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AUX MERES DE FAMILLE

Nos chères sœurs,

OUS vous offrons, au commencement de cette nouvelle année, nos meilleurs souhaits de bonheur.

Le bonheur, pour une femme, et surtout pour une mère, cela veut dire : rendre heureux tons ceux qui vivent à son foyer, dont elle est l'ange gardien visible. Vous souhaiter le bonheur, c'est donc vous souhaiter tout ce qu'il vous faut avoir et pratiquer pour remplir cette belle mission de répandre le

bonheur autour de vous. Comment y parviendrezvous ?

Avant tout soyez très pieuses.

La piété qui, selon saint Paul, est utile à tout, est particulièrement nécessaire à la femme pour alimenter son dévouement, soutenir son courage, calmer parfois ses angoisses, consoler souvent ses tristesses et ses deuils.

C'est en Dieu, et en Dieu seul que vous devez chercher, que vous trouverez infailliblement l'appui et la force dont vous avez tant besoin.

Soyez pieuses pour vous-mêmes ; c'est-à-dire vivez dans la présence habituelle de Dieu ; élevez souvent vers lui votre cœur ; offrez- lui vos pensées et vos actes, et faites tout en vue de lui plaire en accomplissant sa sainte volonté.

Puis, faites régner le bon Dieu dans votre maison, et dans le cœur de tous ceux qui l'habitent.

Formez dès le plus bas âge, vos enfants au goût et à la pratique de la piété ; ils s'y prêtent avec tant de joie ; ils aiment tant à joindre dans les

vôtres leurs petites mains pour réciter avec vous leurs prières au petit Jésus.

A vous de voir à ce qu'aucun membre de la famille, ni le père ni les jeunes gens, ne s'éloigne avant d'avoir fait pieusement sa prière du matin ; rassemblez-les tous, au bon moment, pour la prière du soir en commun.

C'est déjà une garantie sérieuse que la bénédiction du ciel reposera sur votre maison.

Ne permettez pas que l'on manque d'assister à la sainte messe- le dimanche et les jours de fête ; comme toute bonne famille catholique y tient ordinairement, faites en sorte que la vôtre ait son banc dans l'éoflise, afin d'assister ensemble aux offices paroissiaux, surtout à la grand'messe à laquelle se donnent le prône et l'instruction.

Rien de plus édifiant que de voir le père à la tête d'un banc bien rempli, et donnant à tous l'exemple de la régularité des devoirs religieux.

A vous de garder cette tradition du foyer canadien.

Assurez-vous de même que tous remplissent leur devoir pascal, bien plus, qu'ils fréquentent, à des dates suffisamment rapprochées, les sacrements de pénitence et d'eucharistie.

Conservez les pieuses coutumes du Benedicite et des grâces à chaque repas ; de la récitation de V Angélus au son de la cloche ; et aussi, lorsque, le dimanche, vous gardez la maison avec quelquesuns de vos petits enfants, unissez-vous, au moment où l'on sonne le Sanctios et l'élévation, à ceux qui sont à l'église, et comme on faisait naguère dans toutes les familles, agenouillez-vous quelques instants pour adorer en esprit le divin Sauveur qui descend sur l'autel.

Comme cela est beau !

Entretenez chez vous les dévotions spéciales les plus propres à conserver la vraie piété, surtout celle à la sainte Famille, dont l'image est devant vos yeux, et qui est le modèle de la vôtre.

La femme qui craint Dieu, et qui le sert bien, dit l'Écriture, est digne de toute louange.

Votre piété sera le premier instrument du bonheur qu'elle fera régner dans votre maison.

Cultivez la " bonne humeur ".

Nous voulons dire cette douceur, empreinte de gaieté, et qui est le parfum et la fleur de la vraie piété.

C'est encore saint Paul qui recommande à tous de se réjouir constamment dans le Seigneur ; ce conseil nous vous l'adressons, parce qu'il contient l'un des principaux éléments du bonheur domestique.

Cette bonne humeur, communicative de sa nature, répandra autour de vous la bonne odeur de Jésus- Christ ; d'une beauté rayonnante, elle embellira votre demeure ; elle vous assurera le domaine des cœurs, l'autorité absolue et irrésistible de l'amour.

Heureux ceux qui sont doux, dit Notre-Seigneur, parce qu'ils posséderont la terre.

La terre, pour vous, c'est votre famille que vous posséderez par la douceur et l'affabilité.

Si cette vertu n'exclut pas la fermeté, si elle aide au contraire, et très puissamment, à maintenir autour de vous la rigoureuse observation de tous les devoirs, elle arrête les promptitudes et les impatiences ; elle empêche les reproches trop amers, les paroles trop vives et trop blessantes ; elle écarte les querelles de ménage ; elle éloigne la discorde, ennemie de l'union des cœurs et de la paix des âmes ; elle maintient la réciprocité parfaite des affections ; elle augmente l'estime, la confiance, l'amour ; elle tempère la sévérité du commandement et rend l'obéissance plus facile et plus douce ; elle fait chaque jour plus vif et plus profond l'attachement familial, signe manifeste du bonheur qui se goûte au foyer.

L'humeur acariâtre d'une femme, même douée par ailleurs des plus belles qualités, suffit à rendre sa maison insupportable ; rien n'étant plus difficile à endurer que la compagnie habituelle d'une personne au caractère revêche ou boudeur.

Au contraire, la douceur, ce que nous appelons ici la bonne humeur, fait pardonner bien des défauts, à cause de la sympathie qu'elle commande, et de cette atmosphère de douce et pénétrante gaieté qu'elle répand dans la maison.

Pratiquez une sage économie.

La mère de famille doit être une excellente ménagère, et pour cela se montrer laborieuse et rangée.

La femme forte, dit l'Ecriture, ne mange pas son pain dans l'oisiveté ; bien au contraire, levée avant le jour, elle a bientôt fait son ménage, mis toutes choses en ordre, et pourvu à tous les besoins.

La propreté est le cachet distinctif de sa maison, et en est le principal attrait. Riche ou pauvre, rien n'empêche qu'elle ne tienne tout en si parfait état que l'on admire le talent avec lequel elle sait donner

à son intérieur l'aspect le plus riant et le plus agréable.

Vous êtes, de par votre vocation, l'auxiliaire de votre époux, selon le mot de l'Écriture Sainte.

Rendez-lui ce service qu'il a le droit d'attendre de vous, et qui consiste à bien administrer l'argent qu'il gagne par son travail, et qu'il destine au soutien de sa famille.

A vous d'en faire une judicieuse distribution, et de n'en laisser rien perdre par votre négligence.

C'est encore l'Esprit-Saint qui dit que la femme forte " a cherché la laine et le lin, et elle les a travaillés avec des mains intelligentes ; " donc " elle ne craindra pas pour demain la rigueur en temps de neige, parce que tous ceux dont sa maison se compose sont pourvus de doubles vêtements ".

La bonne ménagère considère toutes choses comme faisant partie de ce pain quotidien que l'on demande au bon Dieu et qu'il donne communément par le moyen du travail.

Aussi, habile à tout utiliser, ne laisse-t-elle rien

se gaspiller, et cultive-t-elle, avec succès, l'art de recueillir les restes pour empêcher qu'ils se perdent, selon le conseil de Xotre-Seiç^neur.

Ceci est un puissant encouragement pour le père ; l'économie faite par son épouse le fera travailler avec plus d'ardeur, et lui fera conserver pour sa famille tous les fruits de ses fatigues.

La cuisine joue un rôle important pour rendre agréable le foyer domestique.

Soignez-en tous les détails, de manière à pouvoir, sui une table bien dressée, avec une nappe bien propre, dans une vaisselle irréprochable de netteté, servir aux vôtres des aliments bien sains, bien apprêtés, suffisamment variés, et qui fournissent la nourriture agréable et fortifiante, possible dans tous les ménages où l'on gagne sa vie. " Dis-moi quelle soupe tu manges, et je te dirai quelle femme tu as " dit un proverbe.

Formez vos enfants à l'amour du travail ; suivez de très près la conduite et les progrès de ceux qui sont encore à l'école ; accoutumez vos jeunes filles à

prendre leur bonne part des soins du ménage ; rappelez-vous que tout ce qui touche à la tenue et à la gouverne d'une maison ne saurait être indigne d'une

jeune fille, même très riche ou très instruite.

C'est pour elle, au contraire, la marque de la véritable distinction que de savoir faire, par elle-même, ces travaux de couture, de tricot, d'art culinaire, et même de balayage qui sont la part réservée à la femme dans les préoccupations matérielles du ménage.

Evitez pour vous-mêmes et pour vos enfants les dépenses inutiles, de pure vanité, et qui n'ajoutent rien au confort et à l'agrément de la maison.

Tenez-vous en garde surtout contre cet engouement pour tel meuble dispendieux, absolument

superflu, dont le paiement paraît facile parce que le

délai en est prolongé, mais qui, la plupart du temps,

à la suite de la maladie ou du chômage, finit par

imposer des sacrifices trop lourds, et souvent des

pertes considérables.

En un mot, travail, économie, bon ordre et pro-

prêté parfaite, voilà ce qui fait la bonne maitresse de maison.

Veillez et surveillez.

La vraie mère chrétienne étant l'ange gardien visible de sa famille, ne saurait jamais fermer les yeux sur ce qui se passe dans sa maison, ni sur ce que font les siens au dehors.

Il y a tant de choses qui, à l'improviste, peuvent être des dangers pour la santé du corps ou pour la vie de l'âme.

Veillez attentivement, d'une façon charitable, discrète, mais très ferme, sur toutes les personnes et les choses qui pénètrent dans votre demeure.

Veillez sur les compagnons que fréquentent vos enfants ; sur leurs jeux, sur leur langage, sur les

habitudes qu'ils tendent à contracter, sur leurs

lectures.

Connaissez bien leurs penchants, leurs défauts

naissants, pour vous appliquer à les corriger ; formez-les, par la parole et par l'exemple, au respect et à l'obéissance dus spécialement au père, et dont ils vous reviendra pour vous-mêmes une affection plus vive et plus profonde.

Soyez auprès de votre mari et de vos fils les apôtres déterminés de la tempérance, et efforcez-vous de les détourner de tout ce qui pourrait les exposer à contracter le vice lamentable de l'ivrognerie.

En résumé, si vous voulez, en attendant les joies du ciel, posséder sur la terre le bonheur compatible avec les épreuves inévitables de cette vie, servez bien et faites bien servir le bon Dieu ; travaillez, et inspirez autour de vous l'amour du travail joint à une judicieuse économie : soyez vigilantes et connaissez les sentiers de votre maison ; vous mériterez alors qu'on vous applique ces paroles de l'Esprit-Saint : " Ses fils se sont levés et l'ont proclamée

bienheureuse ; son époux s'est levé à son tour et l'a comblée d'éloges " (1).

Pour vous aider dans la poursuite de cet idéal de la femme chrétienne, nous appelons sur vous, et sur vos familles, les bénédictions les plus abondantes de Notre-Seigneur, invoqué par l'intercession de la Très Sainte Vierge Marie.

Valleyfield, 1 janvier 1904.

(1) Prov., xxxi, 28.

AUX PRETRES EDUCATEURS

r"^ VEC le mois de septembre s'opérera la ren- (^t\' trée des classes pour toutes nos maisons d'éducation.

Dans les écoles primaires et académiques, les cou-, vents, les collèges, les séminaires et les universités elles-mêmes, on inaugurera une nouvelle année scolaire qui verra se renouveler le dévouement traditionnel de ceux qui, à des titres divers, mais avec un zèle égal et infatigable, se consacrent à la grande cause de l'éducation.

Des milliers d'enfants et de jeunes gens reviendront se grouper autour de leurs professeui^, sous l'égide de l'Eglise, pour subir la douce et forte

influence de son action éducatrice exercée par ceux que leur vocation spéciale ou l'appel honorable des supérieurs a désignés pour cette fin.

Dans notre province de Québec, c'est un bienfait inestimable que nous ne saurions trop apprécier, un privilège a peu près unique au monde, que la jeunesse studieuse, à toutes les phases de sa formation morale et intellectuelle, se trouve placée sous la direction immédiate de la religion.

Ce privilège, qui n'est que l'application d'un droit strict, et que nous sommes à même de conserver indéfiniment, a été conquis à force de sacrifices généreux et constants au moyen desquels les familles catholiques ont pu, depuis l'origine du pays jusqu'aujourd'hui, malgré l'exiguité ordinaire de leurs ressources, faire élever leurs enfants, non seulement dans la connaissance et la pratique de leurs devoirs religieux, mais encore de manière à leur procurer dans la société, suivant leur vocation respective, le rang et les avantages auxquels ils avaient le droit de prétendre.

Pour l'Église elle-même, pour ses évêques, ses

prêtres et ses religieux enseignants, c'est assurément une compensation très grande offerte à leur dévouement de constater que, à tous les degrés de l'échelle sociale nos concitoyens ont été élevés par eux, leur doivent en très grande généralité le bienfait de l'éducation, et conservent pour la plupart, jusqu'à la fin de leur carrière, l'empreiute profonde laissée dans leurs âmes par cette formation religieuse.

Là est le secret de la conservation parmi nous de la foi et des traditions catholiques ; et là est pareillement toute la base de nos espérances pour l'avenir.

Il nous semble que cette double pensée doit par elle seule suffire à soutenir le courage et l'ardeur de tous ceux qui parmi nous sont à même, à raison de leurs fonctions ordinaires, de travailler à la noble cause de l'éducation, d'exercer quelqu'action sur la jeunesse des écoles de tous genres.

Ceci s'applique d'une manière particulière aux prêtres qui, chargés d'un ministère paroissial, sont par là même en mesure de s'intéresser activement

aux écoles en mettant à profit tous les droits qui leur sont encore reconnus.

La visite fréquente de ces écoles, l'enseignement personnel du catéchisme, les encouragements et les avis donnés selon le besoin aux instituteurs et aux élèves, la surveillance même des études profanes, tout peut devenir aisément œuvre de zèle sacerdotal au grand avantage des maîtres et des enfants.

Ceux-ci, se sentant l'objet direct de la sollicitude pastorale, ne sauraient manquer d'éprouver en retour un amour plus grand pour l'Eglise, une reconnaissance plus vive pour le prêtre, une ardeur plus grande pour la piété et la vertu.

Aussi, l'expérience est-elle là pour le dire, la population d'une paroisse dont les écoles sont suivies de près et prennent une bonne part du ministère pastoral, sera toujours plus religieuse et d'une conduite générale plus facile.

Les parents sont d'autant plus dociles et plus respectueux pour le prêtre que celui-ci se montre plus dévoué à leurs enfants, et rien n'est en soi plus touchant, plus édifiant que de voir à l'œuvre un véné-

rable prêtre reproduisant en sa personne, par l'intérêt qu'il témoigne aux enfants, un des exemples les plus sublimes que nous ait laissés notre modèle à tous, Jésus-Christ.

Mais nous avons actuellement en vue un objet plus déterminé, et aussi, plus élevé dans l'ordre de l'éducation.

Tout en proclamant le mérite de l'œuvre éducatrice pour tous ceux qui s'y adonnent par une libre préférence ou par les exigences de leur ministère habituel, nous portons notre pensée sur ce groupe nombreux de prêtres séculiers qu'un choix honorable et des aptitudes spéciales ont conduits dans les divers collèges et séminaires de notre province, pour y diriger les jeunes gens qui ont entrepris de faire ce qu'on est convenu d'appeler un cours d'études.

Nous n'entendons faire ici de comparaison, sous aucun rapport, entre un genre de ministère et un autre.

Il est évident que tout prêtre quel qu'il soit, dès lors qu'il répond à l'appel suivant le promitto de son ordination, est par là même en état d'acquérir tout le mérite pouvant découler du caractère sacerdotal, et que, deNant Dit u et devant l'Église, toutes les fonctions se valent si elles sont remplies en vertu de l'obéissance hiérarchique.

Bien au contraire, c'est précisément le préjugé opposé à cette doctrine que nous venons attaquer de front, lequel consiste à dire ou à croire que le prêtre ne saurait être \Taiment tel que dans l'exercice du ministère strictement paroissial et par l'administration journalière des sacrements ; que, si un évêque invite un prêtre à se dévouer quelque temps à l'éducation, en outre des sacrifices inhérents par eux-mêmes à la vocation ecclésiastique, il lui demande de renoncer plus ou moins à une vie sacerdotale pour remplir des fonctions étrangères à cette vie, ou qui n'ont avec elle que des relations éloignées et indirectes.

On voit tout de suite les conséquences désastreuses d'une pareille aberration ; combien elle peut

affaiblir le zèle d'un prêtre professeur ; et combien elle peut rendre plus pénible et moins fructueuse la charge lourde il est vrai, mais si souverainement importante qui lui est confiée.

Or, nous ne craignons point d'affirmer ceci : l'éducation de la jeunesse telle qu'elle se donne surtout dans nos collèges et séminaires, constitue une œuvre éminemment sacerdotale, et nulle part ailleurs le prêtre ne saurait être plus véritablement et plus complètement prêtre que lorsqu'il se consacre à cette œuvre en union avec d'autres prêtres, et cela sans tenir compte de la fonction particulière qui lui est assignée.

Bien plus, le prêtre, comme tel, n'a pas de moyen plus efficace de travailler au salut des âmes et au bonheur de son pays, aussi bien qu'à la gloire de Dieu et au bien de son Église.

Il faut remonter à Notre-Seigneur lui-même pour retracer les premières origines et trouver le

premier et le plus auguste promoteur de l'éducation.

S'étant soumis à toutes les phases ordinaires de

l'enfance et de l'adolescence, et ayant à l'égard de ceux que le Père céleste avait préposés à sa direction, pratiqué la plus humble obéissance, il s'est fait durant sa vie publique instituteur de la jeunesse, à laquelle il voulut témoigner une aft'ection plus sensible et un plus vif intérêt.

Ses divines paroles à ce sujet sont restées la devise éloquente et sublime de ceux qui se livrent à sa suite à ce ministère sacré ; elles expriment aussi tout l'objet qu'on doit se proposer en l'exerçant à son exemple. Sinite parvulos venire ad me ; talium est enim regnum cœlormn (1).

On peut dire aussi que l'instruction qu'il livre au jeune homme anxieux de connaître sa voie, et la direction qu'il lui donne complètent ce même objet en y ajoutant l'étude et le soin de la vocation particulière de chacun des élèves confiés au zèle sacerdotal. Dicit un adolescens. . . quid adhuc mihi deest ? Ait illi Jésus : Si vis perfechts esse. . . veni sequere mei (2).

(1) Math., XIX, 14.

(2) Math., XIX, 21.

Il a fait de plus comprendre tout le prix qu'il

faut attacher aux jeunes âmes, tout le mérite qui

s'attache à leur éducation, en s'identifiant avec elles,

et prenant pour lui-même les soins qui leur sont

donnés : qui suuscipit talem in nomine meo, me suscipit

Ce n'est pas assez.

Jésus-Christ veut fonder son Église avec le sacerdoce permanent pour base et pour centre.

Il réunit autour de lui quelques disciples choisis et établit, avec le premier séminaire, le collège apostolique dont il demeure le directeur, le professeur de tous les jours.

Ce sont ses premiers prêtres qu'il veut instruire et former lui-même.

Les apôtres formés à l'école du Sauveur sont ainsi conduits par leur Maître jusqu'au cénacle où l'Esprit-Saint confirmera leur esprit et leur cœur dans la connaissance et l'amour.

Avant de les quitter, le Maître leur donne une mission essentiellement éditcatrice ; c'est comme docteurs et pour enseigner qu'ils sont envoyés vers tous les peuples de la terre : Eantes docete.

Sans doute ils doivent sanctifier les âmes par l'administration du baptême et des autres sacrements ; mais après qu'ils les auront instruites, qu'ils leur auront enseigné toute la vérité qu'ils possèdent pour la communiquer aux autres ; et l'universalité des paroles du Sauveur indique assez que si l'Évangile doit être regardé comme l'objet propre et direct de leur prédication, leur droit d'enseigner s'étend beaucoup plus loin ; il comprend tout ce qui peut être affecté par le contact ou l'absence de la vérité révélée qui doit désormais pénétrer toute étude et toute science même profane.

L'éducation devenait par le fait un droit inaliénable, essentiel et primordial de l'Eglise, et devait former l'objet des soins les plus incessants et les plus tendres du sacerdoce catholique.

Les apôtres ont suivi ponctuellement les instructions et l'exemple de leur maître ; ils ont été comme lui éducateurs avant tout, et tout en répandant partout la lumière de la foi, ils se sont formé des disciples, des aides, des successeurs qui, dépositaires à leur tour de la doctrine et de la science, fussent capables d'instruire les autres.

C'est l'histoire de chacun d'eux, c'est l'histoire particulière de saint Paul et de ses principaux élèves Tite et Timothée.

Cet esprit apostolique s'est transmis d'âge en âge à travers les siècles ; toujours l'Église, pénétrée des sentiments de son divin Fondateur, a placé au premier rang de ses préoccupations celle de l'éducation de l'enfance et de la jeunesse.

C'est elle qui a créé l'école 'populaire, institution jusqu'alors inconnue, qui se greâa peu à peu sur toutes les cathédrales, sur les monastères, et les églises paroissiales ; les papes, les évêques, les fondateurs d'Ordres, les prêtres les plus célèbres mettant leur autorité et leur génie au service de cette œuvre, que les conciles donnaient de leur côté comme le fondement le plus solide et le plus durable de l'édifice de la foi et de la civilisation chrétienne.

Quels noms dans l'histoire de l'Église, surpassent pour le mérite et la gloire, ceux des Damasc, des Grégoire le Grand, des Benoît, des Augustin, des Thomas d'Aquin,des Gerson, des Charles Borromée, des Ignace de Loyola, des Joseph Calacsance, tous des éducateurs, des instituteurs de l'enfance.

Avaient-ils une âme sacerdotale les Olier, les Vincent de Paul, les Jean-Baptiste de la Salle, les Bossuet, les Fénelon, les Dupanloup, les Dom Bosco et tant d'autres ? et ont-ils cessé d'être vraiment

prêtres ou même évêques parcequ'ils ont fait la classe aux jeunes gens ?

N'est-ce pas plutôt par là qu'ils se sont montrés remplis de l'esprit sacerdotal, qu'ils se sont surtout montrés ce que doivent être tous les prêtres : Ministros Christi et dispensatores Mysterioimm Dei ? Et cette sollicitude vraiment pastorale de l'Église, dans ses pontifes et ses prêtres pour l'éducation, n'a-t-elle pas conservé toute sa saveur et sa force apostolique dans Pie IX et Léon XIII, les deux plus puissants soutiens de l'éducation catholique dans notre siècle ?

Au Canada, le pays par excellence de l'éducation

chrétienne et du prêtre éducateur, c'est parce que

le clergé a créé l'école, le couvent, le collège, qu'il a

toujours été le principal promoteur et à peu près

l'unique ressource de ces grandes œuvres, qu'il s'est

acquis des titres impérissables à la reconnaissance publique.

Le dévouement sacerdotal prodigué à l'enfance et à la jeunesse remplit nos annales ; on peut dire que chaque prêtre a contribué pour sa bonne part à ce qui est désormais la gloire de tous, bien que l'histoire de l'éducation nationale se résume surtout, en outre des évêques, et pour ne parler que de ceux qui ne sont plus, dans les noms si connus des Curateau, des Ducharme, des Girouard, des Labelle, des Manseau, des Cazeau, des Desautels, etc. ; de saints prêtres auxquels se rattache le berceau des principales maisons ouvertes à la jeunesse studieuse.

Chez nous, l'éducation a donc été particulièrement le fruit du zèle sacerdotal encouragé par l'Église, qui a toujours considéré cette œuvre comme étant de souveraine importance, et digne d'occuper le premier rang dans les préoccupations de ses ministres les plus zélés.

C'est le témoignage que nous a rendu solennellement l'illustre Léon XIII dans son immortelle encyclique Affari vos laquelle restera comme le code complet et définitif de l'éducation catholique en ce pays.

Les prêtres professeurs ont donc de grands modèles qu'ils peuvent imiter en toute confiance et sans craindre aucun amoindrissement de leur dignité, qui grandit au contraire de toute l'attention qu'ils apportent à remplir en esprit de foi leurs devoirs d'état.

Ceci devient plus manifeste encore si l'on considère l'objet propre de l'éducation qui est bien par lui-même le plus capable de séduire la sollicitude pastorale.

Dépositaire de la doctrine et dispensateur des dons de la grâce, le prêtre remplit ce double office par la prédication et l'administration des sacrements.

Il peut le faire, et c'est le lot commun, d'une façon générale, en s'adressant indistinctement à la foule des fidèles, et en accourant auprès de tous ceux qui requièrent sa présence ; c'est le ministère paroissial ordinaire.

Employé à l'éducation, il procède autrement.

Il condense en quelque sorte son action sur des âmes déterminées, en nombre restreint, qui vivent

avec lui, et reçoivent d'une manière exclusive tout le bénéfice d'un ministère constant, lequel ne s'arrête pas à la surface mais pénètre jusqu'aux fibres les plus intimes, pour faire entrer partout la lumière et la force qui devront faire de ces jeunes gens des hommes de science et de vertu.

Ce sont des âmes généralement pures, naïves, confiantes qu'il faut conserver dans la grâce, et nourrir de piété ; ce sont des intelligences qu'il faut développer, en les initiant peu à peu aux vérités dont la connaissance nous est permise ici-bas ; qu'il faut fortifier et prémunir contre les erreurs en leur préparant des armes pour combattre les sophismes de l'impiété ou de l'hérésie.

Il s'agit pareillement de cultiver dans les coeurs les bons sentiments, de leur rendre les vertus aimables et faciles, de contrôler leurs tendances et leurs affections, de leur faire éviter les faiblesses et les chutes trop communes à cet âge.

Il s'agit encore de donner la droiture aux volontés, de les habituer à l'usage légitime de leur liberté, de les détourner du mal, de les pousser vers

le bien et de leur faire prendre une voie dans laquelle toute leur vie elles auront à marcher.

Il faut de plus former leurs consciences, les modeler sur les gi'andes règles du droit et de la justice, les habituer à la rectitude et à l'autorité pratique de leurs jugements.

Il importe enfin de travailler les caractères ; de découvrir les défauts pour les corriger ; les bonnes qualités pour les affermir ; les aptitudes spéciales pour les tourner vers leur objet dans la mesure convenable ; les talents pour les faire fructifier au centuple ; les énergies pour les empêcher de dévier, et les appliquer exclusivement à ce qui est juste et noble ; de donner à tout cela les formes élevées et polies qui sont le propre d'une éducation vraiment chrétienne.

En un mot, celle-ci consiste à cultiver, exercer, développer, fortifier et polir toutes les qualités physiques, intellectuelles, morales et religieuses qui constituent dans l'enfant la nature et la dignité humaine, donner à ces facultés leur parfaite inté-

grité, les établir dans la plénitude de leur puissance et de leur action (3).

Se peut-il une œuvre plus vraiment sacerdotale ?

Or cet enfant d'aujourd'hui sera l'homme de demain.

11 sera toujours semblable à lui-même, selon la parole de l'Ecriture : adolescens juxta viam suam etiarn cum senuerit non rececïet ah ea.

C'est donc pour toute sa vie que l'éducation forme, par le travail de chaque jour, l'homme de vertu, l'homme de science, l'homme de cœur, l'homme de conscience, l'homme de caractère ; et ce n'est pas seulement pour lui-même, mais encore pour le bonheur de tous ceux sur lesquels plus tard s'étendra son influence ; car par son éducation même il est destiné à devenir un chef, à marcher à la tête de ses concitoyens. " C'est l'éducation " dit encore Mgr Dupanloup, " qui par l'influence décisive qu'elle exerce sur l'enfant et sur la famille, élément primitif de toute société, fait les mœurs

(3) Mgr Dupanloup

domestiques, inspire les vertus sociales, et prépare des miracles inespérés de restauration intellectuelle, morale et relioneuse.

C'est l'éducation qui fait la grandeur des peuples et maintient leur splendeur, qui prévient leur décadence, et au besoin les relève de leur chute ". Leibnitz disait dans un sens qui heureusement ne s'applique pas à nous, qu'on réformerait le genre humain, si on réformait l'éducation ; appliquonsnous seulement le principe : nous conserverons notre peuple avec sa foi et ses mœurs chrétiennes si nous conservons l'éducation, et c'est pour nos prêtres, selon le mot de Léon XIII, la manière la plus efficace de travailler au véritable bonheur de leur pays.

Le collège est comme un jardin rempli d'arbustes qu'on y a plantés pour y être cultivés jusqu'à leur pleine croissance.

Par cette culture intensive, on fournit à chaque plante la sève généreuse, et l'on donne sans réserve tous les soins voulus pour qu'elle arrive à son plein développement et produise de bons fruits en abondance.

Alors même que l'éducation se bornerait à former des chrétiens instruits qui seront plus tard à la tête de leurs compatriotes, ce serait déjà pour le prêtre un motif puissant de voir en elle l'exercice le plus religieux du zèle sacerdotal.

Mais quand on songe qu'un grand nombre d'enfants sont conduits au collège par la divine Providence qui les a choisis par une prédilection particulière, pour en faire de futurs ouvriers de la moisson évangélique, on ne peut qu'être saisi d'admiration, et pénétré de reconnaissance à l'égard du divin maître dont on devient le collaborateur intime et spécial.

Saisir les premiers signes sérieux d'une vocation religieuse ou sacerdotale ; employer ses soins à préserver ce germe précieux, le développer, le nourrir, le conduire jusqu'à son plein épanouissement, enfin préparer le prêtre futur dans le jeune homme que l'on instruit et que l'on élève ; y a-t-il quelque chose de plus grand, de plus digne du prêtre ? l'éducateur n'est-il pas alors apôtre dans toute la force de ce

mot ; lui reste-t-il quelque chose à envier à ses frères dans le sacerdoce : et n'est-ce pas plutôt ce ministère, que se partagent les prêtres de nos collèges séminaires, qui est le plus excellent et le plus digne de captiver les plus grandes âmes ?

Œuvre de zèle sacerdotal au premier chef, et de généreuse abnégation, l'éducation ne laisse pas d'offrir aux prêtres qui s'y adonnent, des avantages personnels très considérables, bien qu'ils ne soient pas toujours compris et appréciés.

Disposons d'abord de la question matérielle qui ne saurait être mise ici en ligne de compte.

Le prêtre, en entrant dans les rangs du sacerdoce, a renoncé à toute attache aux biens de ce monde, pour prendre le Seigneur pour unique héritage ; et s'il n'a pas fait le vœu de pauvreté, il doit cependant, même dans le ministère paroissial, pratiquer cette vertu dont Notre-Seigneur a donné un si grand exemple.

L'éducation dans nos collèges est à peu près gratuite ; les élèves ne donnant en somme que ce qu'i. faut, rien de plus, pour la marche régulière des diverses institutions.

Les professeurs sont rémunérés juste assez pour ne pas manquer du nécessaire ; c'est une situation pénible surtout pour les supérieurs ecclésiastiques, qui aimeraient tant à témoigner aux éducateurs prêtres leur estime particulière en leur assurant une position temporelle conforme à leurs mérites.

La chose n'est pas possible ; le sacrifice du reste est généreusement accepté, et les prêtres de nos maisons d'éducation redisent avec saint Paul : Hahentes alimenta et quibus tegamur his contenti sumus (4).

Ajoutons que la roue tourne ; chacun d'eux donne aujourd'hui ce qu'il a reçu lui-même par le passé ; c'est grâce au dévouement d'autrui que nous avons pu faire nos études ; nous reversons sur d'autres la

(4) I Tim., VI, 8.

même charité, selon cette parole de l'Écriture : Gratis accepistis, gratis date (5).

Par là Je personnel enseignant d'une maison fait œuvre doublement méritoire puisqu'il ajoute à l'éducation qui ne saurait être payée à sa juste valeur, l'aumône du salaire qu'il mérite vraiment et dont la remise faite volontiers permet aux collèges de se maintenir et de prospérer.

On y voit se réaliser la belle parole de l'apôtre : lonpendani et super impendar ipse pro animahus vestris (6).

En retour, ces prêtres sont dégagés des préoccupations domestiques ; ils n'ont pas à s'inquiéter du lendemain ; ils mettent en pratique, pour l'avantage du ministère qu'ils remplissent, la recommandation du Sauveur : Nolite ergo solliciti esse dicentes : quid onanducahimus . . . (7).

Admettons encore que l'éducation de la jeunesse

(5) Math., X, 8.

(6) II Cor., XII, 15.

(7) Math., VI, 31.

oflFre par elle-même peu de joies, de consolations sensibles, et disons le mot, généralement peu d'attrait.

Il faut de la patience, du courage et une bonté inaltérable pour travailler ainsi, toute une année durant, sur un petit peuple léger, volage, insaisissable, peu reconnaissant, souvent même ingrat ; c'est un ministère obscur, difficile, désagréable parfois, quand il n'est pas rendu tout à fait pénible ; d'autant plus que les mêmes professeurs ont peu de temps les mêmes élèves sous leurs soins, et que les fruits de leur ministère actuellement imperceptibles ne parviendront que plus tard à leur maturité : alius est qui seminat et alius est qui metit (8).

Le prêtre éducateur est donc ordinairement privé de la satisfaction inhérente sous ce rapport au ministère paroissial proprement dit.

Ceux qui ont porté pendant de longues années le poids du professorat peuvent dire, cependant, que Dieu leur accorde souvent une jouissance véritable

(t^) Je, IV, 37.

qu'ils acceptent comme une récompense temporelle de leurs travaux.

C'est quand leurs élèves, après avoir quitté les bancs du collège pour entrer dans une carrière quelconque se montrent fidèles à l'éducation reçue, et font honneur par leur conduite et leurs succès à leurs maîtres et à leur Aima Mater.

Ceux-ci ne sauraient, sans une certaine fierté de bon aloi, voir se former d'année en année, la couronne de leurs dignes et chers élèves, qui sont toute leur gloire.

D'ailleurs, pour des âmes apostoliques oublieuses d'elles-mêmes et ne s'attachant qu'à l'œuvre qu'elles poursuivent et au bien général dont elle est la source, il y a une jouissance intime d'un ordre très élevé.

La vie de communauté menée par les prêtres dans les collèges est aussi pour eux un sacrifice de tous les jours ; c'est d'elle qu'il a été dit : Maxiina pœnitentia. Surtout pour ceux qui, nullement astreints par les vœux ordinaires de religion, la

pratiquent uniquement par obéissance sacerdotale et pour mieux remplir la grande charge de l'éducation.

Toutefois, pour des hommes animés du même esprit et soutenus par le même désintéressement, il y a du bonheur à vivre ensemble, à mettre en commun leurs talents, leurs travaux, pour faire tout converger vers la même fin qui devient alors l'œuvre de chacun parce qu'elle est l'œuvre de la communauté.

Cette union des esprits et des volontés, pour peu qu'elle soit cimentée par la charité sacerdotale,

donne une force irrésistible à l'action commune, et

assure le succès des efforts de chacun.

C'est vraiment là la triple chaîne que rien ne saurait briser ; c'est aussi la réalisation de ces belles paroles : Ecce quam honum et quarrijucundum hahitare fratres in unum.

Cette communauté de vie et de dévouement amène la communauté des mérites, et c'est pour cela qu'il faut peu s'inquiéter de la charge particu-

l"J4r MESSAGES

lière qui nous est assignée ; il n'en est point de banale ou de médiocre importance.

Sur un vaisseau, quand l'équipage est bien organisé, tous ceux qui le composent contribuent à la sécurité et à la marche régulière du navire ; de même dans un collège, que l'on soit supérieur, directeur, préfet des études, économe, professeur ou maître d'étude et surveillant, peu importe : on remplit une fonction sans laquelle il manquerait un rouage nécessaire au bon fonctionnement de l'ensemble, on occupe donc toujours un poste de confiance.

Les efforts individuels se confondent dans l'action commune qui décuple leur valeur, et aussi leurs mérites ; dans une sphère restreinte, c'est l'application du dogme de la communion des saints : Melius est duos esse sitnul quani unum ; habent enini eniolumentum societatis suce (9).

C'est précisément cette concorde des volontés,

(9) Eccl., V. 9, 12.

cette harmonie des efforts qui donne à nos maisons d'éducation leur stabilité et assure leur succès.

Le personnel d'un collège forme une société spirituelle à mises égales, à fonds commun, et à dividendes égaux, parce qu'il y a chez tous ceux dont il est composé, égale bonne volonté.

Pourquoi n'ajouterions-nous pas que cette communauté de vie parmi les prêtres des collèges ecclésiastiques est pour eux comme un prolongement de la vie menée au grand séminaire ; qu'elle les protège contre les dangers de l'isolement ; qu'elle les confirme dans la grâce de leur vocation en les établissant dans un milieu sacerdotal, au sein d'une atmosphère de piété et de science, dans laquelle se poursuivent et se perfectionnent leurs études, non plus seulement par les livres, mais par la communication journalière et réciproque des connaissances acquises par chacun.

Concluons.

L'éducation de la jeunesse a toujours été considérée par l'Eglise comme une chose de première

importance ; elle n'a jamais cessé d'occuper l'attention et le zèle des pontifes et des prêtres les plus saints et les plus éclairés ; l'objet qu'elle poursuit justifie amplement cette préoccupation, et le prêtre qui s'y livre en retire pour lui-même d'immenses avantages.

O vous ! prêtres jeunes ou anciens qui êtes appelés à vous dévouer dans nos collèges et séminaires, à élever la jeunesse, vous faites une œuvre grande, noble, sublime.

Aujourd'hui surtout, plus que jamais l'Église est en butte aux assauts les plus terribles ; on s'acharne contre elle de toutes parts ; on l'attaque par tous les moyens ; on dirait que dans cette lutte suprême, l'enfer réunit toutes les armes suscitées par lui à

tour de rôle dans le cours des siècles.

Mais c'est surtout la jeunesse qui est le champ de bataille de l'erreur contre la vérité ; du mal contre le bien ; aussi voit-on dans le monde entier, les méchants conspirer pour ravir à l'Eglise les enfants en lui enlevant peu à peu le moyen de les élever.

Prêtres -éducateurs : vous êtes au premier rang des croisés de la Foi et de la Eeligion ; protecteurs de l'enfance et de la jeunesse studieuse, l'Église a les yeux sur vous, elle compte sur votre dévouement ; elle sait que, pas plus que vos devanciers, vous ne faillirez à la tâche.

Acceptez généreusement la charge que vous désigne l'obéissance sacerdotale ; acceptez de même l'emploi spécial que requièrent de vous les besoins de la maison où vous êtes appelés : mettez à remplir vos fonctions tout ce que vous avez de piété, de talent et d'énergie ; évitant toute routine, commençant chaque journée comme si elle dépassait les autres en importance pour vous et vos élèves.

Que la pensée du bien que vous faites à l'Église dans la personne de ses futurs ministres, à la société dans ses futurs citoyens, soutienne et ravive sans cesse votre courage ; et sou venez- vous toujours que l'éducation est une œuvre éminemment sacerdotale et qu'elle demande pour être bien conduite, la mise en acte, tous les jours, du zèle le plus éclairé, du dévouement le plus infatigable.

Prenez pour vous ces belles paroles que saint Auorustin adressait aux chefs de famille de son temps et qui s'appliquent à bien plus forte raison aux prêtres éducateurs.

Pro Christo et pro vita œterna suos omnes admoneat, doceat, hortetur, corripiat, impendat henevolentiam, exerceat disciplinam et in domo sua ecclesiasticum et quodammodo episcopale implehit oficmtn tninistrando Christo ut in œternum sit cuin ipso.

Valieyfield, août 1S98.

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