‹ Messieurs les assassinsChapitre 7 sur 10 · LES MOYENS · texte numérisé non relu

LES MOYENS

Un seul, — réducation.

c L'instruction gratuite et obligatoire, non pas seulement l'instruction qui apprend à lire,

modifications dans le mode d'exécution des condamnés? Les moyens mécaniques employés aujourd'hui sont déjà moins barbares et moins répugnants que le bras pkis on .moins incertain d'un homme en usage «autrefois.

Trouvez quelque chose qui remplace et supprime le bourreau.

Bentham conseille de le rendre invisible au moyen d'un masque et d'un long cr^e.

Ne suffirait-il pas que le peuple \it le condamné entrer dans une sorte de chapelle, où des témoins désignés par la loi assisteraient seuls à Texccution, qu'un coim» de •canon et un glas funèbre annonceraient au dehors?

L'efliision du sang est -elle nécessaire? Craint-on, contre toute vraisemblance, que les souffrances des guillotinés ne se prolongent, ainsi que l'ont prétendu quelques anatomistes, «ntre autres le père d'Eugène Sue?

îfe pourrait-on pas donner le choix aux condamnés «fltre le couperet et quelques gouttes d'acide hydrocyanique qui rendormiraient subitement dans la mort ? Car la société ne se venge pas; elle se résigne à s^amputer un membre gangrené, et elle s'y résigne avec tristesse et pour sauver le corps.

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à écrire et à eompier, mais Finstruotioii qui

élève et moralise les Âmes en leur apprenant à

aimer Dieu et le prochain, te droit et la liberté,

en leur apprenant surtout à placer tes joies et

les satisfactions de la eonscience au-dessus des

biens matériels. »

Permettez-moi de vous dire d'abord, mon cher Jourdan, que vous confondez l'instruction et l'éducation. L'instruction ne doit être, ne peut être gratuite et obligatoire qu'en la renfermant dans la lecture, récriture, l'arithmétique et un peu de dessin linéaire. Vous pouvez exiger d'un père qu'il fasse donner à ses enfants cette instruction, sans laquelle on est relativement in- Itrme, sans laquelle on appartient à une ctasse, je dirai plus, à une espèce inférieure, — comme vous exigez qu'il les nourrisse.

Le reste, « l'éducation », sera toujours facultatif; cependant, multipliez Yéan de ces fontaines de science et de morale, prenez ('eau de ces fontaines aux sources les plus pures;

amenez la vie matérielle à être facile assez pour que quelques loisirs permettent aux classes pauvres de se désaltérer à ces fontaines publiques.

Hâtez- vous ! allez à l'ignorance comme on va à un incendie; vous aurez rendu de grands services à la société ; vous aurez détourné un grand nombre de crimes.

Hais, si vous pensez que ce sera suffisant^ si vous pensez que les crimes qui, aujourd'hui»

mènent quelques fois à l'échafaud^ seront supprimés, que vous fait alors Téchafaud î Et vous voilà fatalement arrivé à prononcer, comme moi et avec moi, la seconde moitié de ma pauvre * petite phrase.

Car ce sera long, ce que vous avez la bonne intention de faire, attendu que ce n'est pas commencé, et qu'en ce moment la société marche précisément en sens contraire; vous ne prétendez certainement pas laisser jusque-là, c'està-dire pendant plusieurs générations, la carrière libre à l'assassinat.

Donc, vous voulez d'abord supprimer par réducation les crimes qui mènent quelques-uns à l'échafaud, pour pouvoir supprimer l'échafaud, qui alors n'aurait pas besoin d'être supprimé.

Nous sommes d'accord ^ il n'y aura plus d'assassins; donc, plus d'échafaud ! donc, disons ensemble, car c'est notre avis commun :

« Supprimons la peine de mort, mais que les assassins commencent. »

Ce n*est pas si faux que vous le disiez, et la preuve, c'est que vous le pensez comme moi.

Mais ce n'est pas tout, hélas ! Tous les crimes hideux, horribles, dont quelques-uns seulement de temps à autre mènent à l'échafaud, ne peuvent être attribués à l'ignorance.

Je vais vous citer à ce sujet, pêle-mêle, au hasard de ma mémoire, quelques-uns des assassinots qui de notre temps ont effrayé la société.

Le docteur Castaing, — Lacenaire, — les Bof^armé, — madame Lafarge, — les dames de Chamblas, — le frère Léotade, — le duc de

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Praslifi^ — Fiescii,, — Mûney, — Pépin^ — le prètpe MoïUûr, — ici curé LacoUongd, — le parridde Benok, — le notaire Peytel, — Hélène Jegado, qui a empoîsoDûé qaarante^eux personnes en dix ans ; — Doineau, — Mercey, — le prêtre Verger, — madame Lemoigne, — et enfin, ces jours-ei, P**% fonctionnaire public, — et le docteur La Ponameraie.

Tous ceux-là n'ont pas commis leurs crimes par défatit d'instraction ou d'éducaUon«

J'irai plus loin : j'ai demandé comme vous, et il y a longtemps, que Tinstruction fut donnée aux enfants par leurs parents aussi obligaioiremeiït que le pain .

J'ai demandé comme vous qu'elle îài gratuite, 'î'est-^-dire plus fadle que le paio.

Mais je l'ai demandé et je k demande plus encore au point de vue de l'égaiité qu'avec l'espoir de là moralisation, du moins pour le plus grand nombre, tout en reconnaissant que 1 égalité, supprimant beaucoup des causes de la

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misère, de Tenvie et de 1» haine, doit supprimer aussi beaucoup de cacnes de crimes.

P***^ était fonctionnaire public dans son pays, en Corse, lorsqu'il fut pour la première fois tradiiit devant la cour d'assises. Il était accusé de tentative de meurtre avec préméditation sur la personne du mari de sa sœur.

Il expliqua aux iarés que, sortant par hasard de sa maison, a quatre heures du matin, au mois de décembre, au moment où^ par hasard, son beau-frère quittait la maison commune, ce que lui, P***, avait tout fait pour empêcher, il aurait pris par hasard un fusil comme il aurait pris une canne ou un parapluie; par un hasard malheureax, ce fusil se trouva être chargé, et un autre liasard également fâcheux fit partir ce fusil. A ce moment, par hasard, le beau-frére de P*** passait à quelques pas, et le coup, par hasard, l'atteignit en pleine poitrine. Le blessé est resté paralysé d'un côté. Le jury plaignit P*" de cette succession, de cette réunion de hasards cm

auraient pu le compromettre, d'autant plus que des témoins avaient entendu P'*^ dire ce mot :

c Attrape ! »

Les jurés Tacquittérent.

Qu'eussent-ils pensé alors si quelqu'un s'était levéet leur avait dit :

— Vous venez d'acquitter P*** ! Eh bien , à Nice, dans une honnête famille, il est en ce moment un jeune homme appelé Ardouin, doux, laborieux, honnête, l'amour et l'espérance de son vieux père et de ses jeunes sœurs. En acquittant P***, par le ménie verdict vous condamnez Ardouina mort. Par le même verdict^ vous condamnez son vieux père à devenir fou de douleur.

En effet, P***, acquitté, dut cependant quitter ses fonctions, après avoir passé quelques mois en prison pour avoir frappé à coups de bâton un vieillard sans armes. Mais il ne tarda pas à accepter au Villars, à quelque distance de Nice, une place plus avantageuse que celle qu'il avait perdue.

Arrivé au Villarâ,le site lui déplut, il alla voir le receveur particulier des finances, et le menaça de donner sa démission. Le receveur obtint, à force d'instances, que cette démission ne serait que conditionnelle, et promit de ne rien négliger pour lui faire offrir une situation plus selon ses goûts, ce qui eut lieu peu de temps après.

En attendant, et tout en exprimant des doutes timides sur sa capacité, on lui donna un adjoint : c'était un jeune homme généralement aimé et estimé, esclave du devoir et d'une excessive douceur de caractère. P*** ne voulait lui donner que cinquante francs par mois; on le contraignit à en donner cent cinquante.

A ce premier grief, il s'en joignit un second. Un jour, le receveur particulier écrivit à P**' pour lui faire Téloge de son adjoint, auquel il rengageait à donner plus de latitude.

Ce même jour, le jeune homme fut trouvé

percé de huit coups de poignard : deux blessures

avaient traversé le cœur; le poignard, au

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deroSer ooup, s*étwt brisé dno&les veitèbres.

V*^* donna alors une secxmâe édilkai de la plaidoierie qai lui avait sièien véii£sL U alla se dénoncer /ui-méme, comme il avedt fait à Ajaoeio ; puis raconta qve, dfimandaat une clef à Ardooin,oelui-ci avait répondu qu'il la lui donnerait un peu plus tard. Alors, naturellement sans le faire exprès, P*^ avait saisi un poignard, et Ardouin, furieux, avait eu la méchanceté de donner huit coups de son corps contre ce poignard, pour comprometlre P***.

Cette fois encore, le procédé réussit, mais cependant n'obtint «qu'un demi-succès. Le jury niçois déclara P*** eoupable d'assassinat, de meurtre avec préméditation :sur la personne d'Ardouin, mais il admit en sa faveur des circonstances atténoantes.

Ces circonstances n'étaient pas dans le repentir de l'assaBsin, qui n*«xprima pas un seul regret ; ni dans rin&truction, va éms le oMir dtd "débats.

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Elles n'éiaieot pas daos ses mtéoédeote» qui n'oCfpent que des actes nombreux de violeiaee et de férocité.

On ne peut les expliquer que par la résolutioa de ne pas condpniner à mort.

On comprend Timpression des jurés. Ils voieat devant eux un homme plein de vie. S'ils prononcent une syllabe au lieu d'une autre, cet homme sera lue. Us ont lu des phrases contre la peine de mort; cette image présente efface celle plus éloignée de la victime que cet homme a tuée, lui, de sa propre main. Us admettent les circonstances atténuantes.

Segniûs irritant animos demissa per aura Quàm quœ sunt oculis subjecta fidelibus,..

Voilà P*** aux travaux forcés à perpétuité.

Qu* est-ce que cette' perpétuité î

ContrafattOj Lacollonge et d'autres condamnes à perpétuité sont-ils morts au bagne?

Tîe renconlre-t-on pas, se promenant à Nice xnê&ie, uo autre coodamiié à perpétuité !

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Contre la perpétuité, il y a des chances d'évasion pour les plus hardis, les plus dangereux def; condamnés; il y a la protection et la faveur pour d'autres.

Que P*** — qui, selon M. le président des <essises et M. Tavocat général, a été sans cesse Vobjet dune protection et dune faveur scandaleuses^ — s'échappe ou soit gracié, croyez- vous qu'il y ait sécurité pour les témoins qui ont déposé contre lui?

Croyez-vous qu'à l'annonce de cette grâce ou de cette évasion, moi qui écris ces lignes, je ne me mettrais pas en mesure de lui casser la tête, le cas échéant?

Le verdict d'Ajaccio — qui a épargné P*** '

t J*ai cru devoir, dans ce volume, remplacer par (bs aslérisqaes un nom que j'avais écrit en entier dans le journal; le journal de chaque jour, effacé par celui du lendemain, disparaît avec la circonstance; le livre a la prétention de lui survivre plus ou moins.

Le nom d'un criminel appartient à toute une famille dont on doit se garder d'aggraver le malheur.

Je dirai cependant que la solidarité de la famille, porté»

— a tué Ardouin. Désirons que le verdict de Nice ne fasse pas tomber sur un innocent de plus la mort qu'il a détournée de l'assassin .

Vous voulez supprimer la peine de mort, dites- vous?

Elle n'existe déjà qu'exceptionnellement pour quelques-uns des assassins et des parricides. Mais elle subsiste, elle subsistera pour ceux qui laisseront voir une chaîne de montre, pour ceux qui passeront pour avoir de vieux louis enfouis chez eux, pour la pauvre fille qui refusera d'épouser un mauvais sujet auquel elle aura inspiré une fantaisie, pour ceux qui se trouveront, involontairement peut-être, un obstacle

à l'excès autrefois, est descendue trop bas aujourd'hui.

Elle semble, de ce tomps>ci, ne plus exister que dans les cas où la famille croit pouvoir revendiquer sa part de la gloire de quelqu'un des siens. — 11 n'est pas peut-être tout à fait juste, cependant, de conserver les bénéfices en renonçant aux charges.

La famille solidaire avait des droits respeclables et un intérêt puissant pour surveiller chacun de ses membres, dont les fautes et les crimes pouvaient porter atteinte à un honneur alors commun à tous.

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à favidicé^ à la vaniié^ à rambition d6<;epuifie9 natures implacables et féroces, encouragées par les chances d'impunité q«e dooae aux assassins le parti ptis d'un grand nombre de jurés.

La peine ne mort n'existera plus ihiub les

CRIMINELS, elle SERA RéSERV^E EXCLUSIVEMENT AUX INNOCENTS.

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