LIVRE II
OU LA GHfcCE CIlliÉTIE>.>E
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A M. rOUOUSVlLLE *
ElMessèiie an cei'cncil lillc auiiustr et plaintive, "M lise des £>raii(ls levers et des nobTes douleui-s,
O ivcit , dont lo fond ost vôiHahlo, nppnrlicnt an Voyage de M. I'oikhu'm'IIi». H esl sin)i)l(> et loiiclumt dans sa prose , et le leeteur y tronvera penl-«'hv (jnelipie e!iann>, s'il Ji'a |.as trop perdn dans mes vei-s.
Désertant ton berceau , tu pleuras nos malheurs ; Connue la Grèce alors la France était captive. . . De Messène au cercueil fille auguste et plaintive , Reviens sur ton berceau , reviens verser des pleurs.
Entre le mont Évan et le cap de Ténare ,
La mer baigne les murs de la triste Coron ;
Coron, nom malheureux, nom moderne et barbare,
Et qui de Colonis détrôna le beau nom.
Les Grecs ont tout perdu : la langue de Platon ,
La palme des combats, les arts et leurs merveilles,
Tout, juscpi'aux noms divins qui charnuuent nos oreilles.
Ces murs battus des eaux, h demi renversés Par le choc des boulets que Venise a lancés , C'est Coron. 1 iC croissajit en dépeupla l'enceinte; Le Turc y règne en paix au milieu des tombeaux. Voyez-vous ces turbans errer svu* les créneaux? Du piofane étendard qui chassa la croix sainte,
i\: ji:im: diaciu:. 59
Voyez-vous, sur les tours, llottcr les crins nioiivjuis! Kutcndez-vous, de loin , la voix de l'inlidrle, Oui se mêle au bruit sourd de la mer et des vents?
Il veille, et le mousquet dans ses mains étineelle.
Au bord de l'horizon le soleil suspendu
Regarde eette plage, autrefois florissante,
Comme un amant en deuil , qui , pleurant son amante ,
Cherehe encor dans ses traits Tëelat qu'ils ont perdu ,
Et trouve, après la mort, sa beauté plus touchante.
Que cet astre , à regret , s'arrache à ses amours !
Que la brise du soir est douce et parfumée !
Que des feux d'un beau jour la mer brille enflanunée !
Mais pour un peuple esclave il n'est plus de beaux jouis.
Qu'entends-je? C'est le bruit de deux rames j)arellles, Ensemble s'élevaut , tond)ant d'un même effort , Qui de leur chute égale ont frappé mes oreilles. Assis dans un esquif, l'œil tourné vers le bord ,
(;() r.E JEU.\Ë DIACRE.
Un jeune homme, un chrétien , glisse sur Fonde amère. Il rempHt dans le temple un humble ministère : Ses soins parent l'autel ; debout sur les degrés , Il fait fumer l'encens , répond aux mots sacrés, Kt présente le vin durant le saint mystère.
Les rames de sa main s'échappent à la fois ;
Un luth , qui les remplace, a frémi sous ses doigts.
Il chante... Ainsi chantaient David et les prophètes ;
Ainsi , troublant le cœur des pâles matelots ,
Un cri sinistre et doux retentit sur les flots ,
Quand l'alcyon gémit, au milieu ck\s tempêtes :
(( Beaux lieux , où je n'ose m'asseoir ,
(( Pour vous chanter dans ma nacelle ,
(c Au bruit des vagues, chaque soir,
(c J'accorde ma lyre fidèle ;
« Kt je pleure sur nos revers ,
(( Comme les Hébreux dans les fers.
ij: JKi m: duc m:. (ii
(c Quand Sioii (IcscciHlit du troiu», <( Pleuraient au pied des saules verts, « l^'ès les fleuves de Bahvione.
«Mais dans les fers, Seie^neui^ ils pouvaient l'adoi-ei'; « Du tond)eau de leur pèi e ils parlaient sans alarmes ; (( Souffrant enseinl)le, ensemble ils pouvaient espérer; « Il leur était permis de confondre leurs larmes, (( Et je m'exile pour pleurer.
f( T.e ministre de ta colère « Prive la Aeuve et l'orplielin « Du dernier vêtement de lin c( Qui sert de voile à leur misère.
« De leurs mains il reprend eneoi% « Comme un vol fait à son trésor, (( Un épi glané dans nos plaines ; (c Kt nous ne buvons qu'à piix d'or (c T/eau qui coule de nos fontaines.
(c De l'or ! ils l'ont ravi sur nos autels en deuil ; « Ils ont brisé des morts la pierre sépulcrale , (c Et, de la jeune épouse écartant le linceul , (( Arraché de son doigt la bague nuptiale, (C Qu'elle emporta dans le cercueil.
(( O nature, ta voix si chère
« S'éteint dans l'horreur du danger;
« Sans accourir pour le venger,
(C Le frère voit frapper son frère ;
« Aux tyrans qu'il n'attendait pas,
« Le vieillard livre le repas
(( Qu'il a dressé pour sa famille ;
(( Et la mère , au bruit de leurs pas ,
ce Maudit la beauté de sa fdle.
ce Le lévite est en proie à leur férocité ;
u: jj:lm: diackk. oa
« Ils flétrissent la llcui' de son adolfsccnce ,
« On, si (rnn saint c.onrronx son ('(l'nr s'est K'solté,
(( Chaste \ietiine, il tombe a\ecson innoeence
(( Sons le halon ensanglanté.
« Les rois, ([nand il Tant nons défend re, (( Sont avares de lenrs soldats.
(c Ils se disputent des Etats, « Des peuples, des eités en cendre; « Et tandis que , sous les couteaux , c( Le sang chrétien , à longs ruisseaux , « Inonde la terre oii nous sonnnes:
(( Connue on partage des troupeaux , (c Les rois se partagent des hommes.
(( Un récit (jui s'el'face, ou ((uehpies vains discours.
« A des indif'térens parlent de nos misères,
« Anuisent de nos pleurs Toisiveté des cours :
ce Et nous sommes chrétiens, et nous avons des fVcrcs,
G4 Li: JKUNE DIACRE
(( Et nous expirojis sajis secours !
(c I /oiseau des champs trouve uu asile « Dans le nid qui fut son berceau , « Le ciievreuil sous un arbiisseau , (( Dans un sillon le lièvre agile ; (( Effraye par un léger bruit , « I iC ver qui serpente et s'enfuit, (( Sous l'herbe ou la feuille (pii tombe « Echappe au pied qui le poursuit...
« Notre asile à nous, c'est la tojnbe !
« Heuieux cpii meurt chrétien! (ji-and Dieu! leur cruauté (( Veut convertir les ccru rs par le glaive et les Hammes, « Hans le teiiq)le ou tes saints prêchaient la véiité , « Ou de leur bouche d'or descendaient dans nos âmes ce Ti'espérance et la charité.
\a: jKi.Nr: diackk
(( Sur re l'iva^e, oii ries i(lf)Ies
« S'éleva l'aulel réprouvé,
« Ton culte pur s'est élevé
« Des semences de leurs paroles.
« Mais cet arbre, enfant des déserts,
« Oui doit onil)ra"ei' l'univers,
c( Fleurit pour nous sur des ruines,
(c Ne produit que des fruits amers ,
(( Kt meurt tranché dans ses raciues.
« O Dieu ! la Grèce, libre en ses jours glorieux , « N'adorait pasencor ta parole éternelle; c( Chrétienne , elle est aux fers, elle invorpie les cieux • « Dieu vivant, seul vrai Dieu, feras-tu moins pour elle « Que Jupiter et ses faux dieux?
Il chantait, il pleurait, quand d'une tour voisiue
Un musulman se lève, il court , il est armé.
Le turban du soldat sur son mousquet s'incline,
L'étincelle jaillit, le salpêtre a fumé ,
L'air siffle, un cri s'entend... l'hymne pieux expire.
Ce cri , qui l'a poussé.^ vient-il de ton esquif!
Est-ce toi qui gémis , lévite ? est-ce ta lyre
Qui roule de tes mains avec ce bruit plaintif?
Mais de la nuit déjà tombait le voile sombre ;
La barque, se perdant sous un épais brouillard ,
Et sans rame , et sans guide , errait comme au hasard ;
Elle resta muette et disparut dans l'ombre.
La nuit fut orageuse. Aux premiers feux du jour, Du golfe avec terreur mesurant l'étendue , Un vieillard attendait, seul , au pied de la tour. Sous des flocons d'écume un luth frappe sa vue, Un luth qu'un plomb mortel semble avoir traversé, Qui n'a plus qu'une corde à demi détendue, Humide et rouge encor d'un sang presque effacé. Il court vers ce débris , il se baisse, il le touche. . . 13' un frisson douloureux soudain son corps frémit ;
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Sur les tours de (^oroii il jette un (ril r;ir()iic lie , Veut erier.. . I;i inenaee expire dans sa hniidic ; Il treinhie à leui* aspeel , se détourne et i^éniil .
Mais du poids (|ui r()|)presse enlin son eceur se lasse ;
Il luit les yeu\ eruels qui gênent ses douleurs,
Et regardant les eieux , seuls témoins de ses pleurs.
Le long des flots bruyans il nuirnuire à ^ oix basse :
(( Je t'attendais hier, je t'attendis longtemps ;
(( Tu ne reviendras plus, et e'est toi cpii m'attends : >