FORTE CRÉDULITÉ
(CONTE
Quatre jeunes soldats, regagnant leur patrie, S'arrêtent vers le soir dans une hôtellerie.
L'un d'eux, que la fatigue accable et afFaiblit, Demande, en arrivant, à l’hôtesse nn bon lit. Celle-ci lui répond qu'elle serait en peine
D'en coucher #»# de plus, que sa maison est pleine … Mais que, si, cependant, il n'avait point sow/eur De partager le lit d’un homme de couleur,
Elle pourrait encor lni donner une place.
Notre jeune homme accepte en faisant la grimace, Et se laisse conduire où reposait le noir.
Il prie, en se couchant, l’hôtesse de vouloir
Le réveiller au jour, pour qu’il se mit en route. Comme l’hôtesse part, en riant, il ajoute :
— Prenez garde, maman ; voyez, je couche au fond. N'allez pas réveiller l’homme noir pour le blond.
IT
Des que notre homme dort, ses compagnons qui veillent, Comme c’est l'habitude, à ses dépens s’égaient. Le proverbe dit vrai: l’absent toujours à tort. Et qui peut-être absent plus que celui qui dort ? Or donc nos trois gaillards, pendant qu'ils sont à table, Devisent du projet, d’un charme indiscutable Et rempli d’à propos, de noircir le dormeur.
Ce qui fut fait avec entrain et bonne humeur.
Le lendemain matin, l’hôtesse matinale
Va réveiller notre homme, il faisait encor noir. Il se lève et s’habille en regagnant la salle
Où ses amis étaient. Se mettant au miroir :
—0 qu'on est gauche ici ! dit-il d’une voix aigre ; J'ai pourtant demandé qu’on me réveillât, moi. Et cette bonne femme a réveillé le nègre!
Il se recouche et dort...Il dort encor, ma foi !