‹ Mes vers [microforme]Chapitre 98 sur 155 · SUR LES TERMES DU JEU DE WHIST · texte numérisé non relu

SUR LES TERMES DU JEU DE WHIST

{À sd sœur. Qui monnonçail aveir écarté $on amoureut.)

Ma sœur, tu perds la carte, À toujours écarter …

Ma sœur, tu perds la carte :

Car sur ce qu'on écarte On ne peut plus compter.

“Je me fais philosophe,” Me dis-tu, sans rougir :

“Je me fais philosophe !* Dieu ‘ quelle catastrophe | Ainsi te fait agir ?

Ne fais pas cette annonce Decà, delà, partout ;

Ne fais pas cette annonce :

C'est te mettre en renonce Et filer ton atout.

C'est rappeler la fable,

Par un grand mot couvert, C'est rappeler la fable

Du fruit mur éweriffable, Qu'un renard dit trop vert.

Ni tu voulais, ma bonne, —Tu sais plaire, enchanter— Ni tu voulais, ma bonne,

Etre un peu moins friponne, Tu serais à chanter.

A chanter, l'adversaire Exise trois d'honneur ;

À chanter, l'adversaire

Te dirait bas, sincere :

“ Découvre-moi ton cœur...

“ [l te manque, peut-être, “ Ou l'as, ou le valet ;

“Ilte manque peut-être “ Le valet ? Prends le maitre...

“ L'as ? Ni mon cœur te plait...”

[] faut etre plus grave Que tu n'es, chere sœur...

Il faut étre plus grave ; Car l'amant le plus brave Craint le rire moqueur,

Bien sagement l’on joue {Comme au whist) aux amours:

Bien sagement l’on joue ;

Car la plus belle joue

Perd vite son velours.

MEX VERS

CHAÎNES ET CHAÏINONS.

L'homme alourdit gannent sa chaine, Qu'il rive de sa propre main.

A cette œuvre, hélas ! quelle peine Se donne tout le genre humain :

Mais voyez, d'abord, ce poète :

Pour trouver des rimes en »0n, Voyez-le se creuser la tête :

Ï1 met à sa chaîne un chainon.

{l a chanté, dans un poème,

La Femme, avec non moins d'ardeur Que s'il eût chanté le ciel même ;

1 la nomme Ange de Candeur … A-t-il trop dit à sa louange ?

Le poète soutient que non :

Sous le regard charmant de l'Ange.

Il rive à sa chaîne un chaïinon.

PLUS SERIEUX QUE FRIVOLES. a:

Vovez, ici, sur la pelouse,

Ce couple aux regards langoureux :

Chacun l'admire on le jalouse,

C’est, pour sur, un couple amoureux.

Sait-on ce qu'il fait, en idée ?

Je veux m'acquérir le renom

D'être nn peu seigneur Asmodée :

1 fait pour sa chaine un chaimon.

Un double vœu se réalise :

L'affaire étant anx sentiments,

Le couple, un beau jour, à l'église, S'échange de bien doux serments!

Deux oui lui font toucher la rive De l’état que garde Jnnon:

Joyeusement ce couple rive

A sa chaine un double chainon.

Voyez encore cette dame,

Couverte d’habits somptueux :

Est-ce une reine ? est-ce une femme Du demi-monde fastueux ?

De la mode &’est un dupe,

Portant de tout à la Ninon:

Sa toilette, qui tant l’occnpe,

Met à sa chaine un long chainon.

(Quelle est cette autre dont la robe Passe apres elle une heure encor, Et qui. dans un spectacle, englobe Trois sièges sous son seuil décor ?

Mesdames, c'est votre modiste, Fortant la soie et le linon :

La mode, qui plait à l'artiste,

Rive à sa chaine maint chainon.

Vovez cet être qui se vautre Sur les dalles des cabarets :

Je le tiens pour plus sot que l'autre Qui se roule au bord du marais.

Mais, bon lecteur, plaignez cet être Comme on plaint l'homme au cabanon :

C’est un feu s’efforçant de mettre À sa chaine un brülant chainon.

Plaignez-le ; peut-être il expie

Le sang qu'il a de ses aieux,

Ou même le refus impie

De son âme à suivre ses yeux. Plaignez-le, puisqu'il voit sans croire … Théologie et Droit canon

Ont moins de pouvoir que Grégoire

À mettre à sa chaine un chainon.

Voyez l'envieux qui convoite

La fortune de son voisin :

Pour ce dernier sa main est moite, Comme la glace est froid son sein !

N'enviez point une cavale,

Vous à qui suffit votre &non :

Toujours l'envie est sans rivale

À iwettre à la chaine un chainon.

Voyez enfin, voyez cet homme,

Que semble héberger le palais :

Na vie entière n'est, en somme.

Qu'un quart-d'heure de Rabelais.

11 doit! Cela se voit sans peine :

Cent marchands maudissent son nom !

—L’ami, pourquoi donc à ta chaîne As-tu rivé ce lourd chainon ?

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