PAS DE MILIEU
Nos très chers frères,
pas de milieu !
vous faut être pour ou contre le bon Dieu ; pour ou contre la tempérance chrétienne.
C'est le cas de dire qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois. Pas d'illusion possible.
Voici bientôt, durant ce mois, le moment décisif, ou chacun devra se faire connaître tel qu'il est : serviteur de Dieu ou partisan, conscient ou non, du démon de l'intempérance.
La double question va se poser dans chaque
paroisse : combien de licences d'auberges ? à qui les accorder ?
Tous vous aurez à répondre, soit en signant ou en refusant de signer les listes de recommandation, soit par un vote affirmatif ou négatif dans le conseil municipal.
Deux étendards sont levés, celui de la croix de tempérance et celui de Satan qui veut par l'ivrognerie de plus en plus répandue, ravager notre peuple et l'avilir.
Sous la bannière du démon vont se ranger CEUX QUI TROUVENT que la boisson ne coule pas encore suffisamment pour empoisonner les corps et tuer les âmes ;
Que l'abus des liqueurs enivrantes n'est pas encore assez lamentable ;
Que les désastres causés par l'ivrognerie ne sont pas assez terribles ;
Que ce vampire insatiable ne suce pas encore
assez du sang de notre race, et qu'il faut lui fournir des victimes en plus grand nombre ;
Qu'il n'y a pas assez de santés délabrées par l'alcoolisme, d'intelligences par lui déprimées, — de cœurs dépravés — de ménages troublés, divisés, dispersés — de familles désolées — déjeunes gens perdus ou en train de se perdre. Ceux-là jugeront qu'il faut augmenter indûment le nombre des auberges.
De plus, ceux qui veulent que le dimanche soit davantage profané ; qu'on entende encore plus de jurements et de blasphèmes ; qu'on voit se multiplier les désordres les plus terrifiants, même les vols, les rixes, les meurtres, fruits trop communs de l'ivresse : ceux-ci travailleront à faire donner des licences déjà superflues, à des hommes qui, sans aucun souci des lois divines et humaines, seront insensibles aux remords, ne chercheront qu'à faire de l'argent à même le vice qu'ils encouragent, sans se préoccuper du bon Dieu cruellement offensé, non plus que des supplications des épouses, ni des larmes des mères, ni de la détresse des enfants .... sans s'inquiéter même de leur salut éternel qu'ils
compromettent en travaillant à la perte de leur prochain.
Beaucoup d'auberges, et des auberges mal tenues : c'est le mot d'ordre du démon.
Réussira-t-il dans son infernal dessein ? Nous ne voulons pas le croire.
Autour de la croix du Christ vont se grouper, en rangs serrés, tous les bons citoyens, les bons chrétiens, et ils ne seront ni moins nombreux, ni moins actifs, ni moins énergiques, ni moins persévérants.
Oui, il y a les braves qui sont à la fois respectables, sérieux et intelligents.
Ils savent ce que vaut une âme rachetée par le sang de Jésus-Christ et appelée au bonheur du ciel.
Ils savent ce que vaut une famille où règne la sobriété ; ce que vaut pour la religion et pour la patrie un foyer où l'homme est tempérant et la femme respectée, où la concorde, le travail, l'écono-
mie, soutenus par la piété, concourent à donner l'aisance et le bonheur.
Ils veulent, eux, diminuer plutôt qu'augmenter cet impôt cruel prélevé sur le salaire de l'époux, sur les pleurs de l'épouse, sur le sang des familles, par le tyran de l'intempérance.
Ils ne sont ni peureux, ni indiflférents.
Sans se laisser arrêter par des considérations d'amitié, de fausse pitié, de partisannerie, ou même d'intérêt personnel, ils savent parler avec franchise, et remplir leur devoir avec énergie et constance. Ils ont le jugement droit ; ils savent donc que ce qui appauvrit les familles ne saurait enrichir une population, et que si la boisson fait marcher le commerce dans un village ou une paroisse, c'est vers la ruine morale et même matérielle.
Ils veulent le bon ordre public, et conserver à leur paroisse ou à leur municipalité le renom de paix, de labeur honnête, de respect mutuel et de bon accord, qui est la base du crédit moral d'une population, et dont la tempérance est une des conditions essentielles.
Ceux-là, les hommes de bon sens, religieux autant que dévoués aux vrais intérêts des familles, chercheront plutôt à restreindre la vente des liqueurs, et ne la confieront, autant que cela dépendra d'eux, qu'à des citoyens irréprochables, ayant le sentiment du devoir, et capables d'étouffer sous les dictées de la conscience le misérable penchant de l'avarice.
Seulement les auberges nécessaires, et toutes très respectables : c'est la devise des bons citoyens.
Qui l'emportera ?
Nous vous conjurons par tout ce que vous avez de plus cher ; pour l'amour du bon Dieu, au nom des familles, au nom des âmes, et pour votre propre salut, entendez-nous, écoutez-nous, croyez-nous.
C'est pour le bonheur de chacun, c'est pour le bien général.
Puissiez-vous, tous sans aucune exception, comprendre si bien, et si bien remplir votre devoir, que
nous puissions nous dire qu'après tout, dans chacune des paroisses de notre diocèse, il n'y a pas deux camps, mais un seul, celui de Notre-Seigneur ; que tous nos citoyens sont décidément rangés autour de la Croix ; qu'il n'en reste aucun pour soutenir la vilaine cause de l'intempérance, et alors, à la grande joie de l'Eglise au grand soulagement des familles, il n'y aura partout que les auberges strictement nécessaires, et toutes seront parfaitement tenues à la satisfaction des autorités religieuses et civiles.
C'est le vœu de notre cœur, et dans le ferme espoir de le voir se réaliser au près et au loin, nous appelons sur vous tous, les bénédictions de Notre- Seigneur.
Valleyfield, 1er mars 1908.
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