ALITEMENT : AGITATION, CALME, SOMMEIL
Observation I
Ba. — Cuisinière actuellement âgée de 52 ans. Fait sa premiére et unique entrée dans les asiles le 29 septembre 98 sur certificat du D' Legras.
« Délire mélancolique avec prédominance d'idées de persécution excès alcooliques ; hallucinations multiples. Insomnies, Empoisonnements imaginaites. Fausses interprétations : les Pères sont en grève et la privent de travail ; on la place dans une chambre d’interdiction ; on lui fait respirer de la fumée de cigarette d’interdic= tion, etc.
NET Dr LEGras.
Envoyée à l'asile de Villejuif, son état lui vaut les certificats suivants :
30 septembre 1898. Dégénérescence mentale avec excitation maniaque et prédominance d'idées de persécution remontant à plusieurs mois. Elle est tourmentée par les Pères Augustins.
D Brrano.
13 octobre 1898. Excitation maniaque, loquacité, turbulence.
À maintenir.
Dr TouLOUsE.
19 mai 1900. Manie chronique. Peu de chances de guérison ; le
traitement scra de longue durée.
Dr Touzouse.
Le verbe haut et la voix glapissante. c’est une malade qui présente une agitation verbale excessive, mais en réalité elle est incapable de faire du mal à qui que ce soit. Bien qu’elle vocifère continuellement, elle n’est pas méchante. Comme on lui demandait une fois pourquoi elle avait insulté une dame qui ne lui disait rien elle s’excusa : « J'ai insulté cette dame c’est vrai, mais Je l'ai insultée gentiment ».
À. H. Père, bonne santé habituelle, mort très vieux, d’une affection cardiaque. Mère, morte à 77 ans, jamais malade,
La malade a une sœur et deux frères qui ont toujours été bien portants. ï
Cuisinière de grande maison, elle n’a jamais fait de maladie, Toujours bien réglée, bon appétit et dormant bien.
Les conditions sociales de son existence, ont imposé à ses habitudes des simagrées de religion : elle a toujours été beaucoup plus pratiquante que croyante. C’est ainsi que sa mère l'avait accoututumée à se nantir d’eau bénite avant d'aller au travail. Plus tard dans toutes ses places où elle est tantôt cuisinière, tantôt femme de chambre, elle ne manque jamais chaque jour, de dire sa prière & quand je ne m'endormais pas dessus, dit-elle, Dieu me pores : travailler c’est prier ».
Restée enfin pendant 13 ans chez M. Sit, dont la fille se disposait à entrer en religion, elle fréquente assidûment les offices, et deux fois au moins la semaine, accompagne sa maîtresse chez les Péres.
À 49 ans, ménopause et début des troubles mentaux, elle devient mollasse, avec de mauvaises digestions, de la courbature, des maux de tête, de l’insomnie, peut-être quelques libations, bien qu’elle proteste contre cette supposition. Elle ne tarde pas à trouver l'explication de ces malaises, grâce à des interprétations délirantes. « Les Pères l’électrisent et veulent lui fermer l'estomac. Ils se servent pour cela des Interdits ; ce sont des bourreaux innocents que les Pères contraignent à vous torturer. Il y en a pour et il y en a contre. Parfois 1l y a des Interdits qui vous protègent. Ils sont 40,000 dit-on ; ily en a de tous les côtés. Ils ont plusieurs chambres
SR
d'interdiction — c’est une chambre qui est à côté de la vôtre et qu'on ne peut pas voir — là,avec un soufflet d'interdiction, ils vous envoient du poison — une poudre jaune qui vous fait mal au cœur. — Il y en avait un très gentil qui disait : & Ah ! Mademoiselle, prenez encore un peu de DE SE c'est les Pères qui me le commandent ».
La bonne de la maison était malade pour la même raison que moi. — Ils m'ont prévenue que c’était l'électricité. Ils me parlaient dans la chambre à côté, la nuit comme le jour. Ils ne me laissaient pas dormir du tout.
Au commencement j'en riais ; puis ils nous ont fait voir au plafond l'électricité comme ça brûle, ça faisait beaucoup de fumée.
Elle change de place : au bout de trois semaines les hallucinations auditives et de la sensibilité générale reparaissent.
Elle va chez elle ; « mais ils étaient déjà tous là quand je suis arrivée ».
Il y a des interdits partout ; maïs «il y a peut-être le quart parmi eux qui ne sont pas eux ; on croit parler à quelqu'un, et c’est un autre ». Le secret motif de ces agissements est le désir de s'emparer d’une donation qui lui aurait été promise par son maître.
Depuis qu’elle est entrée ici son délire continue, elle vit toujours en plein rêve, avec hallucinations du goût, de l’odorat, de l’ouïe et de la sensibilité générale. Mais il n° 7 pas de Hurt nette à la systématisation.
Elle n’a jamais fait aucune violence.
Observée pendant la période considérable de 418 jours qui se divisent en alternatives de coucher et de lever non pas régulières mais disposées de telle sorte que les plus longues périodes sont toujours multiples des plus courtes. Cette irrégularité relative présente l’avantage de faire ressortir les variations qui ne sont pas dues à la cause que nous faisons agir, et permet de constater les diminutions ou augmentations dues à l’évolution même de la maladie - ou bien l’effet progressif du traitement.
Si l'on garde levé par exemple un accès maniaque aigu
ET Eee
pendant une période de 10 jours pour arriver à établir une moyenne d'heures d’agitation quotidienne de 8 Je suppose, qu’ensuite on le couche, et que la moyenne tombe à 6 ; si je recommence une seconde fois la même alternance et que les chiffres d’heure.d’agitation varient dans le même sens, je ne pourrai rien dire de plus sinon que cette variation est due soit à l'effet de mon traitement, soit à l’évolution méme, si capricieuse ici, de l’affection.
Cependant, l'on peut arriver à .des approximations plus satisfaisantes par le procédé des périodes inégales.
Reprenons notre maniaque. Des alternatives égales ont déterminé de semblables variations. Nous le couchons pendant 2 X 10 j. Qu'’arrive-t-il? que peat-il arriver? Ma moyenne d’agitation reproduit 2 >x< 6 ou 2 (6 — À).
La probabilité d’action de lalitement devient plus grande, d'autant plus grande que les causes d’erreurs tendront à s’éteindre dans un plus grand nombre de cas.
Si, au contraire, ma moyenne reproduit 2 +48, c’est-àdire 2(6+)il y a de grandes chances que je sois tombé sur une coïncidence, soit la première fois, soit cette fois-ci, à moins qu'ici une cause plus forte marque l’effet de mon traitement. C’est encore la répétition de l’expérience dans les mêmes conditions qui pourra fixer mon opinion à ce sujet.
Voici donc une manie chronique observée pendant une période de 418 jours: rr fois il y a eu alternance et au total la malade a passé 172 jours au lit et est restée levée 246. La plus longue période de coucher a duré 60 jours.
Une période de lever de 14 jours donne comme moyenne un chiffre total d’agitation de 7 heures, le calme est de 11 heures, le sommeil de 6 heures.
La malade est couchée pendant une période égale de
, 14 jours, l’agitation passe de 7 à9 heures, soit deux heures dont l’une est volée au calme et l’autre au sommeil. Nous ne nous hâterons pas d’en conclure que l’alitement augmente l’agitation.
En effet, la malade levée de nouveau, pendant 14 jours, présente encore 9 heures d’agitation totale, mais l'emploi du reste du temps n’est plus distribué de la même façon. Le sommeil acquiert un chiffre légitime 8, et c’est le calme qui supporte tous les frais. Iltombe à 7 heures.
Il y a du reste un effet de perspective qui est assez général dans ce mode de traitement. Les malades sont certaine-
ment plus calmes quand elles sont couchées que quand elles sont levées ; mais qui dit plus calmes ne dit pas par là même moins agitées. C’est, en effet, sur le sommeil qu’est pris ce supplément de calme et c’est ce que les moyennes générales mettent bien en lumière chez les malades chroniques qui, comme chez la maniaque actuelle, se retrouvent sensiblement dans le même état à la fin de l’observation qu’au commencement.
Nouveau coucher de 14 jours, l’agitation reste à 9 heures et le sommeil augmente aux dépens du calme.
Un lever de 4 jours, même jeu : l’agitation reste à 9, le calme et le sommeil reprennent leurs chiffres du lever.
Nouveau coucher de 14 jours, l'agitation tombe à 5 h., mais si la non agitation du lever est au bénéfice du sommeil, celle du coucher est au bénéfice du calme ; le calme atteint 1 6, le sommeil tombe à 3.
Toutefois l’amélioration étant manifeste, prolongeons de 10 jours l'alitement ; le mieux ne se dément pas: agitation 5, calme 15, sommeil 4.
Soit la contre-épreuve : 14 jours de lever, l'agitation reste à 5, le sommeil monte à 8, le calme à r1.
su
Cette diminution de l'agitation n’était-elle donc pas l'effet de l’alitement, puisqu'elle se maintient, lui suspendu, ou bien l’alitement aurait-il déterminé une sédalion durable du symptôme agitation ?
En ce cas, il ne faut pas risquer de perdre le bénéfice de cette action. Vite une période de coucher de 20 jours; le calme reste à 11 et l'agitation regagne les 2 heures que le sommeil perd. L’agitation du jour est restée la même, ces deux heures sont directement prises sur le sommeil.
Nouvelle période de 20 jours de coucher, l’agitation nocturne diminue de 1 heure, le sommeil augmente d'autant.
Insistons sur le coucher: 20 jours encore; l'agitation diurne augmente de 1 heure aux dépens du calme, l’emploi de la nuit reste fixe.
Revenons au lever; l’agitation diurne monte de 3 heures prises au calme du jour pendant que le calme de la nuit cède 1 heure au sommeil. Il y a donc une notable augmentation de l’agitation avec le lever?
20 jours encore de lever, l’agitation retombe à 6: l’emploi de la journée est exactement le même que pendant la dernière période d’alitement, à cela près que le sommeil est augmenté de 1 heure aux dépens du calme de la nuit.
On laisse encore 20 jours de lever ; l'agitation de la journée tombe de 1 heure au profit du calme, la nuit reste semblable.
D’après ces trois dernières périodes de lever, il semble qu'il yait un mouvement spontané vers la diminution de l'agitation. S'il en est ainsi, l’alitement ne pourra que favoriser cette amélioration.
Uné première période de 20 jours ne réussit qu'à augmenter l’agitation diurne au détriment du calme.
Une seconde et une troisième période de 20 jours ont
RE
cet effet de faire tomber de 6 à 4 la moyenne des heures d’agitation diurne, tandis que le calme passe de 6 à 8 et que l’agitation nocturne reste à 1, le sommeil diminuant de 2 heures au profit du calme nocturne.
Evidemment il y a là en quelque sorte une amélioration ; mais poursuivons, et, après une première phase de 20 jours levés où l'agitation diurne remonte de 4 à 5, nousen avons une seconde puis une troisième où elle redescend à 3, puis dans deux phases, elle remonte à 4, dans une suivanteelle redescend à 3 pour regrimper à 6 dans la période qui clôt l’observatron. L'évolution naturelle détermine donc chez cette malade des oscillations presque aussi importante que l’alitement et en tout cas la constance de l’amélioration est assez faible pour ne pas frapper jusqu’à l’aveuglement, au premier coup d'œil.
Cependant, puisque notre malade, levée, avait au début de son affection une moyenne de 7 heures ‘d’agitation, 11 heures de calme et6 heures de sommeil, qu'il n’y a eu ni très notable exaspération, ni très notable amélioration et qu’elle se retrouve, en fin de compte, levée, avec une moyenne de 7 heures d’agitation, ro heures de calme et 7 heures de sommeil, il y a lieu d'admettre qu’il n’y a pas eu de sensible évolution dans sa maladie.
Comme de plus son affection est une manie chronique, chose que nous pouvons dire à l'heure actuelle et qu'il y a tout lieu de penser qu’elle ne subira d’autre changement que de tomber plus ou moins rapidement dans la démence visanique, on peut admettre que cette malade est en quelque sorte une pierre de touche pour juger de l'efficacité d’un traitement contre le symptôme agitation.
Les résultats sont donc mêlés de trop d’influences, ne sont donc pas assez nets pour qu’on puisse juger en toute con-
er —
naissance à la seule vue de l'observation. Utilisons nos méthodes d'investigation, applications des procédés de la statistique.
En couchant la malade nous avons :
Agitation diurne, Agitation nocturne. Sommeil total. + I + I — I 0 0 =#,72 — 5 + 1 — 5 20) + 2 — 2 = 7 2: 0 , EAU 23 nur: ste
En levant la malade :
Agitation diurne, Agitation nocturne. © Sommeil total. ras Mo. +, 9 + I — I + 2 + 2 — 2 + 4 + 3 a + 1:
+ I = m3) + I +8 me. +
Il y a donc d’une façon nette par l’alitement, diminution de l'agitation diurne et du sommeil, en même temps qu’augmentation de l’agitation nocturne.
Considérons l’agitation présentée dans les 172 jours d’alitement d’une part, d’autre part dans les 246 jours de lever et conmiparons, par les résultats ainsi obtenus la moyenne de la journée alitée et la moyenne de la journée non alitée,
AS
Le grand nombre de jours dont se constitue l'observation confère une valeur indiscutable à ces chiffres :
(Les fractions d'heures sont exprimées par rapport à 100 non à 60).
Or cette moyenne générale est la suivante en tenant compte de toute l'observation.
C'est-à-dire que l’on compare la moyenne de 172 jours couchés, à la moyenne de 246 jours levés.
Comparaison de la journée couchée et de la journée levée.
24 heures.
Agitation. Calme, Sommeil, CR MOD RE ee re SO AO TT 011,9. 06.023 RONDE CR ER da DOJHNTI0.020 7,170
On évitera de trouver ridicule ce fait donner des millièmes d’heures au lieu d’arrondir simplement les chiffres par un coup de pouce complaisant ; les différences constatées ne sont pas assez flägrantes pour qu’on puisse se permettre de pareils tours de passe passe. |
Dans lalitement :
L’agitation totale est augmentée de 0,57, 9,6 0/0. Le calme total est augmenté de 0,88, 8,3 0/0. Le sommeil total est diminué de 1,45, 19,4 0/0.
Cette modification du sommeil représente l'effet le plus considérable et aussi le plus constant produit par l’alitement. L’agitation est donc augmentée maisen moindre proportion que le calme.
Le détail de ces 24 heures n’est du reste pas indifférent,
SE IQA EE
Voici la journée :
Agitation, Calme, Coucher . 4,965 7,034 Lever: 4 NET RS 7 Et voici la nuit :
Agitation, Calme.
Coucher . 159 k,476 Lever . 0,894 3,626
Dans l’alitement :
L’agitation diurne est diminuée de 0,03, Le calme diurne augmente de 0,03, L'agitation nocturne est augmenté de 0,606, Le calme nocturne est augmenté de 0,85, Le sommeil nocturne diminue de 1,45,
Sommeil,
Sommeil.
Envisageons maintenant une moyenne plus rigoureuse.
I nous suffit d’élaguer les 80 jours levés qui terminent l’observation pour avoir deux termes sensiblement égaux 166 jours de lever et 172 de coucher. Les influences qui nous
sont inconnues auront ainsi plus de chances d’être reparties
de part et d’autre.
Voici ce que nous obtenons pour la journée totale :
Agitation Calme Coucher, … He SRE RSS MEVETA. SES IE RER 6,445 9,963
Par l’alitement :
L'agitation totale estaugmentée de 0,019.
Le calme totale est augmenté de r,548.
Sommeil .
es
CAT pee
Le sommeil est diminué de 1,567.
Ce qui donne pour la période diurne :
Agitation Calme Sommeil Coucher . 0, 204:008 7,034 0 Lever. =, PRE 6,638 0
Par l’alitement :
L’agitation diurne est diminué de 0,396.
Le calme diurne est augmenté de 0,396.
Et pour la période nocturne :
Agitation Calme Sommeil CONCERTS fre k,476 6,023 PRNOR RRN RRE mat r 08h D0202617 00
Par l’alitement :
L’agitation nocturne est augmentée de 0,416.
Le calme nocturne est augmenté de 1,151.
Le sommeil nocturne est diminué de 1,567.
Ainsi quoique les différences soient ici moins accentuées, elles sont bien une à une dansle même sens que celles trouvées parles méthodes précédentes.
Observation HE
Har. — Couturière 31 ans, venue de la Salpétrière le 3 juin 99 sur certificat du D° Déjerine.
Stupeur hystérique avec délire et agitation, nécessitant son passage dans un service d’aliénés, son état troublant les autres
malades.
Dr DÉJERINE.
Paul Meunier 5
3 juin 99.— Débilité mentale avec idées confuses de persécution. Alternatives d’excitation et de dépression. Accidents hystériques.
Les antécédents héréditaires sont peu instructifs.
Père mort à 6gans d’un cancer de la face n'avait jamais été malade. Une de ses sœurs est entrée dans les ordres, ses deux frères sont bien portants. i
A été élevée chez des religieuses près de Rouen, là elle semble avoir eu déjà des manifestations hystériformes, caractérisées par des changements d'humeur des céphalées diurnes, des sensations de vide dans la tête.
N'est réglée qu’à 19 ans, d’une façon régulière, maistoujours douloureuse. EC
Vient à Paris à 21 ans, se marie, et a successivement : une fausse couche, une fille née à terme et bien portante depuis, et enfin deux fausses couches.
L'air de Paris, dit-elle ne lui a pas été favorable ; depuis qu’elle y est venue, elle se plaint de maux de tête, maux de cœur, malaises généraux. Il y avait toujours beaucoup de soucis, de cassement de tête. Un rien la contrariait. Du reste, son mari, employé de commerce, s'enivrait continuellement, battait sa femme, et montait des magasins de saoülographie — comme elle désigne les marchands de vin.
Puis, au bout de 3 ans de ménage, l'ivrogne ayant tenté d’étrangler sa femme, celle-ci obtint le divorce.
Peu de temps avant, à la suite d’une fausse couche, elle dut subir un curettage, suivi d’un Schrader et enfin d’une hystérectomie.
De ce moment, son état mental empire : quand je me mettais à travailler, dit-elle, ça me ramonnait dans la tête et les reins ; elle est accablée d’un tourment continuel et monotone, d’un ennui excessif qui la prive de tout sommeil.
Je serais restée une journée, comme ça sur ma chaise. C’est un état de dépression mélancolique qui confine à la stupeur. Elle n’a jamais fait de tentative de suicide.
C'est dans cet état qu’elle est transportée à la Salpêtrière.
Mais au bout de 6 semaines survint une crise d'angoisse avec agitation qui a du motiver son transfert à Saint-Anne et de [à à
Villejuif.
ar QUE
Là, elle présente une agitation considérable avec de l’insomnie.
Par quelques manœuvres, il est facile de la faire passer à un état de catalepsie avec contracture des 4 membres et exagération des réflexes.
Elle est dans cet état depuis 1 an. Pourtant les crises d’excitation semblent s’espacer; la malade qui, la plupart du temps serait dans un état satisfaisant, sauf une amnésie et une verbigération assez grosses, est prise deux ou trois fois la semaine,
Une instabilité, une impatience spéciale précèdent de quelques heures l'apparition de ces paroxysmes d’agitation. Puis, tout àcoup, elle éclate en menaces et en imprécations dans le genre de celle-ci, où n'apparaît aucun délire, mais une bousculade d’associations d'idées.
« Il faut soigner les plaies. Il y a 3 feuilles sur mon enquête. A la Salpêtrière on enferme dans les rideaux. Il faut que ça change ; croyez-vous, qu’il pense à moi, à me donner ce qu'il m'avait promis.
Et cette fille qui dit qu’elle ne sait pas écrire ; ce que je voudrais écrireaussi vite, moi ; Je ne sais pas écrire, je parle beaucoup mieux qu'écrire.
Il est gentil ce petit interne là, si j'avais 20 ans de moins, je lui ferais la cour.
L'autre peut être aussi intelligent, mais il est trop mou.
Ah! ma pauvre fille, je ne vous souhaite pas comme à moi 3 opérations dans le ventre. Je suis agitée en ce moment, parce que c'est
‘époque de mon opération. »
L'état actuel de sa sensibilité est caractérisé par une hypoalgésie générale à la piqûre. Le goût et l'ouïe sont affaiblis du côté droit l’odorat est diminué des deux côtés, la pupille droite, plus petite que la gauche, partage avec celle-ci une certaine paresse à réagir à la lumière.
L’attitude de la malade varie beaucoup suivant son état d’agitation ou de calme.
En somme, c’est une débile avec stigmates hystériques, venue ici pour excitation maniaque. Jamais elle n’a présenté ici les attaques convulsives de la grande névrose. Le verbe haut tantôt elle vocifère sur un mode mélancolique, tantôt menaçant. Mais ses facultés logiques ne sont pas entamées ; elle n’a aucun délire, et manifeste seulement une grande intempérance de langage et d'action,
RUNARUre
Du 4 août 1899, deux mois après son entrée jusqu’au 1e" juin 1900, elle est observée heure par heure. À vrai dire elle est arrivée à un certain état d'amélioration, et si ses 302 jours d'observation avaient été divisés en deux parts, la première de lever, la seconde de coucher, nul doute que la méthode d’alitement aurait ici à enregistrer un brillant succès. Mais les périodes ont subi onze alternatives irrégulièrement imbriquées, de telle sorte que nous avons 161 jours levés et 141 jours couchés.
De plus les 160 derniers jours, dès avant que se manifeste l'amélioration, sont exactement alternés par période de 20 jours couchés, 20 jours levés, en sorte qu’il y a toute chances que l’amélioration également repartie sur les deux états, les chances d'erreur se trouvent amorties.
Levée d’abord pendant une période de 20 jours, elle a une moyenne d’agitation totale de 8 heures, le calme est de 11 heures, le sommeil de 5 heures.
On la couche, au: bout de 20 jours son agitation n’a pas varié, le sommeil seul a diminué de 1 heure, ce qui fait 4, au profit de son calme.
Elle reste couchée: au bout d’un alitement de Lo jours, la moyenne des 20 derniers jours donne une agitation identique quant au total ; mais différemment distribuée, elle a perdu 2 heures dans la journée, pour les rattrapper sur la nuit; mais le sommeil a regagné une heure.
Cette phase de lit est poursuivie 60 jours; dans la moyenne des 20 derniers jours, le sommeil est encore remonté de 1 heure, ce qui est bien, mais l’agitation a également augmenté de 1 heure ce qui est moins bien.
À la date du 23 octobre, la malade est relevée, le sommeil augmente de 1 heure, l’agitation augmente de 1 heure dans la journée pour diminuer d'autant dans la nuit,
Cette période de lever est poursuivie 40 jours : le sommeil diminue de 1 heure, l'agitation diminue de 3 heures, 2 dans la journée, 1 dans la nuit.
60 jours : le sommeil reste à 6 heures, l'agitation regagne les mêmes heures qu’elle avait perdues.
Dès lors, les périodes vont alterner régulièrement par 20 Jours, si vraiment commence une période d’améloration elle est d’abord nettement favorisée par l’alitement ; malheureusement, vers la fin de l’observation, c’est le contraire qui a lieu.
Au coucher donc, diminution du sommeil et de l’agitation. Pour celle-ci, même jeu que précédemment, elle diminue au total d’une heure, mais perd 3 heures dans la journée pour en regagner 2 dans la nuit.
Lever : l'agitation diurne remonte de 5 heures le sommeil de 1 heure.
Coucher : l’agitation diurne diminue de 6 heures.
Lever : l’agitation diurne regagne 3 heures.
Coucher : l’agitation diurne diminue de 2 heures.
Il semble que l’on puisse déjà crier victoire et dans cette dernière série, l'effet de lalitement apparaît indiscutable.
Mais l'observation continue :
Au lever l'agitation diminue de 5 heures à savoir : 4 dans le jour, 1 dans la nuit, le sommeil augmente.
Au coucher l’agitation remonte à 8 heures, le sommeil retombe à 6 heures et la dernière période de lever répète identiquement la précédente de même que la dernière phase du coucher reproduisait celle d'avant.
A première observation, de flair du clinicien, ne nous renseigne donc pas d’une façon suffisante. Evidemment, 1] y a du pour, maisil y a aussi du contre, et il serait témé-