METAMORPHOSES DU BUPRESTE MAMANA
( Chalcopltora mariana ).
expressions admiratives sur la beauté, sur la richesse, sur l'éclat des espèces. Parmi les plus grands Buprestes que l'on rencontre en Europe, nous comptons ceux du genre Chalcophore. Le Chalcopbore Mariane, un Insecte tout bronzé et joliment sculpté, est répandu dans les forêts de Pins de nos départements méridio-
naux, de l'Italie, de l'Allemagne-, sa i$PVe creuse d'énormes galeries dans les troncs de ces arbres.
Mais les Buprestides ordinaires de nos climats sont les Antliaxies et les Agriles, petits Coléoptères : les premiers au corps aplati. les seconds au corps long et tout étroit.
Nous arrivons à une grande famille de l'ordre des Coléoptères, ayant en partage l'élégance des formes, souvent la beauté des couleurs, pins souvent encore une grande taille. On l'appelle la famille des Cérambycides, du nom de Cerambyx, qui se traduit en français par celui de Capricorne. Chez les Cérambycides, les antennes, semblables à de longues tiges cylindriques, acquièrent, surtout chez les mâles, une longueur énorme, ce qui explique l'appellation de Longicornes autrefois attribuée à ces Insectes. Les pattes, toujours assez longues, sans aucune dilatation, sans aucune armature, mais ayant des tarses conformés pour grimper après les troncs ou les branches des arbres, pour se tenir sur des feuilles, ordinairement de quatre, articles, dont les trois premiers larges, garnis de brosses en dessous et Y avant-dernier bilobé, indiquent que ces Coléoptères ne se livrent à aucun travail, qu'ils. marchent, qu'ils se promènent. Les Cérambycides ont des mandibules toujours très-fortes, souvent ('normes, diversement dentelées selon les types; les mâchoires et la lèvre inférieure, d'ordinaire échancrée dans son milieu, offrant des modifications sensibles dans la forme des lobes. Ces Coléoptères, tous phytophages, rongent les feuilles des arbres; or, la diversité que nous constatons dans leurs pièces buccales est en rapport avec la nature des végétaux dont ils se nourrissent. Il y a ici des coïncidences analogues à celles que nous avons signalées à l'égard des chenilles; seulement, pour préciser l'importance de chaque fait à l'égard des Cérambycides, la difficulté est plus grande dans l'état actuel.
Les espèces de la famille des Cérambycides sont disséminées dans le monde entier, mais leur abondance est en l'apport avec
la richesse de la végétation des différentes contrées : l'Amérique du Sud, l'Inde, Ceylan, les îles de la Sonde, les Moluques, etc., sont les terres sur lesquelles vivent en grand nombre les plus beaux et les plus grands des Capricornes. Cette famille, dont on connaît environ de huit à dix mille espèces, constitue un ensemble parfaitement naturel; les caractères typiques, de même que les habitudes, du reste fort simples chez ces Insectes, ne se modifiant que dans des limites étroites, il est impossible de jamais confondre un Cérambycide avec tout autre Coléoptère.
A l'état de larves, la ressemblance entre tous les Cérambycides n'est pas moins remarquable que chez les Scarabéides. Ce sont toujours de gros Vers allongés, blanchâtres ou d'un blanc jaunâtre, ayant tous les anneaux du corps un peu boursouflés et très-semblables les uns aux autres, le premier cependant plus gros et couvert en dessus comme en dessous d'une plaque coriace ; la tête revêtue d'un tégument dur, en partie rétractile dans l'anneau prothoracique, avec les antennes rudimentaires. Ces larves vivent dans les troncs et dans les branches des arbres, dans les tiges de certaines plantes herbacées. Demeurant toujours cachées, elles sont incolores, elles ont des téguments mous. Se nourrissant du bois dans lequel elles creusent des galeries, elles ont des mandibules très-puissantes, et pour que ces appendices puissent soutenir un effort considérable, elles ont une tète robuste. Ne devant cheminer que très-peu dans une étroite galerie, elles n'ont pas de pattes, ou si ces appendices existent, c'est dans un état absolument rudimentaire ; leurs anneaux boursouflés leur suffisent pour exécuter un mouvement de reptation. Nous trouvons donc ici des analogies frappantes avec les larves lignivores des Lépidoptères et des Hyménoptères. Pour les mêmes conditions d'existence, il faut des adaptations semblables, quelles que soient les différences d'organisation qui existent entre les types. Nous venons de rappeler que les larves des Cérambycides vivent dans des troncs et des tiges ligneuses, ou dans des tiges
herbacées, naturellement assez peu résistantes; aussi la puissance des mandibules est-elle en rapport pour chaque espèce avec la dureté du tissu qu'elle doit ronger.
Arrivées au tenue de leur croissance, sans sortir de leur retraite, ces larves lignivores, avec des fragments, des parcelles de bois qu'elles agglutinent au moyen de leur salive, se façonnent une coque ovalaire, et, ainsi emprisonnées, se transforment en nymphes.
Dans cette immense famille des Cérambycides, nous reconnaîtrons cinq types principaux, cinq tribus : les Spondylines, où l'on peut constater cinq articles à tous les tarses, tandis que l'on n'en découvre pas plus de quatre dans les autres groupes ; les Prionines, remarquables entre tous par leur labre rudimcntaire, presque imperceptible ; les Cérambycines, dont la tête est horizontale et les palpes à dernier article plus ou moins élargi ; les Lamimes, à la tête verticale et aux palpes terminés par un article ovoïde ou pointu, et les Lepturines, qui ont la tête rétrécie en arrière de façon à figurer une sorte de cou.
Les Spondylines ne sont pas nombreux : il y en a un seul en Europe, le type du genre Spondyle ; un Insecte noir, avec des antennes aplaties, un prothorax arrondi, le Spondyle buprestoïde (Spondylis bupresloïdes), très-répandu dans le nord de l'Europe et dans les Alpes. Sa larve vit dans les troncs des Pins.
La division des Prionines, au contraire, est représentée par une longue suite d'espèces magnifiques et quelquefois d'une dimension dépassant celle de tous les autres Coléoptères. A la Nouvelle-Grenade vivent les Psalidognatb.es, remarquables par leurs élytres ciselées, chagrinées, d'un vert doré splendide ou d'un bleu magnifique: par leurs mandibules semblables à des cisailles; par les jambes antérieures des mâles, élargies, creusées en cuiller et garnies de poils en dedans, pour un usage encore ignoré (Psalidognathus superbus) . Dans l'Amérique du Sud habitent les Macrodonties aux longues mandibules dentées, au prothorax épi-
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neux sur les côtés. Le Macrodontie cervicorue (Macrodontia cervicornis), assez commun à la Guyane, est ce grand Coléoptère aux élytres fauves avec des rayures noires, souvent exposé aux vitrines des marchands d'objets d'histoire naturelle. C'est dans la même contrée, où croissent des arbres immenses qui peuvent être rongés par d'énormes larves, que vit le plus grand des Coléoptères, le Titan (Titanus giganteus), un Insecte d'un brun noir, pourvu de grosses mandibules dentées, et portant trois pointes de chaque côté du prothorax. C'est dans l'Inde que se rencontrent les Acanthophores aux longues mandibules, aux antennes munies d'une petite épine à chacun des articles. L'Acanthophore aux antennes en scie (Acanthophorus serrahcornis), d'un brun passant au ferrugineux sur les élytres, n'est pas rare à Pondichéry. Sa larve est énorme, comme le montre la figure qui en est ici donnée pour la première fois. Elle se construit pour sa métamorphose une coque immense à parois épaisses. avec des fragments de bois taillés d'une manière très-uniforme. Les Prionines de notre pays font pâle figure à côté de ces espèces des régions tropicales. Les Priones, avec leurs antennes dont les articles présentent une dilatation latérale, sont encore fort remarquables cependant pour des Insectes européens. Le Prione chagriné (Prionus coriarius), un Insecte entièrement brun, long de 5 à 6 centimètres, est devenu rare en France, depuis que l'on abat avec tant de sollicitude les arbres rongés par de grosses larves. Il en est de même pour un autre Prione à antennes grêles, devenu le type du genre yEgosome (JEgosoma scabricorne).
Les Cérambycines n'atteignent pas les dimensions des Prionines, mais ils sont infiniment plus nombreux, et ils nous fournissent une multitude de formes curieuses. Il y a dans l'Amérique du Sud les Trachydères et les Lissonotes, dont les élytres lisses, luisantes, comme vernissées, portent d'ordinaire des taches et des bandes tantôt rouges, tantôt jaunâtres; les Eburies, dont
MÉTAMORPHOSES DE L'ACANTHOPHORE SERRATICORNE
les élytres sont ornées de taches semblables à des plaques d'ivoire.
En Europe, nous avons les vrais Capricornes (Cerambijx). Qui ne connaît notre Capricorne (Cerambyx héros), un Insecte svelte, long de 5 centimètres, d'un brun foncé, avec les élytres plus rougeâtres et chagrinées. Il est plein d'élégance cet Insecte, inclinant et relevant son prothorax pendant la marche et agitant ses longues antennes. Aujourd'hui rare, il était commun naguère aux environs de Paris, et des entomologistes se souviennent avec plaisir qu'au temps où les vieux Chênes délabrés entouraient la mare d'Auteuil, ils allaient le soir prendre les grands Capricornes se promenant sur les arbres séculaires. La larve pratique de vastes galeries dans les troncs des Chênes, et à bon droit les forestiers la considèrent comme extrêmement nuisible.
Les Purpuricènes, dont les antennes sont grêles, appellent l'attention par la couleur rouge d'une partie plus ou moins étendue de leurs élytres. Les Callichromes ont de grandes antennes, les cuisses un peu renflées, les jambes postérieures comprimées, élargies à l'extrémité, et presque toujours une belle couleur verte. Nous en avons une espèce, le Callichrome musqué (Callichroma moschata, genre Àromia des auteurs modernes), que l'on voit assez fréquemment à la fin de l'été sur les Osiers et les Saules qui bordent les rivières et les canaux. Ce bel Insecte exhale une odeur de rose' que beaucoup de personnes jugent fort agréable.
Maintenant, parmi les Cérambycines de petite taille, nous en avons un certain nombre, comme les Clytes au corps étroit, au protborax arrondi, aux élytres variées de jaune, comme les Callidies, au corps déprimé, aux antennes de médiocre longueur, aux cuisses l'enflées en massue. Qui n'a vu , vers la fin de l'hiver, se promenant sur quelque bûche que l'on allait mettre au feu, ce joli petit Coléoptère en dessus d'un rouge vermillon velouté, avec les parties inférieures, les pattes et les antennes noires? C'est le type du genre Callidie (Callidium sanguineum). Il vient d'éclore
quand nous le voyons dans nos appartements, il vient de sortir d'une bûche de Chêne où il avait vécu pendant son étal de larve.
Les Lamiines ne sont ni moins nombreuses, ni moins variées que les Cérambycines. A la Guyane encore, cette terre privilégiée, se trouvent les Acrocines, qui ont des pattes antérieures d'une longueur démesurée et un prothorax muni de chaque côté d'un tubercule porté sur un gros mamelon mobile. Le type du genre, que l'on apporte continuellement en Europe, est bien connu sous le nom vulgaire d'Arlequin de Cayenne (Acrocinus longimanus). Des dessins rouges et noirs sur le fond gris de ses élytres justifient cette appellation. L'Acrocine grimpe après les arbres, et l'utilité de ses longues pattes nous échappe; et quant aux mamelons mobiles du prothorax, il nous est impossible, en l'absence d'observations suffisantes sur les habitudes de l'Insecte, d'en découvrir l'usage.
On a réservé le nom générique de Lamie pour une espèce européenne d'un noir terne (Lamia textor) , qui a des antennes relativement courtes et le prothorax unidenté sur les eûtes. Sa larve vit dans les troncs de Saules.
Des Lamiines qui, par leur aspect, ressemblent beaucoup à cette dernière, en ont été distinguées sous le nom de Morimes. Ceux-ci n'ont pas d'ailes sous leurs élytres. Le Morime lugubre (Morimus lugubris) n'est pas rare dans notre pays.
Il est impossible de se promener dans la campagne, au printemps, sans apercevoir, traversant les chemins poudreux ou grimpant après les murailles, après les herbes salies du bord des routes, un petit Capricorne au corselet unituberculé, aux antennes courtes pour un Insecte de la famille des Cérambycides, au corps ovale et bombé. Ce Coléoptère est le type du genre Dorcadion [Dorcadion fuîiginalor).
Il faut aller en Amérique pour rencontrer des Lamiines offrant le trait de mœurs le plus curieux, l'instinct le plus remarquable.