‹ Messire du Guesclin;Chapitre 71 sur 102 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DU GUESCLIN, ORRIS

ou GUESCLIN.

Qu'est-ce, toi?

ORRIS.

C'est k lettre promise.

Que moyennant argent votre Anglais m'a remise.

DU GUESCLIN, en aparté après avoir lu.

L'espion a dit vrai ; la lettre est de Gaours. Des intrigues partout, des intrigues toujours,

Mémo avec l'olrangcr, même avec T Angleterre ;

Et c'est lui qu a Mauny Julienne préfère.

Lui qu'elle m'accusait hier de juger mal,

Dont elle me vantait le dévoùment loyal.

Me suppliant, la folle et malheureuse fille.

De laisser ce bendit entrer dans ma famille !

Et lui-même aussi, lui! n'a pas craint d'y songer.

Ce danger-là n'est plus ; reste l'autre danger. —

Je sais bien que son crime est encore à oommettrc,

Que, quand ce misérable écrivait cette lettre.

Nos soldats s'ameutaient, torturés par la faim,

Et qu'au fond... — Vain détour et subterfuge vain;

Non, non, ce que je sais et me cache à moi-même,

(]'est que, voyant venir la bataille suprême.

L'éclat de sa bravoure aveugle mes esprits,

Et que malgré sa honte et malgré mon mépris,

J'hésite, lui forgeant une excuse illusoire,

A briser dans mes mains cet instrument de gloire.

Si cher qu'il me puisse être, il faut frapper; frappons!

D'ailleurs je n'ai que trop prodigué les pardons.

Il n'a que trop cherché lui-même son naufrage.

Ah I fascination étrange du courage !

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