‹ Messéniennes, et Chants populairesChapitre 41 sur 65 · ADIEL\ A ROME · texte numérisé non relu

ADIEL\ A ROME

Je sentis les accords s alïaiblir sou» mes doigts , Pareils au bruit plaintif^ aux notes expirantes , Oui se perdent dans Tair, quand du Jluerere Les sons au Vatican s cctrignent par dezré. Jaloux pour mon pavs, je cherchais en silen^.e Quels noms il opposait a ces noms immortels ; Il m apparaît alors, celui dont 1VI< H[iirii<:e Des demi-dieux romains releva les autr ^ Le Sophocle français, Torgueil de sa [>, :. . . , L'égal de ses héros, celui qui crayoi L'ame du grand Pompée et l'^esprit de Ciniiay Ému d'un saint respect, je l'admire et m'ét:rie :

<( Chantre de ces guerriers t'ameux .

(c Grand homme, ô Corneille, ù mon maître,

(c Ta n'as pas habité comme eux

a Cette PiOme, où. tu devais naître :

«t Mais les dieux t avaient ' -rceau

«c Révélé sa grandeur passée .

ADIKLX A IIOML. ÎOJ

a Rt, sans flécliir sous ton fardeau , « Tu la portais dans ta pensée!

« Ah ' tii dois errer sur ces hords

« Où le Tibre te rend l)omnia£re !

« Viens converser avec les morts

f{ Dont ta main retraça Timai^e.

ce Viens , et , ranimés pour te voir,

(( Ils vont se lever sur tes traces ;

« Viens, grand Corneille, viens t'asseoir

(i Au pied du tombeau des Iloraces !

(c De quel noble frémissement c( L'orgueil doit agiter ton ame, :< Lorsque sur ce froid monument (c De tes vers tu répands la llannne ! « Il tremble, et dans son sein profond

20i ADTEtIX A ROMi:.

« J'entends murmurer sous la terre (( Deux fils morts, dont la voix répond (( Au r/^/7/ mourut de leur vieux père.

« Beau comme ces marbres vlvans (( Dont l'art enfanta les merveilles , ce Ton front vaste abandojine aux vents (c Ses cheveux blanchis par les veilles ; f( Et quand les fils de Romulus a Autour de toi couvrent ces plaines , (( Je crois voir un Romain de plus « Evoquant les ombres romaines.

(c Je pars , mais ces morts me suivront : (c Ta muse a soufflé sur leur cendre.

« En renaissant ils grandiront a Dans tes vers qui vont me les rendre ;

ADÎKUX A UOMi:.

f( Kt l'aliain, (jui vaiiu[iieui" du temps « Jusqu'aux cieux porta leurs iniaj^es, « TiCs plaça sur des nionuinens (( Moius suhlimes (pie tes ouvrafi^es! »

J)p-..eria <^e]

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PROMENADE AU El DO

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I RRKTE, gondolier; que ta l)ai(|iie un moment

Cesse de fendre les lagunes:

•208 Pl{03Ii:iNADE

L'essor qu'elle a reçu va mourir lentement Sur les sables noirs de ces dunes.

Gondolier, je reviens : je viens dans nn moment Prêter l'oreille aux infortunes De Clorinde et de son amant.

Souvent un étranger, qui parcourait ces ri\es,

Prit plaisir aux accords de vos stances plaintives.

Je veux voir si ces lieux déserts

Ont gardé de lui quelque trace ;

Car il aima , souffrit , chanta comme le Tasse ,

Dont tu viens de chanter les vers. . .

J^ido , triste rivage ! ô mer plus triste encore, Qui frémissais d'amour, quand tes flots empressés S'entr'ouvraient pour l'anneau tombant du Bucentaure Des fêtes de Saint-Marc les l)eaux jours sont passés!

M l.iix) nr.)

Rialto n'entend plus le elinnt des harearoles ; Adieu la soie et Tor mollement enlaeés , Oui tond)aient en festons sur le fer des f»on(loles : Des fêtes de Saint-Mare les ])eaux jours sont passés !

Kn vain du marronnier les fleurs et le feuillage Parent de la Brenta les palais délaissés, La gloire et les amours n'y clierelient plus l'ombrage Des fêtes de Saint-Mare les beaux jours sont passés !

Que de fois dans sa rêverie , Sur (^e bord dont l'éeho ré()éte eneor son nom ,

Alors qu'il errait sans patrie, Ces souvenirs de deuil ont poursuivi lUiou !

•210 PllOMEiNADE

Souvenirs où son cœur, abreuvé d'amertume, Trouvait clans ses ennuis de douloureux appas, Tandis cpie le coursier, qu'il blanchissait d'écume, Faisait jaillir le sable où s'imprimaient ses pas.

O ciel ! la voilà donc , cette beauté si fîère Qu'adoraient, en tremblant, les peuples asservis, l.e jour tju'un empereur, dans ses sacrés parvis , Sous les pieds d'un pontife a baisé la poussière ! Des siècles , pour grandir ; pour mourir , des instans ! Tels furent ses destins : sa longue décadence D'une lutte sans fin n'a point lassé le temps : Un peuple a tout perdu s'il perd l'indépendance.

C'est en valu (pie Venise a revu ces coursiers Attelés si longtemps an char de notre gloire. Qui s'est enfin rompu sous le poids des lauriers

Al IJDO. !>II

Usé par treille ans de \ ictoiic.

fiC lion dans les (ers en vain menace encor ; Il ne seconra pins sa crinière sanglante , Et ses ailes (Tairaiii ne prendront plus l'essor Pour suspendre au retour, sous la coupole d'or,

I iCS drapeaux conquis à Ijépante.

Non , Venise n'est plus : ses tranrpiilles tyrans Marchent , la tête haute, entre les deux gëans Qui virent de ses chefs le courroux tutélaire Frapper les cheveux blancs qu'elle avait révérés , Quand la hache des lois , de degrés en degrés , Fit bondir d'un tyran la tête octogénaire.

Oïl sont donc ses héros? où sont-ils?... Sous ta main ,

Qui touche leurs froides reli(pies.

Oïl sont-ils.^ Cherche-les, au seuil de ces portitpies,

•21-2 promi:naj)i:

Dans rimnH)l)ilJté d'mi siniiilacre valu ,

Dans ces marbres del)out sur des tombeaux gotlii([nes

Ses liéros aujourd'hui sont de marbre et d'airain.

Que dis-je ? de leurs yeux l'ëclair eneor s'élance : fis respirent encor sur ces murs où Palma , Où du fier Tintoret la main les anima. Le pinceau du Bassan fait parler leur silence. Vous vivez , Lorédan , Bembo , Contarini , Vous vivez sur la toile, où le croissant puni Livre ses crins captifs à vos pieux courages. Vous ne pouvez mourir. . . les morts sont vos enfans, l^es morts sont les guerriers qui peuplent ces rivages, Et passent devant vos images Sans s'affranchir de leurs tyrans.

Père de tous les biens, l'amour de la patrie Fonde seul la grandeur d'un peuple à son berceau ; Il fit régner Venise , et Venise flétrie

AU fJDO 1)1 :>

\ jC jour qu'il o\|)ii;i dut le siii\ rc ;iii toiiilx'.'Hi. Sa grandeur s'rcoulii comiiK* le (lot (|iii roule , Sans laisser à mes j)ic(ls de traee sui' ce hoi'd. Ils dorment, ses \(*ng(Miis, eonniie le Ilot (|iii dort Dans ses eanaiix déserts oii le marbre s'écroule. ..

lies Grecs aussi dormaient ; ils se sont réveillés ! Ils ont levé leurs l)ras si longtemps immol)iles.

Leurs glaives, si longtemps rouilles, Hrillent du même éclat qu'au jour des Thermopyles. Fiers, quand ils ont péri , d'un trépas glorieux , ]ies Grecs , le front levé, regardent leurs aïeux ; Et tout couverts d'un sang qui lave tant d'injures , Quand ils montrent du doigt leurs corps j)ercés de coups , Fiéonidas recule en comptant leurs blessures,

Rt Thémistocle en est jaloux.

fja répul)lii[ue est opprimée ; Rt vous aussi , réveillez-vous ,

21 I PROMi:NADr.

Guerriers, dont la main désarmée

Tiaimiiit sans force et sans eonrronx !

Fils de saint Mare , rëveillez-vous ;

Qn'nn peuple devienne une armée.

Saint Mare ! gloire et saint Mare ! . . . A ce cri répété Le lion a rugi , du beffroi qni résonne

Ij'airain pieux s'est agité :

Courez , obéissez au signal qu'il vous donne ;

Frappez , il vous appelle , il sonne

Les vêpres de la liberté !

« Des armes ! )) dites- vous ?. . . Vos tyrans ont des armes Osez les leur ravir. Forcez vos arsenaux , Reprenez ces poignards , ces glaives, ces drapeaux , Que Zara , que Bysance arrosa de ses larmes.

Reprenez-les pour conquérir Ces lois, de tout grand peuple uniques souveraines !

Reprenez-les pour secourir

Et pour imiter les Hellènes !

Reprenez-les pour vaincre. . . ; et fût-ce pour mourir.

Ils seront moins lourds que vos chaînes.

Al lIDO '>I5

Vaiii(|neuis, sauvez les Gre(;s!... Vous inîMU|ue/(le vaisseaux!...

Venise traîne encor son lineeul en lambeaux :

Connue une voile innnense, eh bien! qu'il se déploie

Au faîte (le ses tours ([ui nagent sur les eaux ,

A ses ilèebes de marbre , aux pointes des eréneaux

Oii volent ees oiseaux de proie !

Venise avee ses tours et ses palais mouvans ,

Ses temples cpie la mer balance, Va flotter, va voguer, conduite par les vents, Aux bords où pour les Grées le passé recommence. Partez ! et puisse-t-elle, aux flots s'abandonnant , Refleurir prés d'Athéne à sa splendeur rendue,

Kt recouvrer en la donnant

Tia liberté ([u'elle a [)ei'(lue!

Tais-toi , muse, tais-toi ! le sommeil de la mort Pèse encor sur ce peuple et ferme son oreille. En voulant réveiller cet esclave (|ui dort ,

Crains pour toi Toppresseur cjui veille.

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