vit, à les croire, aux poulets, aux bonbons ; Le travail y délasse et les maitres sont bons. Ces deux-la sont, pour sûr, en pays de cocagne... Dieu veuille que ce lieu ne leur paraisse un bagne Avant deux ou trois mois. Flore, elle, ira, je pense, Les visiter bientôt. Bon Dieu ! quelle dépense, Que de soins assidus... de la part de parents St mal récompensés quand leurs enfants sont grands! Espérons, avec eux, que les croix ont des termes, Et que ces trois enfants dans le bien seront fermes, Et qu'ils auront à cœur de charmer leur vieux jours. Biens.
Vous amusez-vous comme autrefois toujours, Dans votre beau Naint Roch—que je trouvai bien triste Quand j'y fus cet été ?—La bonne rigoriste,
Ma tante, a-t-elle au cœur quelque nouveau remord ?
Etant du Saint-Rosaire et de la Bonne-mort,
Elle a dû vous défendre absolument la danse,
Depuis notre départ ? Dis, pour que je la tance,
Dans ma prochaine lettre. Et les jeux pleins de feu,
Pleins de baisers d'amour, les permet-elle un peu ? Tiens, à propos de jeux, celui-ci n’est pas bête,
Ecoute : on place un verre, ou bien même une assiette,
Aux pieds d’une Ofivine, —assise à cet effet
Sur une chaise à dos propre au jeu que l’on fait—
À qui l’on parle ainsi : Je vous mettrai, ma chère,
Un bâton chaque main pour en briser ce verre,
Tout en restant assise ; et je gage un baiser,
Avec vous, que ce verre est si dur à briser
Qu'il attendra du temps longtemps encor l’injure,
Que vous lui réservez pour gagner la gageure…
Et tope ! le pari s’engage.—A deux le gain.—
Sur ce de la gageuse on met à chaque main
Un barreau de sa chaise. Alors, et par derrière,
Le gageur, la tenant par les bras prisonnière,
La force à le payer de l'enjeu convenu ;
Mais se payer soi-même est mieux ; le tour connu,
La gageuse s'échappe... au bien elle fait rage,
Criant au stratagème et... cours après ton gage !
J'entends crier tollé! par ta maman, cousin.
Ce soir, son chapelet grossira d’un dizain ; Peut-être, tout en Dieu, faudra-t-il qu’elle lise Le psautier tout entier, dès demain, à l’église,
Pour implorer du ciel le pardon de ce sot
Qui prêche à son enfant le texte de Rousseau ! Entendons-nous tous trois. Ce n’est qu'un badinage
Que j'ai fait. Je suis loin d'approuver le carnage
Que Rousseau fit des mœurs. Seulement le plaisir,
Traduit en jeux, en danse, aux heures de loisir,
Je l’approuve sans crainte.
Avant que je termine, Laisse-moi t’assurer que le manteau d’hermine, Que l’Université réserve à tes talents, Cache dans ses replis des secrets consolants,
Qu'on cherche en vain ailleurs. C’est dire: Sans science, Le secret d’être heureux ?
Je dois, en conscience, Terminer ce phébus; le galimatias S'y mettrait avant peu... Bref, deo gratias.
LE NAPOLÉON ET NAPOLÉON Jer.
Napoléon-le-Grand faisait un jour la banque
Au jeu du vingt-et-un. Comme l’entrain lui manque, Le grand homme s'amuse à s'emplir une main
De napoltons d’or, qu'il fait couler soudain
Avec bruit sur la table où se fait la partie. S'interrompant, 1l dit, sans songer repartie : —Savez-vous que la Prusse aime passionnément
Ce p'tit napoléon, qu'elle l'aime vraiment ?.…
Et, ce disant, il montre une des pièces, prise
Sur le lot qu'il venait de jeter pour sa mise...
Un de ses ofliciers tout aussitôt reprend :
Oui, nous n'en doutons pas, Sire, plus que /e grand
Lu