‹ Mes vers [microforme]Chapitre 46 sur 155 · A MON AMI ET COUSIN H. A. FT. AVOCAT, QUÉBEC · texte numérisé non relu

A MON AMI ET COUSIN H. A. FT. AVOCAT, QUÉBEC

J'ai dit à ton papa, dix fois, pour qu’il l’apprit, Qu'il montrait, le premier, immensément d’esprit En venant nous prouver qu’au fond de sa mémoire Nous avons place encor. Certes ! c’est à sa gloire Que je répète ici ce mot de vérité.

Aussi mon compliment est-il bien mérité ;

Car, à part le plaisir que nous fit sa visite,

Il a donné l'exemple : et le tout s’est fait vite, Puisqu'il ne nous donna que le temps de le voir, De nous dire à part nous : en visite, en devoir, Cet homme est un éclair ! Sa nature procède

Du vent, de la vapeur ou du vélocipède.

N'importe, une visite a toujours bon etfet

Et prouve l’amitié de celui qui la fait.

Parlons de toi. Ton père eut le temps de m'apprendre Que tu ne savais pas encor quel parti prendre En finissant ton cours. Aussi, c'est embêtant ! Le choix d’une earrière est si fort important. Cependant, ton papa dit qu’un goùt se prononce, Chez toi, pour le Barreau. C’est là que croit la ronce, Aux dépens du rosier, du laurier, du jasmin.

C’est pour quoi, mon ami, logarithmes en main, Calcule bien, mesure, avant de prendre place Au concours de Thémis—où se porte üne masse, Envieuse parfois, très avide toujours,

Et qui, n'ayant, souvent, aucun droit au concours, Fait flèches de tout bois, sournoisement emploie Et le vert et le sec pour obstruer la voie

À l’homme de talent qui, partout pionnier, Travaille jusqu’au but qu'il atteint le dernier. —

Au concours d'avenir, qu'en passant je te cite, Tu verras ton voisin de classe, un parasite, Qui, durant onze mois, n’a pas fait un devoir Sans copier le tien que tu lui laissais voir, Tu le verras, te dis-je, en tête de la foule Dont je parle plus haut, bravant en paix la houle Des avides humains au bras de quelque #, Dont ce siècle raffole ; au bien, regarde-le : Son oncle est très puissant dans la législature, Tout le chemin à faire, il le fait en voiture. Cela fait qu'il arrive au but bien avant toi: Tu lui fis son devoir, il te fera la loi.

Quelle digression, à propos d’un émule Imaginaire ! Où donc en étais-je ? A calcule. Calcule ton avoir, consulte tes amis,

Avant d'entrer, mon cher, à la cour de Thémis. Ton avoir,—tes talents—ce n'est pas ce qui manque ;

Sur ce point, je le sais, tu vaux mieux qu’une banque...

Mais tu me permettras de douter que Domat

—Ou, si tu l’aimes mieux, LeBrun au grand format— Puisse pendant quatre ans t'assommer de coutume Sans que ton cœur ressente une vive amertume,

Un horrible dégoût. A ce point du revers,

On dit: Do... Do... Domat, LeBrun, je fait des vers ! C'est un ultimatum que Thémis n'aime guères;

Car avec Apollon elle fit tant de guerres, Qu'elle perdit toujours, qu'un de ses officiers Qui mettrait de la rime un peu dans ses dossiers, Nerait forcé de vivre, hélas! vaille que vaille… De mourir en poète ou le. dos sur la paille.

Mais concluons, mon cher. Pour bien faire son droit, Il faut aimer l’étude. avoir un esprit droit, Ne jamais s'occuper par trop de politique ; Ne.jamais prendre gout pour cet art poétique Qui fait mourir si mal. Pour bien faire son cours, Il faut aussi fermer son cœur à ses amours, — Qui n’y doivent laisser, longtemps, que ce qu'un rêve Y laisse de plaisir ;—étudier sans trève Aux heures de travail ; étudier le soir, Le matin, dans le lit. c’est passer l’arrosoir Sur des plants de lauriers quand le soleil décline.

Ainsi, mon cher cousin, celui qui se destine A l'étude des lois sans disposition, Doit s'attendre au revers dont j'ai fait mention : Et ce revers, l'ami, fait qu'on devient copiste, Ecrivassier, rimeur, mais jamais bon légiste.

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