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L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

veur du magnétisme furent ébranlées. « Vous savez, dit M. Rochoux, ce que M. Rostan a écrit su" le magnétisme. Un jour, il me proposa de me guérir de mon incrédulité et de me faire voir des choses extraordinaires; je le suivis; arrivé sur les lieux, on ne voulut rien faire devant moi; j'attends toujours. » M. Bousquet à son tour : « Georget croyait avoir bien vu ; il y paraît assez à la manière dont il parle du magnétisme, dans son ouvrage sur le système nerveux. Cependant on sait aujourd'hui qu'il a été trompé par des misérables qui s'en vantent. Je tiens cela de M. Londe, le collaborateur de Georget et le témoin de toutes ses expériences. » Enfin M. Ségalas dit « qu'ayant lui-même tenu les mains sur les yeux du jeune homme dont a parlé M. Husson, et cela pour l'empêcher de voir, il ne répondrait pas qu'il lui a complètement fermé les yeux. Les yeux étaient agités de mouvements convulsifs; ce jeune homme a pu agiter les paupières et saisir quelques caractères, d'autant plus qu'il lisait lentement, en face d'une grande croisée, et qu'il a fait des fautes. »

Nouvelle enquête demandée par le docteur Berna à l'Académie de médecine. — Rapport de M. Dubois, d'Amiens (1837). — Protestation du docteur Berna. — Réplique au rapport par M. Husson.

Peu après, un jeune docteur, M. Berna, sollicite un nouvel examen de l'Académie. La commission, composée de MM. Roux, Bouillaud, H. Cloquet, Emery, Pelletier, Caventou, Cornac, Oudet, Dubois (d'Amiens), nomma ce dernier rapporteur. Le rapport fut lu en août 1837, et traita durement le magnétisme. Sur le fait du sommeil magnétique on ne peut rien affirmer : on n'a eu comme preuves que les assertions des sujets magnétisés. Les piqûres sembleraient une preuve décisive ; mais avant et pendant le sommeil supposé, le sujet des

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expériences, dans la séance du 3 mars, paraissait ne rien sentir ; sa contenance et ses réponses ont été à peu près les mêmes pendant l'opération magnétique. Et en général, comme on ne pouvait expérimenter que sur les parties naturellement découvertes, le cou et les mains, et qu'il n'était permis d'enfoncer des épingles que d'une ou deux lignes, l'insensibilité des sujets n'était pas suffisamment éprouvée. Déplus, la face étant en grande partie couverte d'un bandeau, on ne pouvait s'assurer suffisamment des émotions ressenties. Sur la question si le magnétiseur, par sa seule volonté, pouvait rendre en tout ou en partie la sensibilité au somnambule, on ne saurait rien décider. Pour être certain que la sensibilité était rendue, il faudrait être certain qu'elle a été perdue. Quant à l'obéissance à l'ordre intérieur du magnétiseur, l'expérience a été fâcheuse, les actions exécutées ayant toujours été en opposition avec les commandements. Sur le transport de la vue, la propriété de voir par l'occiput, rien de péremptoire : les faits absolument décisifs ont complètement manqué, et les commissaires n'ont vu dans les rencontres heureuses que des inductions assez habiles. Enfin, pour la clairvoyance à travers les corps opaques, insuccès complet : « Que conclure, à l'égard de la somnambule, de la description minutieuse d'objets

autres que ceux qu'on lui présentait? Que conclure d'une somnambule qui décrit un valet de trèfle dans une carte toute blanche? qui, dans un jeton d'académie, voit une montre d'or, cadran bleu et lettres noires, et qui, si l'on eût insisté, aurait peutêtre fini par nous dire l'heure que marquait cette montre? »

Le docteur Berna protesta, et le précédent rapporteur, M. Husson, qui se trouvait indirectement atteint par ces conclusions nouvelles, dans une séance suivante, frappa rudement sur son collègue. Convenait-il d'accepter la fonction de rapporteur à un médecin qui, en 1838, avait écrit contre le magnétisme, et s'était déclaré dans cet écrit « en état d'hostilité contre les magnétiseurs ? » De quel droit énonçait-il ces conclusions générales contre le magnétisme ? La commission avait été nommée pour examiner deux somnambules proposés par M. Berna ; son œuvre devait être intitulée : Rapport des expériences magnétiques faites sur deux somnambules. Depuis quand est-il permis, en science, de tirer de deux faits particuliers une conclusion universelle ! Des expériences tentées sur les deux somnambules ont échoué ; la commission de 1826 en avait cité trois de ce genre : « On sait que rien n'est plus mobile, plus variable q^ue les effets magnétiques ; et c'est cette mobilité,

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cette inconstance, qui éloigne tant de personnes de s'en occuper et de les étudier. Quels sont, pourrions-nous le demander, les faits en médecine pratique, en thérapeutique, en physiologie, qui soient toujours fixes et immuables? » N'est-il pas étrange aussi qu'on ait passé sous silence les faits positifs constatés dans le précédent rapport? « Ils vous paraissent extraordinaires, mais devez-vous en conclure qu'ils n'ont pas eu lieu? La portée de l'intelligence humaine est-elle donc la mesure de la réalité de tous les faits extraordinaires dont nous sommes environnés ? »

Prix proposé par le dorteur Burdin. — Le docteur Pigeaire el sa fille — Succès dans les réunious particulières. — Il ne s'entend pas avec l'Académie. — Fin des relations du magnétisme avec l'Académie de médecine.

Au milieu de ces débats, M. Burdin proposa un prix de trois mille francs pour la personne qui pourrait lire, sans le secours des yeux et sans lumière, un écrit quelconque placé hors de la portée des yeux, et sans le secours du toucher. L'Académie accepta, se réservant de faire surveiller les expériences par une commission de sept membres pris dans son sein, et limitant à deux années le temps des épreuves, à moins que le prix n'eût éU mérité plus tôt.

En 1838, le docteur Pigeaire, de Montpellier,

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possédait une somnambule qui lisait les yeux fermés, pourvu que l'objet lut éclairé : c'était sa fille, âgée de dix à onze ans. Il s'adressa à l'Académie, lui envoyant, avec son mémoire, le procès-verbal de deux séances magnétiques, dressé par le docteur Lordat. Il y était constaté que, les yeux bandés par un appareil de soie noire, auparavant visité, essa^'é avec soin, la fille de M. Pigeaire avait lu l'écriture qui lui était présentée. Tantôt elle avait suivi les mots avec le doigt, tantôt elle les avait lus ainsi sous une lame de verre transparent. M. Burdin consentit à modifier son programme : il accorda, contre sa première intention, que les objets seraient éclairés, que la somnambule promènerait ses doigts sur la lame de verre placée sur les lignes à déchiffrer ; mais il réserva la question de savoir par quel appareil on empêcherait la somnambule de voir aucunement, et s'en rapporta pour cela à la sagacité des commissaires.

M. Pigeaire se rendit donc à Paris avec sa fille; il fit devant un grand nombre de personnages des expériences qui les frappèrent vivement. Parmi eux on remarque MM. Adelon, Queneau de Mussy, Bousquet, Delens, Ribes, Esquirol, Orfila, J. Cloquet, Pelletier, Réveillé-Parise, Arago, Pariset ; on a même des procès-verbaux en forme et des plus favorables signés par MM. Bousquet, Ri-

bes, Orfila, Réveillé-Parise, Pariset, sans compter les noms illustres ou connus, mais étrangers à la science, George Sand, M. Léon Faucher, etc. MM. Rostan et Georget étaient déjà acquis au magnétisme et affirmaient avoir constaté la vision par l'occiput. MM. Cornac, Gerdy, Bouillaud et Vel- ()eau ne furent pas convaincus et le témoignèrent. M. Cornac parla de contorsions delà jeune fille, au commencement de l'expérience.

M. Velpeau, en les imitant, avait réussi une fois à écarter le bandeau assez pour lire devant plusieurs personnes. M. Gerdy a laissé une note làdessus. L'appareil se composait d'une bande de calicot, d'une petite pelote de coton, et enfin d'un bandeau de velours noir et opaque. Le bord inférieur de celui-ci était collé à la peau voisine au moyen de petites bandelettes de taffetas gommé. Plusieurs signes lui rendirent l'expérience suspecte. C'étaient, à toutes les fois, des agitations extraordinaires de la jeune fille, des mouvements pour se frotter les yeux et relever le bandeau, sous prétexte qu'il la fatiguait : pendant ces opérations, les bandelettes de taffetas s'éraillaient; ensuite le refus de placer le livre à lire en face, à la hauteur des yeux. En visitant le bandeau, il y distingua de tout petits trous. Ajoutez que, peu après leur application, d'eux-mêmes les emplâtres de taffetas

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