SCÈNE V
DU GUESCLIN, »eul.
puissance du ciel ! Christ sauveur I Vierge sainte ! Dans le doute poignant dont mon âme est atteinte, Aidez-moi, guidez-moi, célestes conseillers.
Quel avenir se montre à mes yeux effrayés ! Si Caours a raison, c'en est fait de la France. Il ne s'agit plus là de sa prépondérance.
Du rôle merveilleux qui me semblait le sien... Moi qui m'imaginais qu'elle était le lien,
ç)3 MESSIRE DU GUESGLIN.
Que, sublime faisceau de la force commune,
Elle rassemblerait dix nations en une :
Gascons, Normands, Picards, hélas! moi qui poussais
Mes Bretons bre tonnants à devenir Français 1
Et je me vois devant un peuple à l'agonie.
Qui, faussant ses destins, soi-même se renie.
Se mutile à plaisir et court cperdument
Au-devant de la honte et du démembrement.
L'Ame française est-elle à ce point-là flétrie?
Je comprends qu'on délaisse un Roi... mais la Patrie I
Ce domaine humble ou grand par nos aïeux formé.
Qu'ils ont conquis, qu'ils ont gardé, qu'ils ont aimé;
Cette terre sacrée entre toutes les terres,
Faite du sang des fils et des larmes des mères.
Ne plus même penser à la reconquérir!
Bien pis, la partager! bien pis encor, l'oiTrir!
Enfin en arriver k prévoir — quel symptôme ! —
Un Marcel ramassant les débris du royaume!
Oh! non, non! ce n'est pas possible, ce n'est pas!
Vous qui menez d'en haut les choses d'ici-bas,
Vous défendrez. Dieu bon, vous secourrez. Dieu juste,
La France de Clovis et de Philippe- Auguste ;