‹ Messéniennes, et Chants populairesChapitre 10 sur 65 · LA MOUT · texte numérisé non relu

LA MOUT

(( Des esprits infernaux suscite la magie.)) Lâches! que lui reprochez-vous?

D'un courage inspiré la brûlante énergie,

L'aniour du nom français, le mépris du danger, Voilà sa magie et ses charmes ; En faut-il d'autres que des armes ,

Pour combattre, pour vaincre et punir l'étranger:

Dn Christ avec ardeur Jeanne baisait l'image ;

Ses longs cheveux épars flottaient au gré des vents :

Au pied de l'échafaud, sans changer de visage ,

Elle s'avançait à pas lents.

Tranquille, elle y monta ; quand , debout sur le faîte, Klle vit ce bûcher qui Fallait dévorer. Les bourreaux en suspens, la flamme déjà prête; Sentant son cœur faillir, elle baissa la tète. Et se prit à pleurer.

Ah ! pleure, (il le infoituiiée!

i)i: ji:anm: d \ \\c. 51

'l'a jeunesse \a se lleirir,

Dans sa Heur trop tôt nioissonnt'e !

yVdieu, beau ciel, il Tant niouiir.

Ainsi ([n'une sonree af'fail)lie, Près du lieu même oii naît son eours, Meurt en prodiguant ses secours Au l)erger qui passe et roul)lie;

Ainsi, dans Tage des amours,

Finit ta chaste destinée.

Et tu péris abandonnée

Par ceux dont tu sauvas les jours.

Tu ne reverras plus tes riantes montagnes, Le temple, le hameau , les champs de ^ aucouleurs, Et ta chaumière et tes compagnes ,

j:,o la mort

Kt ton pc'ie expirant sous le poids des douleurs,

Chevaliers, parmi vous qui coliibattra pour elle? x\'osez-\ous entreprendre une eause si belle? Quoi ! vous restez muets ! aucun ne sort de^ rangs ! Aucun pour la sauver ne descend dans la lice ! Puisqu'un forfait si noir les trouve indiffërens ,

Tonnez , confondez l'injustice ; Cieux , obscurcissez-vous de nuages épais ; Eteignez sous leurs flots les feux du sacrifice ,

Ou guidez au lieu du supplice, A défaut de tonnerre, un chevalier français.

Après quelques instans d'un horrible silence, Tout à coup le feu brille, il s'irrite, il s'élance. . . Le cœur de la guerrière alors s'est ranimé : A travers les vapeurs d'une fumée ardente ,

Jeanne , encor menaçante , Montre aux Anglais son bras à demi consumé.

ni: .n:\\M: d ahc. - .vi

J^oiir([U()i reculer (répoiivaiile Anglais? sou bras est désariiK*.

La flanime l'environne, et sa voix expirante Murmure encore : « 6 France! o mon roi hien-aimé ! )> Que faisait-il ce roi? Plonge dans la mollesse, Tandis que le malheur réclamait son a])pui , L'ingrat, il oubliait, aux pieds d'une maîtresse, La \ierge qui mouiait pour lui !

Ah ! qu'une page si funeste

De ce règne \ ictorieux ,

Pour n'en pas obscurcir le reste, S'efface sous les pleurs qui tombent de nos yeux ! Qu'un monument s'élève aux lieux de ta naissance, O toi , qui des vainqueurs renversas les projets ! La France y portera son deuil et ses regrets ,

Sa tardive reconnaissance ; Elle V viendra gémir sous de jeunes cvprès :

Page 1