GUILLAUME, LE BERGER
GUILLAUME
Eh quoi! berger, tu ne restes pas avec nous quelques jours encore?
LE BERGER
Non, je serai parti ce soir... Voici le beau temps revenu, et je devrais être déjà, avec mes bêtes, dans la montagne*
GUILLAUME, radieux, montrant le ciel et les blés.
Vois donc, vois donc, quel printemps triomphal! Dans le ciel tendre, le soleil est comme une caresse de flamme, et la terre a frémi, réveillée du long sommeil de l’hiver, toute gonflée de germes... La vie a éclaté de partout, l’air s’est empli d’haleines vivantes, le blé pousse tel qu’un peuple innombrable, roulant à l’infini la houle de ses tiges vertes.
LE BERGER
C’est comme un prodige, jamais cette terre n’avait promis une moisson pareille.
GUILLAUME
Ah ! oui, le travail a vaincu, mon dur travail qui s’obstinait à féconder le sol ingrat... Mais l’eau a fait le prodige. Depuis que le torrent s’est abîmé en terre, l’eau cachée ruisselle sous les champs de ce vallon; elle trempe, elle baigne les germes, et de là naît cette fécondité formidable... L’eau, en emportant l’or maudit, nous a donné le blé, le blé auguste, le blé nourrisseur des hommes !
LE BERGER
i t . . / ■ PS H
Et c’est ce malin, n’est-ce pas? que l’on doit bénir les blés... La procession viendra jusqu’ici.
GUILLAUME
Oui, jusqu’ici, tout à l’heure.
LE BERGER
Je vais rassembler les troupeaux, puis je partirai... Au coucher du soleil, je serai là-haut, très loin, très haut. (Il s’en va.)