‹ Métamorphoses mours et instincts des insectesChapitre 28 sur 61 · LES HYMÉNOPTÈRES FOUISSEURS · texte numérisé non relu

LES HYMÉNOPTÈRES FOUISSEURS

(Mutillides, Scoliides, Sphégides, Crabronides, Odijnérides).

Les Hyménoptères que nous rapprochons ici, appartiennent à diverses familles bien caractérisées. Les uns, par leur aspect, par leur allure, rappellent les Fourmis: les autres ont une apparence qui leur est tout à fait particulière; les autres ressemblent

juin Guêpes. Mais si ces Hyménoptères qualifiés fouisseurs, diffèrent beaucoup entre eux par leurs caractères zoologiques, ils se rapprochent d'une façon remarquable par leurs caractères bio- Logiques. Ce sont généi'alement des Insectes fort industrieux, doués d'une extrême habileté pour édifier des constructions, animés d'instincts merveilleux pour préparer à leur progéniture des moyens de subsistance. Ceci s'applique, bien entendu, aux femelles, toujours armées d'un aiguillon; jamais les mâles d'aucun groupe de la classe des Insectes ne prennent part aux travaux des femelles.

Ces Hyménoptères creusent le sol, les murailles, quelquefois des branches d'ai'bres, des tiges d'arbrisseaux, afin d'établir des logements pour leurs larves. Comme instruments de travail, ils ont des mandibules tranchantes et dentelées, et des jambes garnies d'épines, constituant des râteaux. Quand ils sont à l'état adulte, leur nourriture consiste en matières fluides, le miel des fleurs, la sève qui s'écoule des arbres. Quand ils sont à l'état de larves, ils ne peuvent vivre que de proie vivante.

Ce régime des larves oblige les mères à faire des chasses dont le spectacle produit toujours une impression singulière sur ceux qui en sont témoins.

Chez les représentants, fort nombreux, des familles que nous rapprochons sous la dénomination générale de Fouisseurs, il n'y a que deux sortes d'individus, des mâles et des femelles ; chez aucune espèce on ne voit d'individus neutres, d'ouvrières, comme chez les Fourmis, chez les Guêpes, chez les Abeilles. Les femelles, toujours solitaires, sans aucun secours étranger, travaillent à l'édification du nid et à son approvisionnement.

Une femelle fait choix d'un endroit déterminé; chaque espèce a ses prédilections bien arrêtées : c'est le sol, c'est un terrain coupé verticalement, c'est une muraille, une tige d'arbuste. Souvent elle profite d'une cavité déjà formée, d'une

fissure, si le travail doit être plus facile, et elle se met avec une ardeur incroyable à creuser un trou. Elle n'a d'autres instruments que ses mandibules pour détacher les particules terreuses', que ses jambes converties en râteaux pour gratter et rejeter au dehors les parcelles détachées. Mais le travail de l'Insecte est si opiniâtre, sa patience si inébranlable, qu'une galerie se trouve pratiquée dans un assez court espace de temps, et au fond de la galerie une loge de forme ovalaire, quelquefois plusieurs loges ; à cet égard encore, chaque espèce a ses habitudes. Une loge étant construite, le Fouisseur, Sphex, Pompile, Crabron ou Odynère, doit s'occuper de l'approvisionnement; c'est alors qu'il va à la chasse, chaque espèce aussi ayant sa chasse particulière. Pour celle-ci ce sont des chenilles, pour celle-là des larves de Coléoptères, pour celle-là encore des Insectes adultes, des Araignées. Le Sphex ou le Crabron est doué d'un instinct comparable à celui de l'ichneumon : s'il fournit à ses larves des Insectes d'un gros volume, il en met un seul dans chaque loge, quelques-uns si leur dimension est médiocre, beaucoup si leur taille est petite. Le Fouisseur, pour saisir sa proie, la pique de son aiguillon ; le venin plonge l'animal piqué dans un état de léthargie indéfinissable qui se prolongera fort longtemps, et dans tous les cas, sans que jamais l'individu piqué puisse se réveiller, revenir à la vie. Il serait difficile de rencontrer ailleurs un ensemble de phénomènes plus saisissants. Un besoin impérieux des larves de l'Hyménoptère fouisseur, est d'avoir pour aliments des tissus vivants ; ces larves périraient près d'un cadavre, près d'un corps en décomposition ou desséché, et ces larves à peau molle, sans défense, incapables de se déplacer, parviendraient-elles jamais à ronger un Insecte en pleine vie? n'auraient-elles pas, au contraire, tout à redouter de sa part? Dans l'admirable organisation de la nature, les difficultés qui nous sembleraient les plus insurmontables s'aplanissent comme par enchantement. Ces larves n'ont rien à craindre de leurs victimes;

37r> LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES,

victimes désormais rendues inertes par le venin de l'Hyménoptère, elles ne sauraient opposer la moindre résistance à une atteinte quelconque; condamnées à être rongées, elles semblent vivre, car leur corps ne subit aucune décomposition, sa dessiccation ne commence à se prononcer que bien au delà du temps où la larve du Fouisseur est parvenue au terme de sa croissance. Le venin semble avoir agi sur les tissus à la manière d'un agent conservateur. Des chenilles et des larves de Coléoptères piquées par des Hyménoptères ont pu être conservées dans de petites boîtes pendant plusieurs mois, sans manifester d'altération.

Un Fouisseur a-t-il approvisionné sa cellule , il y dépose un œuf, et puis il la ferme complètement avec une partie du déblai, en taisant disparaître toute trace extérieure de son ouvrage. C'est là ce qui rend fort difficile la recherche des larves d'Hyménoptères nidifiants. Le Fouisseur construit un grand nombre de loges, tantôt les unes près des autres, tantôt disséminées; il les approvisionne toutes de la même façon, et dans chacune dépose un seul oeuf; son travail fini, sa ponte achevée, il ne tarde pas à mourir. Cette mère a pris des peines infinies, a déployé une instinctive prévoyance qui reste encore un sujet d'étonnement, même chez ceux qui, mille fois, ont été les témoins des mêmes faits, pour des êtres qu'elle ne verra jamais, pour une progéniture qu'elle ne connaîtra pas, en un mot, pour des enfants posthumes.

Dans toutes les familles d'Insectes nidifiants, il se trouve des espèces qui, avec la même organisation générale, le même mode de développement, sont privées d'instruments de travail et dépourvues des instincts maternels nécessaires à l'éducation de leurs larves. Nous avons vu des Fourmis réduire en esclavage des individus d'une autre espèce , afin de vaquer dans leurs demeures aux soins qu'elles sont incapables de remplir; nous verrons des Hyménoptères appartenant à divers types

de Fouisseurs n'ayant d'autre souci, disons mieux, ^T autre instinct que de faire manger à leurs larves les provisions amassées pour d'autres larves. Les femelles s'introduisent furtivement dans les nids des espèces laborieuses et déposent leurs œufs dans les loges déjà construites, et leurs larves, venant à naître plus tôt que celles de l' Insecte nidifiant, ont mangé une grande partie des provisions quand éclosent ces dernières. Ce sont des parasites d'une certaine nature, de vrais parasites, suivant la définition adoptée par Lepeletier de Saint-Fargeau. Ces femelles ont des mandibules impropres à égrener la terre, des jambes postérieures sans épines propres à ratisser ou à fouir.

Examinons à présent les principaux types parmi ces Hyménoptères habiles à bâtir des nids, et parmi ceux qui vivent à leurs dépens.

Les Mutillides composent une petite famille que les anciens auteurs rapprochaient des Fourmis. Leurs femelles, étant privées d'ailes, courent à terre, et c'est là une analogie avec les Fourmis neutres, qui a été plus facilement saisie que les caractères distinctifs.

Les Mutillides ont une tête arrondie, des antennes filiformes insérées sur la face, un abdomen ovalaire. Ces Hyménoptères, disséminés dans toutes les régions du monde, abondent principalement dans les parties chaudes du globe. Cette famille est surtout représentée en Europe par le genre des Mutilles. Les Mutilles, Insectes pubescents, ornés de bandes et de taches vivement colorées, sont assez rares. Les mâles elles femelles diffèrent, non-seulement par la présence ou l'absence des ailes, mais encore par la forme du corps et par la coloration; aussi n'est-on bien éclairé, relativement aux distinctions spécifiques, que depuis une époque assez récente.

Nous pouvons considérer comme le type du genre la Mutille européenne (Mulilla europœa), l'une des espèces les moins rares dans notre pays. Le mâle est d'un bleu foncé, avec le thorax roux,

les ailes enfumées, les bords des premiers anneaux de l'abdomen garnis d'une pubescence soyeuse d'un gris argenté ; la femelle noire, avec le thorax roux et des bandes grises sur les trois premiers anneaux de l'abdomen. On rencontre les femelles non pas courant, mais marchant à terre dans les bois; on les voit entrer dans des trous ou en sortir, mais jusqu'ici on n'est pas trop parvenu à savoir ce qu'elles y faisaient,

LA MDTILLE EUROPÉENNE

(Slutilla europœa).

Un individu mâle au vol. — Divers individus femelles.

Gomment vivent les Mutilles? C'est ce que l'on ne sait guère encore. Un auteur avait assux'é en avoir trouvé dans un nid de Bourdons, et cela avait suffi pour donner à penser que ces Insectes étaient parasites : mais divers observateurs en ont vu attaquant des Insectes; d'autres en ont pris dans leurs trous, où ils ont

rencontré en même temps, soit des débris de Sauterelles, soit des fragments de Diptères, et de ces remarcmes fort incomplètes on en a conclu que c'étaient les résidus des animaux qui avaient servi à la nourriture des larves de Mutilles. D'un autre côté, si l'on considère que les Mutilles femelles ont des pattes postérieures fortes et épineuses, par conséquent propres à fouir, et des mandibules dentelées, on acquiert la conviction que ces Hyménoptères font des nids et les approvisionnent comme les autres Fouisseurs.

Il y aurait peu d'intérêt à mentionner ici les divers genres de Mutillides composés d'espèces dont les habitudes sont encore inconnues. Un d'eux mérite cependant d'être cité à raison d'une observation particulière fort curieuse. En Australie, vivent des Mutillides de forme très-élégante, les Thynnes. Les mâles de ces Hyménoptères ont le corps élancé et des antennes droites, assez longues ; les femelles, beaucoup plus petites que les mâles et absolument privées d'ailes, ont des antennes contournées. L'espèce la plus commune du genre est le Thynne variable (Thynnus variabilis), Insecte d'un brun rougeâtre luisant, avec des taches et des bandes jaunes. Nous ne savons rien des conditions d'existence de ces Hyménoptères, mais voici un fait fort étrange, sans analogue parmi les espèces européennes. Le mâle, nous assure M. J. Verreaux, dont les observations méritent toute confiance, s'envole en portant sa femelle entre ses pattes-, et la tenant avec un soin extrême, on le voit se poser sur les fleurs. Parfois il arrive que d'autres mâles moins heureux, arrivant au même endroit, cherchent à lui ravir sa compagne. Une lutte s'engage, et le mâle qui devient impuissant à défendre sa femelle contre les attaques de plusieurs prend le parti de la manger. Une semblable conduite ne rappelle-t-elle pas certains exploits des personnages qui estiment plus l'honneur que la vie.

Après les Mutillides, en nous laissant guider par les affinités

naturelles, nous devons nous occuper des Scolhdes. Les Scoliides ont ordinairement un corps massif, pesant, des antennes épaisses, souvent fusiformes. Le grand genre de la famille est celui des Scolies (Scolia), caractérisé par des antennes plus courtes que la tête et le thorax, surtout chez les femelles, par des mandibules fortement arquées chez ces dernières et des jambes très-épineuses. D'après la considération des nervures des ailes, ce genre a été subdivisé par les auteurs modernes, mais ce sont là des particularités dont nous ne pouvons traiter et dont ou trouve Le détail dans une monographie récente de MM. H. de Saussure et Siebel. Plusieurs Scolies de grande taille habitent l'Europe méridionale ; la plus commune est la Scolie à front jaune, ou Scolie des jardins (Scolia fronlalis ou S. hortorum), qui est noire, poilue, avec le front et le sommet de la tête ordinairement jaunes, l'abdomen de la femelle orné de quatre taches de cette dernière nuance. Cette espèce se rencontre abondamment dans le midi de la France, en Italie, en Espagne, dans le nord de l'Afrique, etc. Jusqu'à une époque peu éloignée de nous, on s'étonnait de n'avoir rien pu apprendre des mœurs et des métamorphoses de cet Insecte ou de quelques-uns de ses congénères. qui comptent parmi les plus grands Hyménoptères. Un naturaliste de Florence, Carlo Passerini, le premier, reconnut, en 1840, les habitudes de la Scolie à front jaune.

Dans les vieux troncs de Chêne en décomposition, dans les amas de tan que l'on emploie parfois dans les jardins et les serres, et dont on fait un usage journalier dans les tanneries, vivent les énormes larves d'un Scarabée (Oryctes nasicomis) bien connu sous les noms vulgaires de Nasicorne et de Rhinocéros. C'est à ces larves, ordinairement assez sédentaires dans des loges formées dans la tannée, que viennent s'attaquer les femelles des Scolies. Pénétrant jusqu'à la larve du Nasicorne, la femelle la pique de son aiguillon et la plonge dans cet état d'engourdissement dont nous avons tracé une description, et tout aussitôt elle pond un œuf

METAMORPHOSES LE LA. SlOUE A FRC

(Scolia flavifrons).

elle. — La larve rongeant une larve de Hasicorne. -

et le colle à la peau de la grosse larve de Coléoptère. De cet œuf naît, au bout de peu de jours, la larve de la Scolie; celle-ci, à l'aide de ses mandibules, entaille la peau du Nasicorne, enfonce dans la plaie une partie de sa tête, et commence à bumer les parties fluides. Elle grossit rapidement, et chaque jour la larve, continuellement sucée, se déprime davantage. Quand celle-ci est complètement épuisée, qu'il n'en reste plus que la peau, la larve de la Scolie a pris tout son accroissement; alors elle file une coque épaisse, de couleur brune, en retenant à la surface, comme un vêtement protecteur, la dépouille du Nasicorne. Elle passe l'hiver dans cette coque et se transforme en nymphe au printemps. L'insecte adulte éclôt vers le commencement de juin. Ainsi, la Scolie n'a rien à construire pour loger ses larves; les logements de ses victimes lui suffisent.

Les larves de cet Hyménoptère ne réclament ici aucune description spéciale; la figure donne la meilleure idée possible de leur forme et de la taille à laquelle elles parviennent.

Aux îles Seychelles, à Madagascar et dans les petites îles voisines de cette terre, des Oryctès d'une taille supérieure à celle de notre espèce indigène ruinent les Cocotiers, qui fournissent l'une des ressources alimentaires les plus précieuses de ces contrées. Des Scolies les mangent, mais sans les détruire cependant en assez grande quantité pour sauver les arbres des tropiques. M. Ch. Coquerel a fait connaître, il y a douze ans, les larves de deux espèces de Scolies de Madagascar de la plus belle dimension (Scolia oryetophaga, S. camifex), qui mangenl les larves des Oryctès du pays (0. simiar), et se transforment absolument de la même manière que notre grande Scolie d'Europe.

Par une communication de M. Fabre, nous savons que plusieurs Scolies de taille médiocre (Se. bifasciala, Se. sexmaculata) attaquent également des larves de Coléoptères de la famille des Scarabéides, mais celles-ci choisissent des espèces de plus petites

dimensions, notamment des Euchlores, sorte de petits Hannetons de couleur verte.

D'autres Fouisseurs sont les Sphégides, Hyménoptères pleins d'élégance, souventde grande taille. Leur tête est courte et large, leur labre ou lèvre supérieure toujours bien développé; leurs mâchoires, comme leur lèvre inférieure, sont courtes ; leurs antennes longues, assez minces, contournées dans les femelles ; leurs jambes postérieures, fort bien armées d'épines chez les femelles, sont beaucoup plus longues que les autres dans les deux sexes.

11 existe deux types principaux clans cette famille des Sphégides : les Sphégines et les Pompilines, les premiers ayant le prothorax rétréci et figurant ainsi une sorte de cou, les seconds ayant le prothorax large et sans étranglement. Sphégines et Pompilines sont abondants dans les pays chauds; ils sont relativement en petit nombre clans l'Europe centrale, mais ceux de cette partie du monde sont presque les seuls dont les habitudes particulières soient connues.

Les espèces du genre Sphex ont une admirable agilité comme une remarquable élégance de formes. Leur corps est assez robuste, et leur abdomen est attaché au thorax par un long pédicule mince. Ces Hyménoptères possèdent de larges mandibules arquées et bidentées, où l'on reconnaît d'excellents instruments de travail et des jambes garnies d'épines aiguës, régulières, qui en font des outils d'une irréprochable construction. Le Sphex aux ailes jaunâtres (Sphex flavipennis), noir, finement pubescent, avec l'abdomen rouge, à l'exception du pédicule, est répandu dans la plus grande partie de l'Europe ; il nidifie dans le sable et il approvisionne ses larves de Grillons. Une autre espèce du genre (S. albisecla) fait la chasse aux Criquets ; le Sphex du Languedoc (Sphex occilanica) s'attaque à une grosse Sauterelle du genre Ephippiger. On est toujours rempli de surprise eu considérant l'énorme volume des Insectes que les Sphex parviennent à transporter et à introduire dans leur nid.

Regardons au travail les ardents Hyménoptères.

c« C'est par petites peuplades de dix, vingt pionniers ou davantage que remplacement est exploité, dit un excellent observateur, M. Fabre (d'Avignon). 11 faut avoir passé quelques journées en contemplation devant l'une de ces bourgades, par un temps parfaitement calme et par un soleil brûlant, pour se faire une idée de l'activité fiévreuse, de la prestesse saccadée, de la brusquerie de mouvements de ces laborieux mineurs. Le sol est rapidement attaqué avec les râteaux des pattes antérieures. En même temps chaque ouvrier entonne sa joyeuse chanson, qui se compose d'un bruit strident, aigu, interrompu à de courts intervalles, et modulé par les vibrations du thorax et des ailes. On dirait une troupe de gais compagnons se stimulant au travail par un rhythme cadencé. »

Le travail avance, s'achève ; on va aux provisions. Eu arrivant avec une proie, l'Insecte la dépose au bord de son trou, pour se livrer d'abord à une visite du domicile, et vient ensuite la rechercher. M. Fabre s'avisa, à différentes reprises, d'éloigner la proie, et chaque fois le Sphex, obligé d'aller la retrouver au loin, la laissait toujours au bord du trou pour refaire une visite domiciliaire. Enfin, ayant enlevé chaque fois l'Insecte apporté par le Sphex, il a vu celui-ci murer son trou vide, ce qui semblerait indiquer que l'animal, obéissant seulement à l'instinct, croit avoir fini lorsqu'il a exécuté sa besogne. Cette absence d'intelligence ne s'accorde pas avec les actes des Hyménoptères nidifiants dans une foule d'autres circonstances.

Dans le centre et dans le nord de l'Europe, où les véritables Sphex sont rares, on rencontre en abondance des Ammophiles, qui s'en distinguent par leurs mandibules plus longues et triclentées, et surtout par leur corps presque linéaire, leur abdomen fort mince. Dans nos campagnes, on aperçoit continuellement, dans tous les endroits arides, au bord des chemins, l'Aminé— phile «les sables (Ammophila sabulosa), à l'allure vive, au vol ra-

pide, dontlc corps est noir avec le quatrième anneau de l'abdomen, le bord postérieur du troisième et le bord antérieur du cinquième, d'un roux ferrugineux. Ici l'Ammophile creuse le sol, le trou est déjà profond, le sable est rejeté sur les bords; ailleurs il a achevé sa galerie et la cellule où devra vivre une de ses larves, il ap-

LUMOPHILE DES SABLE!

[Ammophtla sabulosa .

porte une grosse chenille, la place dans la petite loge, dépose un œuf, puis avec un petit caillou et des grains de sable, il mure exactement l'orifice de son trou, faisant disparaître avec un soin infini toute trace de son travail. Toutes les espèces d'Ammopliiles observées dans leurs habitudes prennent des chenilles pour nourrir leurs larves.

Dans les régions chaudes du monde se rencontrent des Sphégides qui se signalent par la grande longueur du pédicule de leur abdomen et par leurs mandibules arquées, ayant à peine une dent au côté interne; ce sont les Pélopées, tous de couleur noire avec des marques jaunes. A considérer leurs mandibules, on devine bien qu'ils ne doivent pas travailler de la même manière que les Sphex ou les Ammophiles. Les Pélopées, en effet, sont de véritables maçons. L'espèce du midi de la France, le Pélopée tourneur (Pelopœus spirifex), bâtit son nid sur des murailles, dans les encoignures, quelquefois à l'intérieur des granges ou des habitations, et presque toujours à une hauteur de plusieurs mètres

du sol. L'Insecte, aux proportions grêles, qui semble peu l'ait pour transporter «les fardeaux, va chercher dos parcelles d'une terre argileuse, les pétrit avec ses mandibules, et 1rs applique

WRÊl ;ÊÊÈL :,Wm-- "" /SBl

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à 1 endroit choisi pour la construction de son nid. Avec cette terre, il commence par former une cellule oblongue. dette premièreloge établie, le Pélopée se mel en chasse: sa chasse à lui, ce >oiit les

LliS HYMENOPTERES. 387

Araignées, Les Araignées, les êtres de lacréation les plus rusés, les plus habiles pour l'attaque comme pour la défense. Sans doute, le Pélopée est armé d'un redoutable aiguillon et s'il parvient à piquer, il a vaincu, mais l'Araignée a ses fds qui enlacent et qu'elle jette avec une incomparable prestesse. La lutte s'engage, l'Hyménoptère est i. »i i î à la fois plein d'audace et de prudence ; avec précaution, il s'approche de la toile en volant et manœuvre si bien que presque toujours il parvient à frapper l'Araignée; quelquefois aussi le Pélopée est saisi par des iils agglutinants, ses mouvements sont paralysés, alors l'Araignée s'empresse de lier plus solidement son ennemi, et victorieuse, elle le manee.

vID DU PELOl'EE ÏOI'UNEU!, |iU'U:llH ET VU A L IN 1 EIUEUK.

.Mais le Pélopée se laisse prendre rarement, il apporte dans sa cellule une, deux, trois Araignées, suivant leur grosseur. La provision faite, un œuf est déposé, le travail de maçonnerie est continué, la cellule doit être fermée et le laborieux Hyménoptère ne ménage pas les matériaux ; les parois sont épaisses. Une première loge construite et approvisionnée, le Pélopée en fabrique une seconde à côté, sur la même ligne horizontale, et l'approvisionne de la même Façon, puis une troisième, une quatrième, en

général jusqu'à six ou huit. La surface extérieure du nid présente des cannelures longitudinales correspondant aux intervalles des cellules, ce qui est très-bien expliqué par le mode de construction. Si les parois de la surface du nid ont une épaisseur considérable, celle du bord inférieur est beaucoup plus mince. C'est île ce côté que sortiront les Insectes adultes venant d'éclore, il importe qu'ils ne trouvent pas de difficulté à se pratiquer une issue. Les trous que nous apercevons indiquent que les loges sont désertées.

Si nous détachons un nid avant l'achèvement des métamorphoses des larves de Pélopée, ce qui exige beaucoup de précaution tant cette maçonnerie d'Hyménoptère adhère fortement à la muraille, nous verrons les loges occupées, soit par des larves, soit par des coques construites par ces larves après l'achèvement de leur croissance. Les larves du Pélopée dont M. Lucas, le premier, a donné une description et des figures, sont assez longues avec la partie antérieure de leur corps recourbée. Les coques sont formées d'un tissu papyracé, brunâtre, lisse et luisant.

Les Pélopées de l'Inde, de l'île Bourbon, de l'Amérique, ont les mêmes habitudes que notre espèce européenne ; leurs constructions sont presque identiques.

Des Sphégides de formes très-analogues à celles des Pélopées", mais ayant une couleur métallique bleue, verte ou violacée, sont les habitants des pays les plus chauds des deux hémisphères. On les appelle les Chlorions. Le Chlorion comprimé (Chlorion compressum) est abondant à l'île Maurice et à l'île Bourbon, et les habitants de ces deux îles ne peuvent regretter qu'une chose. c'est que l'élégant Hyménoptère ne soit pas plus commun encore, car il leur rend des services impossibles à méconnaître. Construisant leurs nids à peu près de la même façon que les Pélopées, les Chlorions ne chassent pas les mêmes sujets. Les colonies, et surtout leurs ports de mer, sont infestés parles Blattes ou Ivakerlacs, qui ne respectent aucune denrée. C'est à

ces Orthoptères que les Chlorions font une guerre terrible pour les besoins de leurs larves.

Souvent on est témoin de l'attaque d'un Kakerlac par un Chlorion, et de l'intelligence que ce dernier déploie pour amener à son nid et l'aire entrer dans son trou, assez étroit, un corps aussi volumineux que celui de la Blatte. Le Cborion se montre rôdant de divers côtés, en quête de la découverte d'une proie. Il aperçoit un Kakerlac, celui-ci reconnaît l'ennemi et s'arrête sous l'impression de la frayeur. Alors le Chlorion s'élance sur lui, le saisit avec ses mandibules entre la tète et le corselet, et lui perce l'abdomen de son aiguillon. L'acte accompli, il s'éloigne un moment, attendant la fin des convulsions de sa victime. Dès que les mouvements ont cessé, il vient la saisir et la traîne jusqu'à son nid, souvent avec des efforts inouïs, car le fardeau est pesant. 11 s'agit de la faire entrer dans une cellule, mais l'ouverture est trop étroite, les pattes, les ailes de l'Orthoptère sont un obstacle insurmontable à son introduction dans l'espace resserré. Le Chlorion a compris la situation, la difficulté ne l'étonné pas. A la Blatte trop volumineuse, il coupe pattes et ailes, et ainsi diminuée, il cherche à la pousser dans son trou, mais elle est encore trop large, l'Hyménoptère sent qu'il a mieux à faire : entrant lui-même à reculons dans son étroite galerie, il saisit le Kakerlac avec ses mandibules et le tire de toutes ses forces ; les téguments de l'Orthoptère ne manquant pas d'une certaine flexibilité, le corps de l'Insecte finit par passer dans le tube où l'on n'aurait jamais cru qu'il puisse être introduit.

De tels actes de la part du Chlorion sont-ils du seul domaine de l'instinct? Qui pourrait le croire, en présence de ces manœuvres si intelligentes, variables selon les circonstances, et comme, au reste, une foule d'Hyménoptères nidifiants nous en offrent des exemples?

Les Pompilines sont des Fouisseurs travaillant avec la même perfection que les Sphégines, et chassant avec la même audace

el les mêmes ruses. LesPompiles «le notre pays, Insectes détaille très-médiocre, nidifient dans le sable ou dans le vieux bois, surir,ni. comme tant d'autres Hyménoptères, s'épargner du travail en prenant possession de vieux trous. Tons les Pompiles observés dans leurs habitudes nourrissent leurs larves avec des Araignées. Plusieurs chassent surtout les Araignées errantes qui ne font pas de toile, mais quelques-uns vont hardiment attaquer notre grosse Araignée domestique sur sa toile. Dans notre pays, on rencontre continuellement le Pompile des chemins (Pompilus vialicus), un petit Hyménoptère noir avec les trois premiers anneaux de l'abdomen rougeâtres et les ailes enfumées, qui creuse ses trous dans le sol.

Des Pompilines ayant les pattes sans épines, les Céropales, semblent incapables de travailler, et Lepeletier de Saint-Fargeau en ayant vu qui entraient dans les nids d'autres Fouisseurs, on est assuré que ce sont des parasites.

Dans l'Amérique du Sud vivent les Pepsis, aux Indes orientales, et dans les Archipels de l'océan Pacifique, les Macromeris qui sont les géants parmi les Fouisseurs, et même entre tous les Hyménoptères. Ils ont le goût des Araignées comme nos Pompiles d'Europe, mais leurs nids ne nous sont pas connus.

Les Ckabronides ont bien des rapports de conformation avec les Sphégides, mais ils présentent un autre aspect et quelques caractères assez prononcés permettent toujours de les distinguer. Leur corps est, en général, médiocrement élancé, leurs antennes sont droites, leur lèvre supérieure est à peine saillante, leurs pattes postérieures ne sont guère plus longues que les autres, et leurs jambes antérieures se terminent par une large pointe.

Les Crabronides sont nombreux par le monde; ils ont des formes assez variées et aussi des mœurs, des habitudes dont la diversité est une source d'intérêt.

Dans la famille des Crabronides, nous distinguons les Bembécines qui ont un gros corps, un labre bien visible, des mandibules

LES HYMÉNOPTÈRKS. 391

pointues, unidentées au côté interne. Les Bembex en particulier se font remarquer par la grande longueur de leurs mâchoires et de leur lèvre inférieure constituant une sorte de trompe, aussi voit-on ces Insectes souvent posés sur les fleurs, occupés à pomper le miel. Le Bembex à bec (Bembex rostratà), le plus répandu entre tous, dans nos départements méridionaux, Insecte noir avec le chaperon jaune, et une bande de nuance citron sur chaque anneau de l'abdomen, a été autrefois étudié dans ses habitudes par Latreille. Cet Hyménoptère, comme tant d'autres Fouisseurs, creuse dans le sable des trous profonds, et comme toutes les espèces du môme groupe, il approvisionne ses cellules uniquement avec des Diptères: Mouches, Syrphes, etc. Ses provisions laites. et sa ponte effectuée, le Bembex ferme l'orifice avec le soin ordinaire parmi les Sphégides.

Jusqu'ici, pour nos Fouisseurs, tout se passe de la même manière générale : la-mère bâtit un nid, des loges pour chaque larve, remplit les loges de provisions, dépose un œuf auprès de ces provisions, ferme toutes les issues de l'habitation dans laquelle doivent se développer ses larves et meurt sans avoir jamais vu sa progéniture. Mais voilà que M. Fabre, du lycée d'Avignon, nous révèle dans les habitudes d'une espèce de Bembex (B. viduà), une particularité inconnue, et certainement bien rare dans l'histoire des Hyménoptères. Ici la mère laisse sou terrier ouvert, y pénètre chaque jour, apportant à sa larve une proie fraîche qui est toujours un Diptère. A l'égard des Hyménoptères, nous l'avons dit ailleurs, M. Fabre nous a montré la nature plus riche en ses manifestations qu'on ne le supposait. On est émerveillé par la contemplation de ces Hyménoptères laborieux, si intelligents, agissant en toute occasion comme si la prévoyance était un résultat de leurs facultés intellectuelles, mais n'est-on pas plus charmé encore au spectacle de cette mère, frêle Insecte qui veille et nourrit ses jeunes avec une sollicitude constante? On comprend aisément pourquoi la nature a fait rares les

Hyménoptères solitaires donnanl des soins jonrnaliers à leurs

larves. Les chances de destruction épargnées aux autres dans leurs inaccessibles retraites, menacent sans cesse ces derniers. Le nid est ouvert, des Insectes carnassiers peuvent y pénétrer et dévorer les larves de l'Hyménoptère. L'Hyménoptère lui-même peut être pris, tué, mangé, et alors les larves ne recevant plus de leur mère la pâture quotidienne, se trouvent condamnées à périr de faim.

Les Stizes, qui diffèrent surtout des Bembex parleurs mâchoires et leur lèvre inférieure courtes, ont été moins étudiés que ceux-ci dans leurs habitudes. M. Fabre nous en signale une espèce (Stizus tridens) qui approvisionne ses cellules avec des Cicadelles.

Les représentants d'une autre tribu de la famille des Crabronides, les Larrines, avec des formes moins lourdes que les Bembécines, ont leur labre presque imperceptible, et leurs mandibules pourvues, à la base, d'une profonde échancrure interne dont l'usage n'a pas encore été reconnu. Ces Hyménoptères errent dans les lieux sablonneux où ils établissent leurs nids. Plusieurs d'entre eux au moins les approvisionnent avec des chenilles.

La tribu des Crabronines est le vaste groupe de la famille; elle comprend une multitude d'espèces d'assez petite dimension, ayant le plus ordinairement des bandes et des taches jaunes sur un fond noir, un labre aussi rudimentaire que celui des Larrines, et des mandibules sans échancrure. Ces espèces se répartissent d'une manière très-naturelle dans trois groupes : les Cercérites qui ont les antennes un peu renflées à l'extrémité, et l'abdomen contracté à la base ; les Crabronites dont l'abdomen n'offre aucun étranglement; et les Nyssonites, dont les antennes sont minces.

Les Cei'céris ont des mandibules tridentées et des antennes très-rapprochées à leur insertion. Elles sont abondantes en Europe, et plusieurs d'entre elles ont été l'objet d'intéressantes observations, Presque partout on rencontre la Cercéris des sables

(Cerceris arenaria), au moins dans les terrains arides, sablonneux, et surtout exposés au midi; les Hyménoptères, au reste, aiment la chaleur, le plein soleil. La Cerceris creuse des trous d'assez grande profondeur, et approvisionne ses cellules avec des

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