‹ Messéniennes, et Chants populairesChapitre 1 sur 65 · Messéniennes, et Chants populaires · texte numérisé non relu

Messéniennes, et Chants populaires

Aux beaux jours de notre vaiihuiee Leurs noms immortels sont liés ; fis revivront chers à la France, Kt mes vers seront oubliés.

La jeunesse ira d'âge en âge, Parcourant des champs meurtriers Visiter en pèlerinage Les mânes de nos vieux guerriers.

Alors paraîtront à sa vue Leurs glaives par le temps rongés, lueurs os brisés par la charrue. . .

Alors nous les aurons vengés

On verra la France animée i^'un souvenir triste et pieux , Combattre et vaincre aux mêmes lieux , Pour ensevelir son armée.

DKh \ii:ssi:mi:>M':s

Leur ('t'iidrr vole iiii ^ic (hi veut , Oîiiis ces elîainps, témoins de leur ^Iniif Mais notre eonra^e et 1 histoirr Se ehait^cnt rie lem* inoinnnent.

« J'ai préféré lu forme île l'élégie, que des auteurs iK'»>

« aucieiis ont souvent choisie pour relr;icer les malheurs des nations. a C'est ainsi que Tyrlée, dans ses élégies, avait décrit en partie les « guerres des Lacédémoniens et des Messéniens; Ccdlinus, celles qui M de son temps affligèrent l'Ionie ; Mimnerme , la bataille que les <« Smyrnéens livrèrent à Gygès, roi de Lydie, »

A>ACHARsis. ch. XI.. )

Tout le monde a lu, dans le Voyage dAnacharsi> . les elegie> sur les malheurs de la Messénie ; j'ai cm pouvoir emprunter à Rirlhelemy le titre de Messk>ie>'>es, |X)ur qualifier un genre de poésies nationales qu'on n'a pas encore essayé d'introduire dans notre lilter.ilure.

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L'KSPIUT RT Ll{ CAKACTIJU

JîDîiî,^ H11^^^3^;^^lrIg;^TH}^:^

('/psT une chose dii<ne de remar(|iie, fju'à toiiles les épo- (|ues (le son beau talent, M. C.asimir Delaviij^ne s'est loujoui-s associé, soit à la pensée librement exprimée, soit aux lointaines espérances de l'opinion populaiie, et qu'il n'y a pas une de ses Messéniennes qui ne soit l'écho d'un regret doiuKau passé, en vue du présent On peut suivre dans ses veis le chemin qu'a fait l'opinion dej)uis i8r.^), car le poète est aussi historien : ujais pour faire son histoire, il laisse là les petits honnnes et les petites choses ; il plane sui* la France, il saisit cette pensée publicjue, pensée austère et inflexible, où chacun contribue malgré soi et à son insu.

Dès j 8 I S, il débute dans la carrière par ti'ois iMkssenifwks qui répondaient aux impressions du moment. C^'était après Waterloo; quoique cette défaite ne fût venue qu'à la suite de vingt-cincj ans de victoire, les bons citoyens déploraient (jue la France fut ainsi mise hors de combat , et (|ue le grand mouvement militaire (pii avait remué toute l'Hurope . et

siîH j;i:si>iUT r/r li: cakactkki

j)lanlt' le drapeau tricolore sur loutes les capitales, se leiminât par un échec à nos armes. Le poète alors prit sa lyre, et il clîanla les vaincus; au lieu d'aller offrir un encens banal à la nouvelle cour, il se fit le courtisan des braves de la vieille garde , et il flétrit avec amertume ces misérables (pierelles de parti qui livraient à l'étranger le sol de la France. Dès lors il mérita d'être appelé le poète national, le poète de la patrie. Il venait d'exprimer- avec sa verve et son enthousiasme de jeune homme, des regrets qui étaient au fond de tous les cceuis généieux ; il avait fait un acte de courage en se déclarant contre les vainqueurs, dans un temps ON il v avait plus de bénéfice à les aimer qne de prudence à les haïr.

Quand il vit le Musée dévasté, les barbares mettre le leviei' sous nos statues , et les emporter comme un butin de guerre , il protesta éloquemment contre ce sauvage abus de la victoire. Connue poète , il adressa de touchans adieux à ces merveilles des arts , à ces dieux de la Grèce que la fortune exilait de leur patrie adoplive , à ces Muses qui penchaient devant rennemi leurs têtes abattues, à ce dieu des Neuf Sœurs, qui ne trouvait pas même un trait pour teriasser ces profanateurs. Connue citoyen , il rappela fièrement aux étiangers qu'ils pouvaient bien emporter des statues , mais qu'ils n'emporteiaient pas nos titres de gloire , et qu'il fallait renouveler la face de l'Europe, s'ils voulaient y effacer nos champs de bataille et la trace des pas de nos armées.

Knfin les étrangers quittèrent la France, et notre sol fut libie ; mais déjà les divisions des partis , le choc des ambitions rivales, l'avidité des faux serviteurs, répandaient (pieUpies images sur le berceau de nos libertés renaissantes. On s'était vu à la veille d'un démembrement ; une carte

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(le |):ii'la^r Ji\ail (•!«• diess^^e |)ai' les |>ui>saiKes riivalii.ssanles, v\ , si ce n'cùl ('h' le vieux respeci (priiispiiait la j)liis ♦glorieuse nation du monde , et la < raiiile d uiu' imineiis<' i-éaetioii , les princes auiaient pejil-etre décide anloni dnnc table \(M le' (jue nons sciions traites comice |>avs de coïKjnete. Kli bien ' ('cliappcs au daiii^ei- de celte dernière ('*j)reu\e. à peine étions-nous maiires de notre sol, (pie la discorde s'y établissait à la place des élianijers; alors. < elui (pii axait rendu un courai:;eu\ lioinniai^e aii\ morts de Waterloo, celui (pii avait proteste contre la dévastation de nos musées, fil un louchant appel à Tunion; celui (pii était jeune donna une leçon d'oubli aux vieillards; celui (pii sortait à peine des bancs universitaires , i;ourmanda les j)artis avec une sai^esse prématurtV ; et son dernier adieu aux armées (pii évacuaient noire sol fut un hymne à la concorde, (jui rend les peuples invincibles.

Les Messéniennes suivanles, oii le poêle cbanle la ii[loire et les malheurs de Jeanne d'Arc, furent inspirées, ce nous semble . j)ar le même senlimenl cpii animait les trois premières, c'est-à-dire par le besoin de prc^lestei contre le plus i^rand de nos revers. Mais, celle lois . il v eut inoin> d'amertume dans les regrets du poète ; ([ueUpies années avaient déyd passé sur celte blessure, et lui avaient n[v ce qu'elle avait de vif et de |)oii>nanl. Le spectacle de l'enfantement lent et laborieux de nos libertés . les proi^rès de l'esprit public dans la voie des i>(>uvernemens constitutionnels, nos combats de tribune, une nouvelle éhxjuence politicpie, déi^aii^ée des formes âpres et de l'enflure démagogique des tribuns de ()3 ; un sentiment de curiosité et presque d'égoïsme (pii concentrait l'altenlion de la France sur les débals de ses mandataires : toutes ces choses faisaient croire aux esprits les j)lus sages (pi'il n'x a\ail eu à \N alcrloo

,v sijIî i;r.siM{iT i;r u: cahactkki:

ni vaiiKiueurs, ni vaincus, mais seulement un grand lionnne tombé, et une charte victorieuse. T.e poète comprit parfaitement ce mouvement de l'opinion : aussi n'adiessa-t-il pas à l'étranger des imprécations directes et passionnées ; il lui rappela seulement notre gloire passée, il évoqua un des plus beaux souvenirs de l'histoire de nos pères , il chanta la mystérieuse héroïne qui avait puigé notre sol de la domination anglaise. Ce n'était plus un appel aux armes, mais une allusion pleine de mélancolie au plus énergique mouvement du vieux peuple de Fiance pour sauver l'indépendance du sol , mais un moyen délicat de nous tenir en haleine, et une leçon cachée pour tempérer dans l'esprit des rois de l'Europe l'ivresse d'une piemière bataille gagnée contre la Fratice.

Le temps changea , les esprits se modifièrent ; en France le lendemain ne ressemble jamais à la veille. Le poète se pliait merveilleusement à ces changemens du temps , à cette mobilité de l'opinion. Sitôt qu'un pas était fait vers l'avenir, il en était averti; sitôt qu'une pensée généreuse se faisait jour dans cette France si ardente et si expansive , il la recueillait et la popularisait.

Vous souvenez-vous de l'année 1821? Nous sommes si habitués aux grands évènemens , que cette année-là , qui en fut si pleine, se confond dans notre mémoire avec toutes celles de la restauration. Pourtant ([ue de choses et que de mouvement dans le monde à cette époque ! Naples est étouffée par l'Autriche , après avoir essayé d'un Parlement , et goûté d'une liberté orageuse et passagère. Le Piémont , travaillé par de jeunes enthousiastes et par le voisinage contagieux de la France et de ses institutions libérales, un jour touche à la liberté , et le lendemain héberge les armées autrichieniu^s. L'Autriche, cette police permanente des

r>ï:s Mi:ssi:\fi:>M:s. v

i(l('es constilulioiUH'llcs , poiisst? ses lourds l>Ml;nll()iis jjarloul où elle aperçoit Torribre d'une eliarte. l;Kspat;ne civilisée cherche à tirer du bourbier rKspai^ne ruoîiacale , et montre sa constitution ccrite à (Jes masses (jui ne savent [)as lire ; la France , tout occupée des fortunes diverses de la cliaite de Louis XVÏII, dont on fait tour à tour une lettre moite ou une lettre à double sens, paraît se recueillir sous le ministère faible et froid de M. de Richelieu , connue pour se préparer à traverser les six années de M. de Villèle. f^a polili(|ue de l'Angleterre, ici se cache, là se laisse voii", fait son profit du mal comme du bien ; et pendant que de petits honunes d'Etat , réunis en con<i^rèsà Laybach , décident que la révolution napolitaine n'a été qu'une émeute , celui qui du rocher où il était enchaîné tenait encore le monde en haleine, meurt, faute d'air et d'espace, captif d'un geôlier antçlais !

Au bruit de la révolution de Naples, la conspiration du Piémont avait éclaté; or, entre le premier acte et la catastrophe, il ne se passa qu'un mois. On n'en sut rien en France, car nous avions alors la censure, cette vie artificielle des mauvais gouvernemens. Si j'ai bien consulté les journaux du temps, on leur laissa dire qu'une douzaine d'écoliers de l'université avaient paru au spectacle couverts d'un bonnet rouge, et qu'on avait arrêté plus tard une centaine de têtes folles tentant de la sédition à Alexandrie. Il en coûta quehpies sacs de florins à IMutiiche, et une ombre de guerre. La révolte apaisée, et le niveau passé, tout rentia dans le silence.

Vers le même temps, la Grèce, la belle Grèce d'Homère, secouait les chaînes dont elle était chargée depuis trois siècles. Cette terre , où le vovas:eui' cherchait des débris demonumenset non deshonniies, connnençait à retrouver

VI SIR i;i:si>inT ET Li: caraci khi:

des générations qui n'avaient pas peur de mourir, et prouvai I qu'elle n'était qu'endormie quand on la croyait descendue dans la tombé. Partout des tentatives généreuses, parlout du sang versé pour la sainte cause des libertés humaines , partout d'éclatans efforts pour bâter un meilleui- avenii* , témoignaient bautement que l'beure était arrivée d'une de ces grandes crises , où la Providence renouvelle la face des sociétés, et ouvre à l'bomme des voies nouvelles de perfectionnement, ba France , quoique soucieuse alors pour ses propres libertés . sympathisait ouvertement avec une cause pour laquelle tani de braves gens mouraient ailleurs; et pendant que l'autorité s'efforçait de jeter une teinte de ridicule sur des entreprises avortées, et les regardait comme des soulèvemens de place pubbque , qui , n'ayant pas le succès de notre révolution , avaient le tort de paraître la singer, le peuple applaudissait aux tentatives et adoptait les vaincus. C'est que, malgré nos luttes intérieures, l'opinion populaire, forte de l'appui de ses amis et des fautes mêmes de ses ennemis, sûre que la liberté briserait à la fin les entraves qui gênaient son développement, entretenait au debois un besoin d'expansion et de sympathies.

Cet intérêt généreux du peuple , en faveur des mouvemens insurrectionnels qui éclataient en Grèce et en Italie , ne pouvait pas échapper au poète national , qui avait pris pour muse la Liberté. 11 pleura sur les malheurs de Naples , mais en mêlant les sévères conseils de la politique aux accens émus du poète ; et il ne put se défendre d'un sentiment d'ironie amère, en voyant ce peuple qui avait accueilli la Liberté dans ses murs et s'était soulevé à son appel , s'enivrer trente jours plus tard avec les Autrichiens au pied du laurier de Viigile. 11 pleura aussi sur la Grèce; mais, en la voyant si constante et si résignée, il n'eut pour elle que

i)i:s >ii:ssi:mi .N.M-s. vu

(les ( hanis (rainom ; les rois cux-inêrncs ctilcndiienl sa voix, et jelèreiit un iiionient leur sceptre eiilre la (iicce et les harhaies , afin d'arrêter ces grandes (ffïusions de sani^ humain.

Ce fui à cette époque que le poète partit pour l'Italie; il avait besoin de respirei*. Il vint errer sur les ruines du monde romain ; il visita Fltaiie, rinsoucianle Italie, ou les générations passent du sonmieil à la mort , sous le plus beau ciel du monde, et parmi les débris de la plus grande histoire du passé. Là, il interrogea la Sibylle (pii répondait jadis à Enée; mais il vit (pie les noms de Libeité et de Patrie n'avaient plus dVcho , même chez la Sibylle. Il s'ariéta sur les lagunes de Venise; il vit l'herbe qui désunit les degrés de ses palais , le Kialto désert , le lion de Saint-Marc que nos armées avaient enlevé à Venise dégénérée, et que l'Autriche lui a rendu, mais poui" écraser les pales descendans des époux de l'Adriatique , en face du vieil emblème de leur puissance.

La France était alors occupée à remplir un pieux et doulomeux devoir; elle assistait aux funérailles du eréiiéral Fov. La nouvelle en vint à notre poète, lorsqu'il était à Rome, promenant ses rêveries du Célius au Palatin , et contemplant les flots d'or qu'épanche à son coucher un soleil d'Italie. Alors il détourna ses regards du spectacle de la ville éternelle, et il suivit avec nous le convoi de Thounne libre, (pii était mort à la peine en défendant les franchises populaires ; il chanta, sur les tombeaux des grands honmies de la Rome antique, cet homme pleuré par tout un peuple , et il sentit dans son cœur un noble orgueil , en voyant sa patrie donner au passé et à l'avenir cette grande leçon de reconnaissance nationale ; assis près des débris d'un peuple moit , il cessa un moment de s'attendrir sui* ces jeux de la f(3rtune,

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pour se recueillir dans la pensée de son pays , et pour envoyer à un peuple plein de mouvement et de vie le tribut de vson poète bien -aimé. Ainsi , à trois cents lieues de la France , au milieu des distractions du voyage , dans un monde plein de souvenirs , il n'oubliait pas sa sainte mission ; et il se faisait encore l'interprète du peuple, dans cet bommage funèbre rendu à un liomme qui avait combattu sous le glorieux drapeau de Waterloo , et dont la vie, commencée dans les camps, usée par la guerre, avait achevé de s'éteindre dans les combats de la tribune.

Cette marche simultanée du poète et de l'opinion publique , à travers les événemens qui ont modifié l'état de la France depuis ?8iô, n'est-elle pas un fait éclatant, dans la pièce qui termine ce recueil? La cause du poète n'est-elle pas en 1 83o , comme en 1 8 1 5 , la cause du peuple? Et la victoire des trois grands jours ne devait-elle pas être chantée par le poète des idées libérales ?

Telles sont les destinées de la poésie chez les nations libres et civilisées , et de nos jours le sort du poète est digne de son génie.

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Uompope on Juiile.L 181K

Ls fie sont phis, laisse/ en paix leur cendre :

Par frinjnstes elanieurs ces hraves ontrao.

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