CONCLUSION
En terminant cet exposé il ne sera pas inutile d'appeler l'attention des expérimentateurs sur les points dont Fétude paraît la plus urgente pour faire progresser notre connaissance des températures élevées.
Nous mentionnerons d'abord la détermination précise des points fixes servant à la graduation des pyromètres ; il n'existe actuellement au-dessus du point d'ébullition du soufre aucune température connue d'une façon certaine à 1° près. Pour l'ébullition du zinc, la fusion de l'argent et celle de l'or qui sont actuellement les mieux connues, l'incertitude peut être de io°. Il faudrait également tâcher de trouver pour servir de points fixes des corps d'un emploi plus commode que les métaux, des sels, par exemple, qui n'attaquent le platine ni à l'étatfondu, ni à l'état de vapeur; ces corps devraient être obtenus facilement et économiquement à l'état de pureté ; ils devraient posséder des points de fusion et d'éJJidlition ])ien déterminés, ce qui n'est pas toujours le cas quand le sel cristallisé présente plusieurs variétés dimorphes.
Un second point très important en vue des recherches de haute précision serait de déterminer la forme générale de la fonction qui relie la résistance électrique du platine à la température. On ne peut pas se proposer de déterminer complètement cette fonction avec la valeur de ses paramètres parce qu'il n'y a pas deux échantil-
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Ions de platine possédant la même résistance ; il faut dans chaque cas faire la graduation au moyen de points fixes de fusion oud'ébullition. Le nombre de points semblables à repérer dépend du nombre de paramètres contenus dans la formule. Dans cet ordre d'idées, M. Silas Ilolman a grandement facilité Femploi des couples thermo-électriques en montrant que l'on pouvait entre o et 1800° se contenter d'une formule logarithmique ne contenant que deux paramètres.
Pour la mesure des températures extrêmement élevées qui ne peuvent être atteintes que par les méthodes employant la radiation, et en se livrant à des extrapolalions souvent considérables, il serait très utile de déterminer avec plus de précision qu'on ne Ta fait jusqu'ici les lois de la radiation d'un corps rigoureusement noir (enceinte fermée), soit pour une radiation monochromatique, radiation transmise par les verres rouges, soit pour la totalité des radiations calorifiques. Mais une semblable étude ne peut avoir d'intérêt qu'à la condition de présenter une précision très grande, difficile à atteindre actuellement en raison de l'incertitude qui règne encore sur les températures directement mesurables. Pour une précision moyenne, on peut se contenter des formules de Stefan et de M. Le Chatelier, certainement très voisines de la réalité, puisqu'elles s'accordent encore sensiblement jusqu'à la température du soleil voisine de 8 000°. Il y aurait seulement à vérifier et à préciser davantage les valeurs des paramètres qui entrent dans ces deux formules.
Qu'il nous soit permis en terminant d'insister sur un fait qui a son importance. La mesure des températures élevées présente certainement un grand intérêt au point
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de vue des progrès de la science pure ; ce problème n'est cependant arrivé à des solutions satisfaisantes que sous l'influence de préoccupations industrielles. Wedgwood, fabricant de faïence, cherchait à améliorer sa fabrication; de même Seger, à la manufacture de Berlin, s'occupait exclusivement des produits céramiques, Siemens cherchait à régulariser la fabrication de l'acier fondu sur sole, les ingénieurs de la Compagnie Parisienne avaient en vue un moyen de contrôle de la distillation de la houille, M. H. Le Chatelier a étudié le pyromètre thermo-électrique au cours de recherches sur la cuisson de la chaux et sur la fabrication des ciments ; il a étudié le pyromètre optique à la demande d'un fabricant d'acier de Sheffield, M. lladfield, qui désirait pour son industrie un pyromètre réunissant la précision à la simplicité d'emploi. ]M. Roberts Austen, directeur de la monnaie de Londres, consacre tous ses efforts depuis bien des années à l'étude des alliages industriels pour laquelle il a su tirer un parti si utile du pyromètre enregistreur.
Cette répercussion des préoccupations pratiques sur les progrès de la science n'a rien qui doive surprendre. Les savants qui ont fondé la chimie ne connaissaient pas la distinction entre la science théorique et la science pratique. Lavoisier, Chevreul, Gay-Lussac, Dumas, Thénaud, H. Sainte-Claire-De ville allaient indifféremment du laboratoire à l'usine. C'est l'orientation actuelle de notre enseignement qui a creusé un fossé tous les jours plus profond entre la théorie et la pratique.
Dans les laboratoires scientifiques tous les efforts convergent vers les sentiers depuis longtemps frayés. On y est maître de choisir ses sujets d'études au gré de ses caprices, on peut se laisser guider par des préoccupations artificielles ne se rattachant que bien indirectement à l'étude de la nature. Enfin on pourra longtemps