CHAPITRE V. DE LA PLUIE
pour la quantité d’eau tombée, se distinguent aussi entre les autres villes par des circonstances semblables.
Voici quelles ont été les valeurs obtenues, aux mémos époques, pour les lieux où se faisaient simultanément les observations; le maximum et le minimum ont été obtenus en :
Plaie moyenno
Pluie maximum.
Pluie minimum
de l'année.
de l'année.
de l'année.
Bruxelles 1835-18G2. . .
712 mill.;
1852 889 mill.;
1857 459 mill.
Gand
Sl.-Trond 184S-1853. .
Namur
Liège
Stavelot
On voit, par ces quantités d’eau tombées annuellement, que si tes valeurs données ne formaient pas un maximum absolu dans chaque localité, elles ont néanmoins, pendant l’année 1 832, été partout au-dessus de la moyenne. 11 en est de môme pour la quantité d’eau tombée en 1 837 , qui formait un minimum absolu pour Bruxelles ; elle se trouvait également au-dessous de la moyenne dans chacune des autres localités où on a pu observer.
Parmi les pluies qu’on a enregistrées dans le Brabant, quelques-unes méritent une attention spéciale par leur abondance. Nous remarquerons entre autres celle du ijuin 1839 : elle a produit à elle seule 108““, 48 d’eau, quantité considérable pour notre climat. Cette pluie, qui a occasionne de si grands ravages, a été plus forte encore dans quelques autres localités voisines.
Le mois de mai avait été généralement remarquable par sa sécheresse; le !•' et le 2 juin, il était tombé un peu d’eau. La pluie du 4 commença avant midi, et, jusque vers le soir, elle n’ofifrit rien de particulier. L’orage ne commença à se déclarer avec intensité qu’après 8 heures; la pluie était
MÉliOROLOGIE. UVKE III.
chassée avec force par un vent violent, dont la direction venait du Nord; et, plus tard, il passa vers l’Ouest. Pendant plus de trois heures, la pluie tomba avec une abondance dont nous n’avons guère d'exemples dans nos climats. Les coups de tonnerre étaient forts et se succédaient à des intervalles très rapprochés; la foudre éclata en plusieurs endroits, sans qu’il en soit résulté d’accidents, du moins à notre connaissance. Mais il n’en est pas de même de cette pluie désastreuse : dans plusieurs endroits les récoltes ont été détruites; les campagnes inondées. Dans le jardin de l'Observatoire, plusieurs arbres ont été déracinés; trois peupliers ont été renversés; le long des boulevards, on a trouvé le lendemain un grand nombre d'oiseaux morts ou tellement abattus par la jiluie et la fatigue, que les passants pouvaient les ramasser. Les communications par le chemin de fer furent interrompues en plusieurs endroits ; un grand nombre de bestiaux à Wyl , à Crainhem , à Dieghem ont péri avec leurs étables; mais le désastre le plus déplorable est sans contredit celui du hameau de Borght, près de Vilvorde, qui a été presque totalement détruit avec plus de (juarante de ses habitants, morts sous les (fécombres ou ensevelis sous les eaux. L’orage en général a sévi avec le plus d intensité dans toute l'étendue de la vallée de la M’oluwe et du côté de Berthem, où l'on a eu à regretter également la perte de onze personnes.
La quantité d'eau tombéti dans ces différentes localités doit avoir été considérable, puisquà Bruxelles, éloignée de quelques lieues du théâtre de ces grandes dévastations, la ipianlité d’eau recueillie sur la terrasse de l Observatoirc, le lendemain, vers midi, s’élevait à M2,78 millimètres; quantité énorme, puisqu’elle forme le sixième de l’eau ipii y tombe annuellement. 11 convient de dire cependant que l'eau recueillie était tombée pendant une période plus longue
CnAPITHE V. DK LA mjIE.
que 24 heures : en no tenant compte que de l’eau recueillie à 9 heures du matin, et qui s’élevait à 108,46 millimètres, cette quantité est encore bien considérable pour nos climats.
Le baromètre dont l’abaissement, à 9 heures du soir, était 743”“, 48, remonta ensuite assez rapidement ; et à 1 1 heures et demie, il indiquait 7 48““, 30. L’orage s’est étendu bien au delà de Gand : à Alost, la quantité deau recueillie, en 24 heures, a été de ü4”“,60. Le baromètre y était descendu depuis le 1" jusqu’au 4, et il avait atteint alors une hauteur de 750”“ ; il a remonté rapidement ensuite. Ue 3 à 5 heures, le vent souillait avec violence ; ensuite, il s’est calmé pour recommencer avec plus de force vers 9 heures du soir ; les coups de tonnerre se succédaient alors très rapidement.
A Gand, la quantité d eau tombée du 4 au 5 , à midi, a été de 76,0 millimètres ; un peu plus grande que celle recueillie l’année précédente par une forte pluie également. Les variations barométriques n’ont rien offert de remarquable ; le baromètre qui, le 4, à midi, marquait 7o2”“,9 par une température de 22° centésimaux, est monté dans la nuit de 4““,4. Vers 9 heures 1 /4 du soir, on a vu brillcrun éclair très vif, qui a été suivi d’un coup de tonnerre.
La pluie du 1 5 août 1 830 est, après celle du 4 juin 1 839, la plus abondante qu’on ail eu occasion d’observer à Bruxelles. 11 avait plu dans la soirée du 1 4 , mais le 13 seulement, la pluie commença à tomber en grande abondance. Trois orages éclatèrent successivement dans la journée : le premier, à 8 heures du matin, dura une demi-heure environ ; le second, plus violent, commença à 4 1 /2 heures et finit vers 6 heures du soir; mais le plus épouvantable de tous, le troisième , eut lieu à 7 heures 46 minutes et fut accompagné d'une pluie diluvienne qui tomba jusque vers 9 heures. A minuit , la pluie reprit de nouveau , et continua alors à
MÉTÉOROLOGIE. Lim III.
tomber par torrents pendant toute la nuit et la journée du lendemain 16, jusque vers 9 heures du soir.
Depuis l’année 1833, où l'on a commencé, à l’Observatoire royal de Bruxelles, à enregistrer chaque jour, à midi, la hauteur de la pluie tombée, trois fois seulement celle-ci a été déplus de 50 millimètres en 24 heures : en 1833, du 7 au 8 juillet, on a eu 33“”,07 d’eau; en 1839, du 4 au 5 juin, 1 1 2"“,78, et du 1 o au 1 6 de ce mois, 78”"", 1 6. Le 1 6 , de midi à 9 heures du soir, on en recueillit encore 33"’", 10, et comme la pluie n’a commencé à tomber avec abondance que la veille dans la soirée, on obtint, on ajoutant l’eau mesurée à midi et à 9 heures du soir, un total de 111""", 26, en 24 heures environ, quantité extraordinaire, puisqu’une seule fois en 1 8 années , elle a été dépassée, mais do 1 millimètre 12 seulement ; c’est le 5 juin 1839, lors de la désastreuse inondation du hameau de Borght dont il vient d’être parlé.
Si l'on fait la distinction des jours de pluie, de neige ou (le grêle, ainsique des jours de brouillard et de tonnerre, on obtient les valeurs consignées dans le tableau suivant.