‹ Métabolisme des sels de chaux et calciurie dans la tuberculoseChapitre 2 sur 25 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L’exagération ou l'affaiblissement de la nutrition cellulaire, autrement dit, de l'aptitude des cellules de l'organisme à utiliser les divers aliments, provoque les maladies par accélération ou ralentissement de la nutrition générale. Cette aptitude cellulaire est réglée par le système nerveux ou, phénomène sans doute réversible, par les sécrétions de certaines glandes endocrines plus ou moins synergiques entre elles d’ailleurs. Pour maints

auteurs, en somme, les maladies de la nutrition sont condilionnées par un trouble endocrinien. Ces états constitutionnels viciés sont l’extériorisation d’un hypo- ou hyperfonctionnement, d'une perversion fonctionnelle ou lésionnelle des glandes vasculaires sanguines.

Cette manière de voir est récente, le sujet vaste et onlexe Aussi ne possède-t-on encore sur cette question que des données insuffisamment nombreuses et précises. Le problème pathogénique mentionné ci-dessus, non seulement ne peut être considéré comme élucidé, mais même comme suffisamment étayé, dans nombre de cas particuliers. La discussion en est toujours ouverte.

Mon éminent Maître, le Professeur SERGENT, à propos de mon travail de thèse et de la tuberculose en particulier, me proposa de m'engager, à sa suite, sous sa haute direction, dans cetle voie nouvelle afin de contribuer, si possible, à l'apport de quelqués données nettes, susceptibles peut-être, par surcroît, de déductions cliniques intéressantes.

Depuis longtemps déjà, la tuberculose avait été considérée comme une perturbation nutritive, caractérisée essentiellement

ve :

par une accélération des combustions internes, cette suractivité cellulaire néfaste succédant au développement intraorganique du bacille de Koch. Il était intéressant, pour guider le thérapeute surtout, d'après les idées récentes, de chercher à rattacher le processus morbide de l'infection microbienne en cause à une perturbation plus ou moins profonde du jeu endocrinien normal.

Les oxydalions exagérées, trouble intime de la tuberculose, provoquent-l’autophagisme, l'hypercarbonie sanguine, l’acidose en général, par suite la déminéralisation, plus précisément la décalcification, là chaux étant pondéralement le plus important des minéraux du corps humain. Pour enrayer la déchéance générale, l’idée vint naturellement tout d'abord de remédier au trouble le plus tangible, le déséquilibre minéral, par la récaleification, alimentaire et médicamenteuse, restituant à l’organisme l'équivalent des pertes minérales dont on ne savait entraver la production. Les résultats thérapeutiques du traitement de Ferrier par les sels calciques insolubles (1) témoignent encore, dans de nombreux cas nets, en faveur de cette vue de l'esprit. Cependant, le Professeur RoBin, constata que « l’introduction pure et simple d'éléments minéraux, chez ceux dont le vice nutritif consiste précisément à se déminéraliser, ne suffit pas. I faut, dit-il, trouver un moyen de les fixer dans les tissus » (Principes de réminéralisation organique par le Professeur RoBin; voir la notice bibliographique ci-après). « Il s’agit moins de prendre de la chaux que d'en garder », reconnaît Ferrier lui-même. Ici comme partout, l'attaque de la cause prime celle de l'effet. e

Le bacille étant jusqu'ici hors de notre atteinte, le terrain seul est accessible. Des thérapeutiques biologiques antituberculeuses, peu encourageantés, les chercheurs revinrent à la chimiothérapie, complément actif de la physiothérapie,

À la suite des recherches de Stôlzer sur le rachitisme, de Bossi sur l’ostéomalacie d’une part, de Carnot et Slavu sur les frac-

(1) Les sels solubles s’éliminent trop rapidement, par suite se fixent mal dans jes

tissus. Les sels calciques insolubles sont'antiacides, d'où leur utilité pour combattre Vacidité déminéralisatrice.

RON, Res

lures expérimentales, de Josué sur l’athérome aortique provoqué chez les animaux d'autre part, — recherches montrant toutes l'influence favorisante de l'adrénaline sur les échanges minéraux, particulièrement calciques, le Professeur SERGENT, tirant de ces deux séries de faits les déductions qu’elles comportent en pathologie, en vint, après expérimentation prolongée, à préconiser l'emploi de l’adrénaline chez les tuberculeux, comme facteur de récalcification, concurremment au traitement de Ferrier.

Comme une formule simple ne saura jamais rendre un compte absolument exact de la complexité des faits biologiques, à cause de ses effets non instantanés, apparents nettement qu’à longue échéance, peu opérants dans les cas avancés (comme maints sérums employés trop tardivement d'ailleurs), suivant le sort. commun de toutes les nouveautés, le traitement surréno-calciqué est encore passionnément discuté.

Dans cette première recherche sur le métabolisme de la chaux chez quelques bacillaires chroniques au traitement adrénalo-calcique, recherche volontairement limitée, pour ce travail de ‘ thèse, à la seule étude expérimentale de la calciurie, au lieu de s’attarder à la fragile discussion et au dosage quelque peu arbitraire, puisque imprécis, du pour et du contre, mieux vaut accumuler des constatations, établies solidement, avec la plus grande impartialité possible. Seule est sujette à discussions l'interprétation plus ou moins judicieuse des faits mis en lumière. Ces faits sont peut-être ténus quelquefois, mais leur réalité est certifiée par le contrôle expérimental. En tout cas, leur ténuité, infiniment moindre que celle des microbes générateurs, ne peut sérieusement justifier la négligence systématique de ces études, délicates, si non intéressantes. L'interprétation donc donnera d'autant moins lieu à discussions que la méthode employée sera plus impeccable, les conditions expérimentales plus complètement définies, établies avec plus de logique pour restreindre les causes d’erreur, la technique enfin moins imparfaite, plus précise. — « On a dénié, disent les Docteurs CasTAIGNE et Gouraup (loc. cit.), à l'analyse isolée des urines

toute valeur pour l'établissement du bilan nutritif, objectant que celui-ci ne peut être fixé que par l'analyse de tout ce qui entre et sort. Cette objection est parfaitement fondée; mais cela n'empêche qu’en clinique, l'analyse d'urine, bien interprétée, corrigée par l'examen du malade, constitue une ressource fidèle et précieuse. [l serait fâcheux d'abandonner un procédé simple, sinon absolument rigoureux dans ses résultats, pour un procédé d'analyse terriblement long et difficile ». Cette rationnelle manière de voir est pratique. C’est pourquoi, pour débuter, je n'ai pas cru indifférente, ni absolument stérile, l'étude -de la seule calciurie. |

La première partie de ce travail est d'ordre spécialement médical. Elle comprend : d’abord la discussion basée sur les faits antérieurement acquis, puis la spécification, la plus précise possible, du choix à adopler dans cette étude, quant aux malades et au régime à prescrire. Ceci, afin de se placer, d'une façon constante, dans les conditions cliniques les moins défavorables pour l'essai de résolution du problème posé, la solide mise en lumière du rôle de l’adrénaline chez des bacillaires chroniques soumis au traitement de Ferrier. Dans les conditions expérimentales particulières réalisées, pour les malades choisis, l’adrénaline sera-t-elle, et de suite, un &« antidécalcifiant », un « rétentionniste » calcique, un fixateur des sels de chaux, pour employer les principales épithèles données au phénomène en question? Suit le résumé concis des observations cliniques des malades choisis.

La deuxième partie de cette étude est d'ordre essentiellement pharmacodynamique et chimique. Elle a trait à la définition nette, motivée, de la technique et des médicaments employés. Quel rythme choisir pour le jeu Systématique des variations des régimes, des médicaments? Par rapport à ces variations, quelles. urines recueillir? Quand? Comment en déterminer exactement le volume? Combien en prélever pour avoir un échantillon acceptable? Méthode optima d'analyse calciurique? Précision, sensi-

bilité de cette dernière? Autrement dit, sur quel ordre de grandeur peut-on tabler?

Dans la troisième partie sont collationnés les résultats obtenus, toutes les conditions expérimentales mentionnées ci-dessus étant réalisées. Ces résultats sont représentés par les divers chiffres obtenus, groupés : d’abord dans un tableau d'ensemble aisément consultable, puis dans une suite de tableaux partiels, chacun de ces derniers correspondant à une date précise, à la

. mise en jeu d’une seule variable, toutes les autres étant maintenues le plus possible constantes. Pour mieux parler aux yeux, ces divers tableaux numériques abstraits sont ensuite concrétisés dans un ensemble de courbes schématisant l'influence de l'adrénaline sur chacun des coefficients caractéristiques étudiés. Ces courbes ont été dressées avec les chiffres bruts d'abord, avec les pourcentages ensuite.

Comme conclusion, dans la quatrième partie, sont exposées les seules déductions nettes qu’on peut logiquement espérer faire découler de l'examen comparé : des tableaux ou courbes d'abord, des observations cliniques ensuite. Pour terminer, quelques suggestions, d'ordre théorique ou pratique, corollaires de la présente étude. |

Ce travail à été effectué : pour la partie médicale, à l'Hôpital de la Charité, à la clinique du Professeur SERGENT, membre de l'Académie de Médecine. Que ce Maître vénéré veuille bien me permettre de lui témoigner ici ma respectueuse gratitude pour sa grande bienveillance, ses conseils éclairés, l’idée même de cette intéressante étude, l'honneur enfin qu'il fait à mon effort

‘en acceptant d’en présider la discussion.

Pour la partie chimique, à la Faculté de Médecine, au laboratoire de Pharmacodynamie du Professeur RicHaun. Qu'il me soit permis de lui présenter ici l'hommage de toute ma reconnaissance pour l'assistance expérimentée, les facilités de toutes sortes, le bienveillant intérêt porté sans cesse à ma tâche quo-

tidienne.

Page 1