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tantôt se séparent ou se confondent, tantôt prennent un développement considérable ou s'amoindrissent à l'extrême. Les muscles deviennent plus nombreux, si les mouvements doivent être très-variés; seulement, on arrive à reconnaître que l'accroissement du nombre des muscles est dû à de simples divisions. Les fibres se partagent en deux ou trois faisceaux ou même davantage, au lieu d’être réunies en une seule masse.
Dans tous les cas, les muscles qui déterminent les mouvements généraux des appendices, ou les mouvements particuliers des divers articles des membres articulés, sont antagonistes les uns des autres : les extenseurs ou élévateurs en opposition avec les fléchisseurs, abaisseurs ou rétracteurs. Les anatomistes ont modifié les noms, suivant la direction que prennent les pièces mises en jeu. C’est ainsi qu'un fléchisseur devient rétracteur ou abaisseur, selon le caractère de la pièce sur laquelle il doit agir.
IL est remarquable de voir par quel procédé la nature varie les mouvements d’un appendice ou seulement d’une partie de cet appendice. La situation ou l'étendue d’une échancrure, une faible saillie formant un point d'arrêt, suffisent pour modifier les mouvements des appendices. Pour que l’action des muscles se trouve en rapport avec le mode d’articulation des pièces, un léger déplacement des attaches, une variation {rès-peu apparente dans l'étendue des surfaces, suffisent à produire un effet différent, Si les mouvements d’une pièce ont une course plus grande qu'à l'ordinaire, le muscle, simple lorsque le mouvement est restreint, se décompose en plusieurs faisceaux capables d'agir isolément, de façon à fournir avec une étonnante précision tous les degrés possibles dans le mouvement.
Dans la tête sont logés les muscles qui mettent en jeu les antennes et les pièces buccales; dans le thorax, ceux qui font mouvoir les pattes et les ailes. Ces derniers forment des masses puissantes et très-complexes chez les adultes; ces muscles sont
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faibles relativement chez les larves, et disposés d'une manière plus uniforme.
Les muscles de l'abdomen sont des bandelettes longitudinales propres à amener la rétraction ou l'extension des anneaux; des bandelettes transversales peu nombreuses, capables de produire un resserrement, et des faisceaux obliques qui permettent aux anneaux de se contourner dans le sens latéral. Si les anneaux de l'abdomen sont privés de mobilité, comme cela se voit chez beaucoup d’Insectes, et en particulier chez les Coléoptères, les muscles abdominaux s’atrophient en grande partie.
Dans tous les temps, les observateurs même assez superficiels ont été frappés de l'énergie des mouvements des Insectes. La force énorme, relativement à leur taille, que déploient ces animaux est parfois saisissante. N’a-t-on pas trop fréquemment sous les yeux l’exemple de la Puce s’élevant, par l'effort de ses pattes postérieures, à une hauteur quarante ou cinquante fois plus considérable que celle de son propre corps? Alors on voit, en imagination, à quels prodiges se livrerait un homme capable de produire, proportionnellement à sa masse, un mouvement aussi énergique que celui de la Puce.
Placez un Escarbot sous un chandelier, et l’Insecte le fera remuer par ses efforts pour se mettre en liberté, disait le plus célèbre des écrivains de l'Écosse; ce qui est la même chose, ajoutait-il, que si l’un de nous ébranlait par de semblables efforts la prison de Newgate.
Des remarques du même genre ont été faites en maintes circonstances. Combien de personnes se sont émerveillées en con— templant de petites Fourmis trainant des fardeaux vingt fois lourds comme elles-mêmes. L'exemple des Fourmis a été cité par Pline, et tant de fois il a été répété, qu'on n’en saurait dire le chiffre. Toujours on s'étonne à la vue de ces Hyménoptères, Sphex et Pompiles, aux formes grèles, portant à leur nid une proie bien plus volumineuse et beaucoup plus pesante que
leur propre corps, sans que leur vol cesse d’être rapide et assuré.
On a essayé de compter le nombre des vibrations des ailes d'une Mouche, et le nombre a été trouvé prodigieux. De nos jours, le voyageur emporté par un train lancé à toute vapeur s'amuse souvent à regarder à la portière les Insectes, les Moucherons, qui voltigent avec une aisance incomparable. Ces frêles Diptères, malgré l'agitation de l'air, vont, viennent, retournent, s'élèvent et s’abaissent, continuant leur manége des heures entières, comme s'ils avaient à nous montrer que la plus grande vitesse dont nous disposons est insignifiante pour la puissance de leurs ailes délicates.
Récemment, un jeune naturaliste de la Belgique, M. Félix Plateau, a cherché à déterminer rigoureusement la force musculaire d’un certain nombre d'espèces de la classe des Insectes, voulant donner le caractère de la précision à des faits connus jusqu'ici par des observations trop générales.
À l'aide de petits appareils d'une construction assez simple, l’expérimentateur a vu que le Hanneton est capable de tirer un poids de 14 à 15 fois, en moyenne, supérieur à celui de son corps; que le poids tiré a pu être élevé jusqu'à 21 fois celui du corps de l’animal; que le Carabe doré traîne, en moyenne, un poids de 17 fois, et dans les cas extrêmes, de 22 fois celui de son corps; que la force des petites espèces est toujours relativement très-supérieure à celle des plus grosses.
Cette dernière observation s'accorde avec ce qui était déjà établi par le calcul : le poids du corps augmentant suivant le cube, la force motrice mesurée par Ja section des muscles ne s'élève que suivant le carré.
D'après la moyenne des estimations, un Cheval pesant environ 600 kilogrammes ne traine pas un fardeau excédant 400 kilo grammes. D'après les calculs de M. Plateau, si le Cheval était
doué de la même force relative que certains Coléoptères (les
ie LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
Donacies), la traction qu'il pourrait exercer pendant quelques instants dépasserait 25 000 kilogrammes.
Les Insectes, avec leurs tarses munis de griffes, ont la faculté de se cramponner, et, par ce moyen, d'exercer nn effort beau— coup plus considérable que l'animal privé d'une armature analogue. Cette considération surtout a conduit à douter de l’exactitude rigoureuse des résultats obtenus dans les expériences instituées dans le but de déterminer la force de traction des Insectes. M. Plateau pense avoir suffisamment neutralisé l’avantage des griffes; les surfaces offertes pour la marche aux sujets employés dans les expériences, comme des cartons revêtus de mousseline, semblent cependant être bien favorables à l'usage des griffes ou crochets qui terminent les tarses.
M. Plateau, dirigeant ses expériences sur les Insectes les plus remarquables par la puissance de leur vol, comme des Névroptères et des Diptères, a vu que telle Libellule emportait un fardeau d’un poids équivalent à une fois et demie celui de son corps; que plusieurs Mouches s’envolaient avec un objet ayant presque le double de leur propre poids.
De grandes différences ont été observées dans la force manifestée par des Insectes de la même espèce; aujourd'hui il serait intéressant de rechercher les coïncidences entre la puissance des mouvements et l’activité respiratoire des individus.