D’UN ARC DU PARALLÈLE MOYEN
O.i connaît Ici nombreuses opérations qui ont été exécutées dans le sons des méridiennes. Les conséquences qu'elles ont fournies sur la grandeur et la figure de la terre avaient fait sentir la nécessité d’avoir aussi la mesure de plusieurs parallèles. De grands travaux ont été entrepris dans celte vue, et s’exécutent présentement dans diverses contrées de l’Europe. Nous allons rendre eômpte de ceux qui ont pour objet la mesure d’un arc du parallèle moyen qui s’étend déjà depuis les côtes de l'Océan, en France , jusqu’à celles de la mer Adriatique, en Istrie.
En 180$ le gouvernement français lit entreprendre la triangulation de la Suisse, de la Savoie et de la haute Italie pour servir à la rédaction des caries topographiques militaires de ces pays, qu’il s’agissait alors de coordonner à la carte de la France par Cassioi. L’opération projetée en Savoie et en Italie devait s’étendre à la France, et se rattacher à la méridienne de Dunkerque. On reconnut plus lard que cette entreprise, commencée dans des vues militaires, pouvait, si on la prolongeait à l'ouest jusqu'à l’Océau, être appliquée uon-seulement à la confection d’une nouvelle carte de la France, qui aurait sur l’ancienne les avantages résu Mans du progrès des sciences, de la supériorité des iust rumens d’observation, mais fournir en même temps d’importantes et nouvelles connaissances sur la ligure de la terre.
Un autre motif d’utilité vint se rattacher, en 1810, à l’exécution géodésique de cette opération : M. de Laplace proposa de la faire servir encore à déterminer la position du mont Blanc, comme point le plus invariable de l’Europe, et le plus propre à servir de départ aux longitudes géographiques.
D’après ces considérations, le ministre de la guerre ordonna, en 1811 , la formation d’un réseau trigonomélrique dirigé dans le sens du 45* parallèle, ayant son origine occidentale sur les bords de l’Océan, prés de Bordeaux, et son extrémité orientale à Fi unie, en Istrie.
Les travaux ordonnés en 1805 et 1811 furent confiés aux officiers du corps militaire des ingénieurs géographes. M. le colonel Brossier, qui dirigeait les opérations géodésiques au-delà des Alpes, eut l’ordre, d’une part, de s’entendre avec M. le colonel Broosseaud, chargé des mesures qui devaient traverser la France et la Savoie pour se lier à celles d’Italie;
4 MESCBE d’CS ABC BV PABALIÈLE MOYEU
de l’autre, M. le colonel Henry, qui exécutait la triangulation de la Suisse, dut rattacher cette opération an travail de M. Brousscaud par Genève et les sommets des Alpes.
Ces différentes entreprises furent d’abord poussées avec activité. En Italie on avait obtenu une série de triangles qui, appuyés sur la base mesurée aux bonis du Tessin par les astronomes de Milan , s'étendaient de Fiume jusqu'à Rivoli. En France le colonel Brousseaud, parti de la méridienne de Dunkerque, avait conduit ses travaux jusqu’aux ' Routières de la France et de la Savoie, et élevé tous les signaux nécessaires à la triangulation des Alpes. Enfin le colonel Henrv avait mesuré une base en Alsace , observé ses triangles jusqu’à Genève, et se disposait à opérer sa jonction avec M. Brousseaud lorsque tous ces travaux furent suspendus par suites des événemens politiques de 1813 et 1814.
Pour compléter l’ensemble des opérations il restait donc à remplir deux lacunes : l’une entre la méridienne de Dunkerque et l’Océan, et l’autre entre les Alpes et Turin.
La première fut relevée par M. Brousseaud pendant les années 1817, 1818, 1819 et 1820.
La connaissance du terrain que tous les ingénieurs français avaient acquise les mettant à même de donner des renseignemens sur les moyens à prendre pour remplir la seconde lacune, M. Brousseaud rédigea, dans celte vue, un mémoire (4) qu’il lut au Bureau des . longitudes en février 1820, et que M. de Laplace voulut bien communiquer après à l’Académie de Turin.
Par suite de cette communication le gouvernement piémontais forma une commission composée d’astronomes et d’officiers des étals-majors sarde et autrichien, dont les membres, divisés en deux brigades qui se contrôlaient respectivement, terminèrent, en 1822, ia mesure des triangles qui couvrent la partie des Alpes comprise entre le Superga, prés de Turin , et le mont Granier, prés de Chambéry.
Ce concours de travaux a donné uu système de cent six triangles du premier ordre, propres à fournir la longueur de l’arc du parallèle moyen compris entre la tour de Cordouan et la ville de Fiume. Quatre-vingt-dix de ces triangles, situés en Italie et en France, ont été relevés par les officiers du corps royal militaire des ingénienrs géographes; le surplus l’a été par les membres de la commission austro-sarde.
Pour appliquer ces mesures géodésiques aux recherches qui concernent la figure de la terre il fallait comparer l’arc terrestre mesuré avec l’arc céleste qui lui correspond. La question devenait alors purement astronomique, et se réduisait, dans le cas dont il s'agit, à la détermination exacte de la différence de longitude entre les deux extrémités de l’arc.
MM. Plana et Carlini, membres de la commission austro-sarde, furent chargés de la détermination astronomique de la partie de l’arc qui traverse le Piémont et la Savoie; ils s’en occupèrent, pendaut l’année 1821 , en commençant par la recherche de la différence des méridiens entre l’observatoire de Milan et l'hospice du mont Cénis.
En 1822 ces deux savans, voulant continuer les opérations dont ils étaient chargés, témoignèrent le désir de profiter de leur séjour dans les Alpes pour entreprendre, de concert avec les Français, la détermination astronomique des longitudes dans la partie de l’arc du parallèle commune à la France et à la Savoie. Leur intention ayant été manifestée
ENTRE LE POLE ET l'ÉQUATEUR.
au Dépôt de la guerre par l'entremise de M. de Laplace, alors président de la commission royale formée, en 1817, pour examiner le projet d’une nouvelle carte de France appropriée à tous les services publics (Voyez, dans U tome III du Mémorial du dépôt de la guerre, page 9 , 10,11 et 19, les dispositions arrêtées à ce sujet par celte commission) , le ministre de la guerre nomma M. le colonel Brousseaud, qui s'empressa de se rendre à Lyon afin de se concerter, pour l'exécution de ces observations de longitude projetées, avec MM. Plana et Carlini et M. le colonel d'état-major piémontais chevalier d'isasca, dirigeant les travaux géodésiques à effectuer sur l'intervalle compris entre Turin et la frontière de France.
Peu de jours après l'arrivée de M. le colonel Brousseaud à Lvon,M.Nicollet, alors secrétaire assistant du bureau des longitudes, se présenta dans cette ville, près du colonel, pour prendre part aux observations astronomiques projeté©», et dont l’exécution, ainsi qu’il a été dit plus haut, avait été préparée par cet officier supérieur eu février 1820. (F. la note A.) Quoique les nouvelles dispositions prises à l'occasion du concours de M. Nicollet à ce travail fussent absolument inconnues de M. Brousseaud, et tout-à-fait étrangères aux instructions qu’il avait reçues en partant de Paris, même de la part de M. de Laplace, il accepta la participation de cet astronome aux dispositions proposées par les savans étrangers, craignant par-dessus tout, s’il s'opposait à ce concours inattendu , de voir ajourner indéfiniment les opérations relatives à la mesure des longitudes sur l'arc qui traverse la France (B). En conséquence le rendez-vous des membres de la commission fut assigné à Chambéry pour le 10 du mois d’août 1822.
La méthode que MM. Plana et Carlini avaient suivie est celle des signaux de feux instantanés. qui s’observent, à leur apparition, de tous les points dont on veut avoir la différence de longitude (C). On convint de suivre de nouveau cette méthode, que l’expérience faite l’année précédente sur les Alpes avait indiquée comme la plus avantageuse dans les circonstances où l’on se trouvait. On s’occupa donc de chercher des stations réciproquement visibles, quelques-unes pour y donner des signaux produits avec de la poudre à canon, et d’autres pour y élever des observatoires. 11 fallait que les distances respectives de ces stations fussent assez grandes pour ne pas faire perdre h la méthode son principal avantage. Mais la connaissance que ta plupart des commissaires avaient du relief des Alpes et du centre de la France les mit à même, après quelques courses et une discussion approfondie des diverses opinions, de poser les bases d'un plan d’exécution qui offrait l’avantage de conduire, d'un seul coup, les observations des longitudes depuis le mont Cénis jusqu’au centre de la France, au moyen de trois observatoires et de deux stations intermédiaires pour les signaux de feu. Les cinq points choisis étaient le col de la Relia , près l'hospice du mont Cénis; le mont Tabor, dans la province de la Maurienne, en Savoie; le mont Colombier, dans le département de l’Ain; la montagne de Pierre-sur- Autre , arrondissement d’Ambert, département du Puy-de-Dôine , et le Puy-d'Isson. arrondissement d’Issoire, même département.
Le mont Colombier, étant visible de Genève, des feux pouvaient y* être donnés pour servir de moyens de vérification, et fournir aux astronomes de cctle ville l’occasion de
■ ESL'BE »’u!» ABC IMT PARALLELE MOYEN
rattacher leur observatoire au parallèle mesuré. MM. Pietet et Gautier furent invités à prendre part À cette partie de l'opération générale, et se rendirent aux vaux de la commission mixte avec le lèle et l'empressement qui les distinguent pour tout ce qni intéresse les sciences.
Les hauteurs des stations au-dessus de la mer, déduites des opérations géodésiques, sont :
Col de la Bella 9.800 mètres.
Mont Tabor. . . . 3.179
Mont Colombier 1.434
Pierre-sur-Autre 1.630
Puy-d’Isson . 853
Genève (observatoire) 379
Les distances respectives entre les observatoires et les stations des feux sont :
Du mont Cénis au mont Tabor 39.000 mètres.
Du mont Tabor au mont Colombier.. 110.000 Du mont Colombier à Picrre-snr-Autra 151.000 De Pierre-sur-Autre au Puy-d’Isson . . . 54.000
Du Colombier à Genève. 46.000
En laissant de côté Genève, située en dehors de la chaîne des triangles , le système des autres points embrassait une longueur de plus de 340.000 mètres dans le sensdn parallèle mesuré. La réussite de ce plan était cependant incertaine à quelques égards, soit à cause de la grande distance qui sépare le Colombier de Pierre-sur-Autre, soit à cause de la saison des pluies, qui approchait, et qui pouvait ne pas permettre aux observateurs de séjourner long-temps sur les hautes montagnes. Toutefois le succès n’en paraissait pas douteux pour la partie de l’arc qui va du mont Cénis au Colombier; ce n'est qu'à partir de ce dernier à Isson qu’il ponvait manquer. Dans de telles circonstances il fallait agir de manière que, en suivant le plan le plus avantageux, on ne fût pas obligé de sc réunir une seconde fois, c'est-à-dire qu’il fallait qne le plan adopté portât les observations de longitude en France. Celui qo’on discutait remplissait ces conditions, pnisqu'il était susceptible de les étendre jusqn'en Auvergne, on de les conduire au moins jusqu’aux environs de Lyon.
Dans l’un et l'autre ras les observateurs français se trouvaient à même de continuer ultérieurement les opérations de longitude en France sans être obligés de se réunir encore avec les astronomes étrangers.
Le plan qui avançait le plus les observations vers l'onest fut donc adopté à l’unanimité. On rédigea avec détail le programme des travaux à exécuter sur chaque station. MM. Pietet et Gautier convinrent d'occuper celle de l’observatoire de Genève pour y observer les signaux qui leur seraient donnés du sommet du Colombier; M. Plana retourna à l’observatoire qu’il avait fait construire, l’année précédente, au mont Cénis; M. Carlini fut installé, avec ses aides et ses instruniens, sur le mont Colombier; des
EÜTBE LE POLE ET l’ÉQCATECB. 7
officiers piémontais se chargèrent de donner des feux à poudre sur le mont Tabor ; M. Largeleau, ingénieur-géographe, adjoint à M. Brousseaud, ent mission de remplir le même objet sur la montagne de Pierrc-su r-Autre, et MM. Broussraud et Nirollet allèrent s’établir au village de Solignat, situé sur le revers oriental du Puy-d'Isson. Le 27 août les observateurs de chaque station étaient en mesure pour commencer les opérations relatives à la détermination du temps absolu et à la marche de leur pendule; le 3, le d, le 5 , le 6 et le 7 septembre les feux eurent lieu sur toute la ligne, et l'on fut assez heureux, sur chaque point, pour en observer un nombre capable de faire connaître les différences des méridiens.
Le 15 septembre, tout étant terminé, les commissaires se réunirent de nouveau à Chambéry pour faire l’écbange de leurs observations principales, et se communiquer les circonstances qui avaient pu signaler leur séjour dans leur station rrsperlive.
Avant de faire connaître les résultats de cette campagne, nous achèverons de donner l’historiqtM des opérations de longitude pour n’avoir plus à nous occuper que des observations, et de l’application de leurs résultats à la recherche de la figure de la terre.
En 1835 MM. Brousseaud et Nicolle! forent chargés de continuer ces opérations dn cété de l’ouest, en France. L’are qui restait à mesurer astronomiquement s'étendait du Ptiy-d'lsssn jusqu’à la tour de Cordouan , située à l’embouchure de la Gironde. Les instrumens mis à leur disposition ne furent prêts que vers la fin du mois de juin ; ils ne purent se transporter que le 2 juillet sur le terrain pour faire le choix des points favorables à leurs travaux. Une seule station leur était déjà connue, c'était celle du village de Solignat, près du Puy-d'Isson, qui formait l’extrémité occidentale de l’are mesuré l'année précédente , et qui servait de point de départ pour celui qu’il s’agissait de mesurer. Quoique la chaîne des triangles déjà relevés par M. Brousseaud dût faciliter la reconnaissance projetée, il n’en fallut pas moins étudier le terrain sur une longueur de cent lieues environ, à travers les montagnes de l’Auvergne, celles du Limousin , les plaines de la Charente et les environs de la mer. Le résultat de vingt-six jours de courses fut que la mesure astronomique de l’arc du parallèle qui va dn Puy-d'Isson an bord de l’Océan ne pouvait s'effectuer qu’en le subdivisant en trois ares partiels, par le moyen de quatre statioDS astronomiques, et de trois stations intermédiaires pour les feux.
Les pointseboisis sur la ligne des opérations furent ie Puy-d'Iuon et le pif du Mont-d'Or, département du Puy-de-Dôme; les signaux trigonométriques de Samagnac et de Puy-Cogneux . département de la Hante-Vienne; le moulin à vent de St-Prtuil, prés de Bouteville, arrondissement de Cognac, département de la Charente; le signal de La Ferlanderit, prés de la ville de Saintes, et le clocher de la villt dtMaren ne», sur le bord de la mer, dans le département de la Charente-Inférieure.
L'élévation , au-dessus de la mer , du sol de ces points , telle qu’elle résulte des mesures
géodésiques, est :
Puy-d'Isson 853 mètres.
Pic du Mont-d'Or ou de Sancy 1 .884
Signal de Sanvagnac 697
HESFRB n’n» ARC DD PARALLÈLE «MM
Signal de Puy-Cogneux 497 mètres.
Moulin de St-Preuil 135
Signal de La Ferlanderie 83
Clocher de Marennes 6
Les distances respectives entre les observatoires et les stations des feux étaient : De Ptiy-d’Isson an pic du Mont-d’Or 26.800 mètres.
Do pic du Monl-d'Or au signal de Sauvagnac. . . 118.000 Du signal de Sauvagnac à celui de Puy-Cogneux 58.300 Du signal de Puy-Cogneux au moulin de St-Preuil 76.000 Du moulin de St-Preuil au signal de La Ferlanderie 43.000 Du signaldeLa Ferlanderie au clocher de Marennes 35.000
Total 357.100 mètres.
L’arc total étant ainsi subdivisé en trois arcs partiels , il eût été important de déterminer les différences de longitude de leurs extrémités par des opérations liées entre elles, et exécutées en même temps sur toute la ligne; mais les personnes appelées à concourir à ce travail étaient en trop petit nombre, et leur présence était d'ailleurs indispensable pour les observations astronomiques et pour donner les feux. Ce n'est donc qu’au moyen d'opérations successives, et en allant de station en station, qu'on a pu mesurer l’amplitude astronomique de ces arcs.
M.lc colonel Brousseaud avait sous ses ordres MM. Largeteau et Delavarende , ingénieursgéographes; et M. Nicollel avait avec lui MM. de Lavigne et Pellegrini , élèves de l'Académie pour les sciences physiques et mathématiques.
Les instruniens que MM. Brousseaud et Nicollel s’étaient proenrés consistaient en deux cercles répétiteurs, de quatorze pouces do diamètre, à niveau mobile, sortis des ateliers de Gambey, et fournis par le Dépût de la guerre; deux pendules, l’une de Berlhoud, et l’autre de Iiréguct; une montre marine battant les demi-secondes; quatre chronomètres; un théodolite de Keichenbach ; un assortiment de baromètres et de thermomètres de Furlin; des longues-vues et des lunettes de nuit; enfin une luoette méridienne de quatre pieds, et un grand cercle répétiteur de dix-huit pouces , destinés à faire la vérification de l'azimut et de la latitude de l’extrémité de l'arc.
Avant le départ de Paris ces objets furent distribués entre tous les coopérateurs afin d'en assurer le transport le plus direct et le moins dispendieux vers les stations qui leur étaient assignées. Dans les premiers jours du mois d’août toutes les dispositions préalables furent achevées, et l’on put commencer la recherche de l’amplitude du premier arc partiel.
On sait que la détermination des longitudes repose sur la connaissance exacte du temps absolu : pendant toute cette campagne, comme dans celle de l’année précédente, les observateurs, pour se mettre en parité de circonstances, mesuraient la marche de leur pendule et le temps absolu de leur station par les distances zénithales prises avec le cercle répétiteur; et, autant qu’il leur était possible, ils n’observaient que les mêmes étoiles principales qui servent de fondement à l’aslrouoraie, jamais au-dessous de 30 e de
EM RK |.E POLE ET L'ÉQTATEVB.
hauteur, ni en dehors de 45 ou 60° au plus, soit à l'est, soit i l’ouest du méridien. Ils prenaient un grand nombre de res distances chaque fois que l’état du ciel le permettait; et la méthode de calcul qui sert à obtenir le résultat moyen d'une sérié d'observations astronomiques faites avec le unie répétiteur les mettait à même de donner à leurs séries l’étendue qu'ils jugeaient convenable.
Il est à remarquer que les positions apparentes des étoiles employées à la détermination du temps ont été tiré*» du recueil périodique que M. Schumacher a publié sous le titre de Astro no miche llùlfuafeln,etc., et que, chaque fois qu’on a été obligé do convertir des temps sidéraux en temps moyens, ou des temps mutons en temps sidéraux, on a fait usage de l’ascension droite moyenne du soleil, telle qu’elle résulte des tables que M. Puissant a données dans le second volume de son Traité de géodésie.
Les feux à poudre n’avaient lieu qu’aprés plusieurs jours d'observations, relatives à la détermination du temps absolu et de la marche de la pendule , indépendamment de celles qu’on faisait, le jour même, avant et après ces signaux, qui étaient vus, de chaque station extrême, par deux personnes an moins; on en donnait dix par soirée jusqu’à ce que les observations fussent en nombre suffisant pour fournir la différence des méridiens. Autant que possible, les instams de l’apparition des fenx étaient comptés directement sur la pendule qui servait aux observations astronomiques. Lorsque les localités ne permettaient pas de remplir cette condition importante, et que les observateurs étaient obligés de se rendre à quelque distance de la pendule pour apercevoir les fcitx , ils avaient soin de s’assurer du transport du temps par le moyen de deux chronomètres, qui étaient comparés à la pendule au départ et au retour, et que l’on comparait encor* entre eux , avant et après les feux, lorsqu’on était arrivé à la station d’où l’on devait les observer.
La quantité de poudre qui servait à produire les feux variait suivant les distances où étaient les signaux des observateurs: celte quantité était ordinairement exagérée, dans la crainte que l’éclair ne fût point assez vif pour être aperçu. Il importait à l'exactitude des observations de s’assurer si les feux produits ainsi par un excès de poudre n’avaient pas u ne certaine durée capable de nuire à l’estimation de l’instant précis de leur apparition.
L’expérience faite dans cette vue est propre à tranquilliser. Le 17 octobre, quatrième jour d’observation des feux, pour avoir la différence de longitude entre Marennes et St-Preuil, des signaux produits avec des poids de poudre graduellement diminués depuis une once jusqu’à un seizième de cette quantité furent aperçus de dix à douze lieues de distance sans le seconre de lunettes; ils parurent toujours instantanés, et les résultats qu’ils fournirent pour l’amplitude de l’arc ne présentent pas de différences qu’on puisse attribuer à cette canse d’erreur, soit qu'on les compare entre eux, soit qu'on les compare aux résultats des séries des jours précédena. (Voyez le tableau XIII ci-après.)
Cet exposé succinct des opérations de longitude faites pendant les années 1 823 et 1893 ne comportant pas de détails multipliés, on s’abstient de donner ceux qui sont naturellement sous-entendus, comme faisant partie du devoir des observateurs , ou comme entrant dans le cours des événemens auxquels on doit s'attendre dans ce* sortes d'opérations. Ces détails portent principalement sur le choix des stations ; les opérations secondaires qui
MESURE d’ur ARC DU PARALLÈLE MOVER servent à les rattac her à la chatne du parallèle; les soins apportés dans la rectification des instrumens; les précautions prises pour les observer avec précision; les accidens qui ont pu quelquefois nuire à l'exactitude des observations, ou en suspendre la marche ; la manière dont les adjoints concouraient aux travaux, etc., etc.; toutes ces circonstances d’ailleurs sont consignées avec soin dans les registres originaux.
Toutefois, parmi lesévénemens imprévus qui ont contrarié les opérations, il en est un qu’on doit faire connaître , autant pour justifier la conséquence qu’il a entraînée que pour mettre en garde contre de pareils événcmens ceux qui pourraient, dans la suite, être chargés de travaux analogues à ceux dont il s’agit.
Dans la mesure de l'amplitude de l’arc Samagnae-St-Pmnl soixante-dix-huit feux ont été donnés sur le mont Puy-Cogneux ; tous ont été observés de la station de La Jonchère; mais dix seulemeut ont pu l’être de celle du moulin de St-Preuil. Voici les causes présumées de cette particularité, qui a été la source de tant d'inquiétudes pour les observateurs :
Lorsque M. Nirollct alla s’établir au moulin de St-Preuil, il connaissait peu la montagne de Puy-Cogneux , sur laquelle les feux devaient être donnés. Cette montagne ne faisait pas partie du premier plan, qui fut, après un examen plus réfléchi, modifié par M. Brousseaud, parce que le pic du Mont-d’Or (que l’on devait observer du signal de Mazerolles, situé prés de La Rochefoucauld, à cinquante lieues ouest du pic) se montrait trop rarement, et que cette circonstance pouvait compromettre l’opération. M. Brousseaud jugea à propos de choisir le Moul-d'Or, le Puy-Cogneux, le signal de Sauvagnac et le moulin de St-Preuil : les deux premières stations pour les feux , et les deux autres pour les observations. Du sommet du Puy-Cogneux il avait bien vu le moulin de St-Preuil, et en avait conclu, avec raison , que , de ce moulin , on verrait aussi le sommet du Puy-Cogneux. La démonstration de ce fait exigeait le concours d’un phénomène snr lequel on n’avait pas compté.
En conséquence M. Brousseaud annonça aux observateurs de St-Preuil le changement qu’il avait cru devoir faire au premier projet; il leur donna quelques indications propres à faciliter la recherche du sommet du Puy-Cogneux. Arrivés au moulin , ces observateurs, au lieu de trouver un seul sommet bien distinct, virent, à l'horizon, une chaîne qui présentait un grand nombre de sommités assez voisines les unes des autres, et sur des plans différons. Les indications données ne forent plus suffisantes; mais il fut facile, à l’aide des cartes de Cassini et des instrumens, de reconnaître que ce puy devait se trouver derrière le plateau couronné de bois qui est indiqué , dans les cartes dont il s'agit, sons le nom de (irand-Lac. Ce plateau, situé à deux lieues d'Angoulême, sur la route de Périgueux, pouvait être à cinq lieues de distance de St-Preuil , et le mont Puy-Cogneux se trouvait à environ quinze au-delà. Les observateurs se virent dans la pénible incertitude de savoir si le sommet en question, qu’ils s'attendaient à distinguer sans équivoque, répondait réellement derrière le plateau du Grand-Lac, ou si ce sommet n’était pas un de ceux qu’on voyait à droite et à ganrhe de cette direction. Pour se mettre en garde contre toute méprise un instrument fut constamment placé dans la position donnée par la carte, et
ENTRE LE POLE ET l'ÉQUATECH. Il
d'autres lunettes furent dirigées sur les sommités visibles qui en étaient le moins éloignées.
Les feux à poudre eurent lieu pendant les nuits des 5, 6, 7 et 8 septembre. Ils étaient ordinairement précédés d’un feu d’annonce , qui avait une durée de quelques minutes. L’objet de ce signal était de faire connattrc aux observateurs des deux stations extrêmes le point et l'instant où l’on donnerait les signaux instantanés. De trente-quatre feux qui furent produits pendant les soirées citées plus haut aucun ne fut aperçu du moulin de St-Preuil. Cependant l’état du ciel avait été, depuis huit jours, très-favorable aux observations de cette nature, et les observateurs avaient fait de vains efforts en se transportant successivement sur tous les points des environs d'où ils pouvaient espérer de reconnaître le Puy-Cogneux.
L'opération échona donc complètement de leur côté; il fallut sans retard en instruire M. Brousseaud, qui était, à quarante lieues de distance, dans les montagnes du Limousin, afin d’aviser au moyen de la recommencer. Une entrevue eut lieu a Angoulême : il importait, en reprenant l'opération, de conserver le même ordre de choses, A cause des frais d’établissement des observatoires. On se rendit compte de tous les doutes , et il fut décidé que des feux de paille seraieut donnés sur le Puy-Cogneux, A une heure profonde de la nuit, et que M. Brousseaud se rendrait au moulin de St-Preuil pour les observer, et reconnaître le sommet de la montagne.
Arrivé au moulin de St-Preuil , M. Brousseaud reconnut la chaîne de Puv-Cogneux; mais il ne put distinguer le sommet où se donnaient les feux; il en détermina la position, qui était bien à peu près celle qu’on avait déjà reconnue. Tout le monde se mit en observation, embrassant, par cet ensemble, un certain espace de l'horizon dans la direction indiquée.
Le feu, qui dura environ dix minutes sur la montagne, parut dans la lunette de M. Brousseaud , et se montra aussi dans celle de M. de Lavigne.
Cet événement ramena l’espérance : on leva la position exacte de la direction du feu , et l’on arrêta que l’opération serait reprise dans les mêmes circonstances qu'auparavant. Rien ne fut donc changé; seulement la direction mathématique du sommet du Puv-Cogneux se trouvait mieux déterminée; mais il restait toujours aux observateurs de St-Preuil l’inquiétude de savoir que ce sommet pouvait n'èlre visible que dans certaines circonstances de l’état de l'atmosphère : pendant les quarante-huit jours qu’ils sont restés au moulin de St-Preuil ils n'ont pu apercevoir le Puy-Cogneux qu’une fois et qu'un instant, A six heures du matin , par un ciel légèrement couvert.
De nouveaux feux furent allumés pendant quatre soirées; voici les circonstances qu'ils présentèrent aux observateurs établis au moulin de St-Preuil :
La première soirée on vit bien le feu d’annonce qu’on était convenu de donner.
La seconde soirée le ciel était assez beau, quelques nuages bordaient l'horizon, la lune brillait; on vit le feu d’annonce, mais l’on ne vit pas les dix feux qui le suivirent, et qui étaient produits chacun par une demi-livre de poudre.
La troisième soirée le ciel était nuageux, la lune se trouvait dans la direction des
19 HESCRE d'un Aie DC PARALLÈLE NOTE*
lunettes, rborizon paraissait moins favorable à l'observation que la veille, et pourtant on observa parfaitement le feu d'annonce et les dix feux, qui n'étaient produits qu'avec un quart de livre de pondre, c’esl-i-dire avec moitié moins que le jour précédent.
Enfin , la quatrième soirée , le ciel paraissait aussi favorable aux observations que la veille, et cependant l’on ne pat voir ni le* feux d’annonce ni les feux à poudre.
En réunissant toutes les circonstances de cette opération on a supposé que les difficultés qu’elle a présentées se liaient au phénomène des réfractions extraordinaires. Sans doute le choix des deux stations, qui n’ont été réciproquement visibles que par l'effet de ce phénomène, est une circonstance malheureuse; mais ce n’est qu’aprés l'événement qu’on l’a reconnu , et il n'était pas trop possible de le prévoir au moment du choix, puisque MM. Brousseaud et de Lavarende avaient vu sans équivoque le moulin de St-Preuil du sommet du Puy-Cogneux.
En résumé l’amplitude astronomique de l’arc qui va de La Jonchère au moulin de St-Preuii ne se trouve mesurée que par dix feux; mais ils ont été observés dans des circonstances trés-favorables , et ils présentent entre eux un accord si remarqnable que nous croyons cette amplitude aussi bien déterminée que celle des autres arcs qui réunissent un plus grand nombre d'observations.
Voici maintenant les tableaux qni contiennent les résultats des calculs relatifs à la mesure des longitudes ;
Les tableaux compris sous les n“ I , II, III, IV et V donnent la détermination du temps absolu et la marche des pendules dans chaque station; les litres qui sont en tète des colonnes indiquent suffisamment la manière dont les nombres qui les remplissent se déduisent du calcul des observations.
On ne donnera pas ici les tableaux qui fout connaître le temps déterminé sur les Btations du Colombier, du mont Cénis et de Genève, parce qu’ils ont été imprimés par leurs auteurs, MM. Carlini, Plana et Gautier, dans des ouvrages qu’on aura l'occasion de citer plus loin. Il en est de même des tableaux contenant les feux observés par ces astronomes sur leurs stations respectives.
Mais on trouvera ci-après, sous les u w VI, VII, VIII, IX, X, XI, XII et XIII, ceux qui contiennent les observations des feux , et les différences de longitude qui se rapportent à la mesure de l’arc du parallèle qui traverse la France , comme faisant partie du travail échu à M. Brousseaud, cl auquel M. Nicnllct a concouru , en 1839 et 1833.
EXTBB LE PÔLE ET l’ÉQÜATECB.
TABLEAU I
Détermination du temps de i observatoire de Soliynat , d'apres les observations de distances zénithales absolues d' Etoiles principales faites par Mil. BROUSSEAl'D et N1COLI.ET. Pendule de L. IiERTHOi D.
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■ d'Opliiurhtis.
« do l« Lire
• de l'Aigle.